Le 19 juillet 2025, une réunion officielle tenue à Anjouan par le président Azali Assoumani et son gouvernement a relancé le débat sur la réconciliation nationale. Derrière les discours d’unité, de nombreux Anjouanais ont vu une manœuvre politique déguisée, destinée à fragiliser le mécanisme constitutionnel de la tournante et à renforcer le pouvoir en place.
Par Par Naenmati Ibrahim
Pourquoi avoir choisi Anjouan pour s’entretenir sur ce qu’ils ont appelé une « réflexion pour la réconciliation nationale » ? Officiellement, il s’agissait de raviver l’unité nationale dans un contexte qu’ils décrivent comme tendu. Pourtant, l’événement a été peu médiatisé, peu inclusif et largement critiqué pour son caractère unilatéral. Nombreux sont ceux qui dénoncent une initiative purement politique, sans réelle légitimité populaire, et surtout sans pertinence apparente : il n’existe actuellement aucun conflit interîles qui justifie une telle démarche.

Une réunion inattendue sous le signe de la réconciliation
À Anjouan, où la réconciliation a toujours été perçue comme une affaire locale entre clans politiques, les habitants voient aujourd’hui cette « réflexion nationale » comme une instrumentalisation.
L’intervention de l’ambassadeur Kaambi Ali Yachourtu, ancien vice-président de l’Union juste après les Accords de Fomboni de 2001, visait à légitimer la rencontre en invoquant l’héritage de ces accords historiques, censés avoir mis fin à des années de crise. Mais pourquoi remettre aujourd’hui ces accords sur la table, alors qu’ils ont été largement contournés ces dernières années à travers des réformes constitutionnelles successives ?
L’ancien ministre Djaanfar Salim, autre intervenant de la réunion, a salué l’initiative, comparant le processus à ceux menés en Afrique du Sud, au Rwanda ou au Maroc. Il a évoqué la nécessité de se réconcilier avec « notre mémoire collective » et de faire face à l’amnésie politique. Pourtant, son propre passé politique divise : proche du régime de Mohamed Bacar, puis du président Azali, il n’a jamais été perçu comme défenseur intransigeant des droits anjouanais. Son discours, bien que porteur de vérité, est peu crédible.
Un simulacre de réconciliation ?
L’absence de la société civile et des acteurs politiques de l’opposition lors de la rencontre a aussi accentué la défiance. Cette réunion n’a rassemblé que des membres de la CRC, de la Mouvance présidentielle et ceux qui sont favorables au régime.
Pour le militant Soilihi Kays, intellectuel respecté à Anjouan, cette rencontre serait un « piège politique » destiné à troquer la libération de prisonniers politiques contre une acceptation tacite d’un nouveau déséquilibre institutionnel. Il rappelle que plusieurs détenus originaires de la Grande-Comore ont récemment bénéficié de grâces présidentielles, alors que les prisonniers politiques anjouanais sont toujours derrière les barreaux. Même son de cloche du côté d’Olaudah Equiano Faudel, jeune militant exilé, qui dénonce une stratégie de communication « bancale » et un simulacre de dialogue. Pour lui, la véritable réconciliation commence par des gestes forts : libérer les détenus, consulter la population et respecter le cadre constitutionnel.
Le spectre de l’exclusion ressurgit
Depuis sa tentative de sécession en 1997 jusqu’à l’intervention militaire de 2008, Anjouan a toujours entretenu une relation conflictuelle avec le pouvoir central. La tournante présidentielle, instaurée par la Constitution de 2001, devait garantir un équilibre entre les îles. Mais depuis la fin du deuxième tour de Ngazidja, la volonté apparente du président Azali de prolonger son mandat inquiète. Beaucoup craignent un scénario où Anjouan serait encore une fois écartée, provoquant ainsi une nouvelle crise. Dans ce contexte, cette réunion, loin d’apaiser, a ravivé les blessures de l’île, déjà marquée par un fort sentiment de marginalisation.
Pour Olaudah Equiano Faudel, la jeunesse anjouanaise, longtemps restée silencieuse, est en train de se réveiller. Il évoque un malaise croissant, une frustration profonde et une colère latente qui, si elle n’est pas entendue, pourrait exploser. Il appelle à une vraie réconciliation, d’abord entre Anjouanais eux-mêmes, avant toute tentative nationale.















