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Des mères manifestent pour réclamer la loi islamique contre les tueurs de femmes

Mots clés: A la uneEdition 585
1 juin 2026
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Des mères manifestent pour réclamer la loi islamique contre les tueurs de femmes
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Ce 30 mai 2026, des mères venues de plusieurs régions de Ngazidja ont manifesté dans les rues de Moroni, malgré l’interdiction de la préfecture. Vêtues de tenues traditionnelles, elles marchaient pour Naïchat, Faïna, Hikma et toutes les autres victimes de meurtres aux Comores. Après des discours au foyer de femmes de Moroni, elles ont scandé leur ras-le-bol, récité des versets coraniques et réclamé haut et fort l’application de la peine de mort pour les assassins.

Par Fatouma Ali Saïd Abdallah

Le samedi 30 mai 2026, les rues de Moroni ont pris une couleur particulière. Des femmes sont descendues dans la capitale pour faire entendre leur voix. Elles sont arrivées des régions de Mbadjini, de Hamahamet, de Bambao, de Hambuu et de différentes localités. Certaines portaient des tenues rouges et noires, d’autres étaient habillées en tenues traditionnelles.

Ces femmes étaient venues dans la capitale pour manifester pour Naïchat Abdou M’madi. Cette jeune fille avait été retrouvée morte le samedi 23 mai, après avoir été portée disparue depuis le 19 mai. Mais elles ne marchaient pas seulement pour elle. Elles marchaient aussi pour Faïna, petite fille de cinq ans violée et assassinée, pour Hikma, assassinée en 2025, et pour toutes les autres victimes de meurtres aux Comores dont les coupables sont actuellement en détention. Toutes ses victimes sont devenues le visage d’une série de drames que les manifestantes refusent de voir passer sous silence.

Les associations avaient obtenu l’autorisation de la Préfecture de se réunir au Foyer des Femmes de Moroni, dans lequel, sont généralement organisées des festivités liées au grand-mariage. Elles ont donc commencé à s’exprimer à l’intérieur avant de se rendre dans la rue.

La directrice de la Société nationale d’Exploitation et de Distribution des Eaux (SONEDE), ancienne directrice du Plan, Najda Saïd Abdallah, lié au gouvernement en place, a pris la parole. Elle a commencé à mettre en cause l’éducation des enfants comoriens avant d’appeler la justice comorienne à aider les familles endeuillées.  Avant de finir son discours, une femme s’est précipitée devant la scène, et, en face de la directrice, elle a crié en secouant les mains « Nous ne sommes pas dans un ukumbi (cérémonie de mariage), allons dans la rue pour manifester notre colère ». Au même moment, huit femmes sont montées sur scène pour essayer de lui arracher le micro. Deux hommes sont intervenus. Malgré, les hurlements des femmes, Najda Saïd Abdallah est allée jusqu’à la fin de son discours en concluant : « Nous avons eu l’autorisation de nous rassembler uniquement ici au Foyer des Femmes. Toutefois, si vous décidez d’aller à l’encontre de la décision, soyez responsables de vos agissements et soyez responsables des conséquences ».

Malgré le fait que, dans son discours, Najda Saïd Abdallah ait affirmé représenter les 21 associations comoriennes qui défendent la femme et les enfants, les femmes n’ont pas écouté ses consignes et sont sorties hors du Foyer pour manifester dans la rue. Elles criaient leurs slogans : « Nous sommes fatiguées de ces drames. Que la loi islamique soit appliquée. Que celui qui assassin quelqu’un soit à son tour assassiné ».  Tout en marchant, elles récitaient des versets coraniques et évoquaient le nom d’Allah, comme c’est le cas dans les trois premiers jours après la mort d’un proche.

Au milieu de la foule, une mère enceinte, à terme, avançait avec les autres, malgré les barrages des forces de l’ordre. Grande, au teint noir, vêtue d’une robe longue grise, elle hurlait qu’elle avait mis sa vie en danger pour marcher en solidarité avec les victimes. Sa voix couvrait les bruits de la marche. Son cri a rappelé que ces femmes étaient prêtes à tout pour se faire entendre sur la question de l’application de la loi islamique, et notamment la peine capitale pour tous ceux qui ont tué des femmes ces derniers temps. Leur mort d’ordre était clair : « que celui qui a tué quelqu’un, soit tué aussi ». Elles demandent que les assassins et les meurtriers aient « la tête coupée », conformément à ce qu’elles considèrent comme une juste punition.

Les forces de l’ordre ont essayé à plusieurs reprises de les arrêter en leur barrant la route. Elles les ont empêchées de faire le tour de la capitale, en vain. Les femmes ont contourné les barrages, changé de direction, mais ont continué à avancer. Elles n’ont pas abandonné la marche.

Le rouge et le noir des vêtements portés par certaines mères attiraient le regard. Ces couleurs symbolisaient le deuil et la colère. Les tenues traditionnelles portées par d’autres rappelaient l’identité comorienne. Ensemble, ces habits formaient un tableau marquant. Un tableau qui disait la douleur et l’exigence d’une justice qu’elles jugent conforme à leurs valeurs.

Pour elles, la mort de Naïcha ne devait pas rester sans suite, Faïna, Hikma et les autres ne devaient pas tomber dans l’oubli. Leur marche était une manière de porter ces noms au-delà des dossiers judiciaires.

Contactée par nos soins, la Directrice du genre, Mouznat Djoumoi, a salué le rassemblement contre les violences faites aux femmes comme une initiative louable. Elle se réjouit de l’implication des acteurs : société civile, parents, hommes pour la masculinité positive, institutions et citoyens, tout en déplorant les actes qui ont empêché l’initiative d’aller jusqu’au bout. « C’est clair que certaines personnes ont utilisé ce rassemblement pour d’autres fins », a-t-elle affirmé.

Sur la peine de mort, elle a rappelé que la loi comorienne et les préceptes musulmans la prévoient. Elle fait « confiance à la justice et insiste sur la prévention via les Assises sur les violences basées sur le genre (VBG) en cours », pour la feuille de route 2026-2030, appelant tout le monde à agir.

Pour Nasabya Ibouroi, la Directrice des Affaires Sociales en charge de la protection des femmes et des enfants, « Cette mobilisation traduit un appel fort à davantage de sécurité, de protection et de justice ». Elle s’est également prononcée sur la peine de mort qui était au centre de la mobilisation des femmes ce 30 mai : « Notre position est celle du respect de l’État de droit et de la bonne justice. L’essentiel pour nous est que chaque affaire fasse l’objet d’une enquête rigoureuse, que les procédures judiciaires soient respectées et que les auteurs soient sanctionnés conformément aux lois en vigueur. Les victimes et leurs familles ont besoin d’une justice efficace, impartiale et crédible. »

Les femmes des Comores ont lancé un message clair ce 30 mai, elles ont marché pour réclamer une justice conforme à la loi islamique pour Naïchat, Faïna, Hikma et tous les autres innocents assassinés. Elles ont exprimé leur colère face aux travers de la justice. Seront-elles entendues ? C’est une autre question.

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