À l’approche des Jeux des Iles de l’Océan Indien (JIOI), qui auront lieu aux Comores en août 2027, certaines personnalités politiques de Mayotte appellent les sportifs de l’île à ne pas s’y rendre. Mais, ceux-ci refusent de gâcher les efforts qu’ils ont accomplis ces dernières années.
Par MiB
Les Comores devraient organiser les Jeux des Iles de l’Océan Indien (JIOI) en août 2027. Ce n’est pas la première fois que l’État comorien obtient l’organisation de ces jeux, mais à chaque fois, il a dû renoncer au dernier moment, faute d’avoir construit les infrastructures nécessaires à temps. Cette fois les choses semblent bien avancer.

Les sportifs veulent aller aux Jeux
Alors que les athlètes se préparent à cette échéance importante, certains élus de Mayotte ont lancé une nouvelle polémique sur la participation des sportifs de l’île à ces Jeux. Le 15 janvier dernier, l’Assemblée de Mayotte a, en quelque sorte, officialisé un débat qui apparaissait jusqu’alors uniquement dans les réseaux sociaux. De nombreux élus, y compris les anciens députés, étaient conviés. Les enjeux sont à la fois sportifs et financiers parce que l’Assemblée doit décider si elle compte financer les délégations sportives ou pas. Mais, en réalité, il s’agit aussi pour les élus maorais de savoir s’ils peuvent laisser les athlètes aller dans les trois autres îles, même s’il s’agit de sport, et surtout d’y aller avec les règles actuelles de la Charte des Jeux, à savoir que les sportifs maorais doivent garder une attitude neutre politiquement et ne pas brandir les couleurs de la France ou chanter la Marseillaise. Un compromis fragile obtenu par le gouvernement français en 2007 pour que les jeunes maorais ne soient pas laissés sur le côté lors de cette grande fête qui a eu lieu tous les quatre ans.
De nombreux élus ont exprimé leur volonté de ne pas voir les sportifs maorais se rendre à ces jeux. Mais, une majorité s’est prononcée contre le boycott et ont appelé à laisser les athlètes participer aux Jeux d’août 2027 aux Comores, malgré tout. Une autre réunion a été organisée au même endroit, deux jours après, cette fois pour entendre les avis des sportifs, eux-mêmes. Ceux-ci sont quasi unanimes pour dire qu’ils sont favorables à une participation, tandis que les collectifs, plutôt proches de la députée Estelle Youssouffa affirment qu’il n’est pas question de participer à ces Jeux. Il n’y a que la Ligue de Handball qui maintient son boycott tant qu’il n’y a pas de changement dans la Charte, décision prise depuis l’année dernière.
L’action du président Chirac
Les Jeux des Iles de l’Océan Indien sont nés en 1979 sur l’initiative de la Réunion. Elles permettent une confrontation entre des athlètes venus de la Réunion, des Comores, de Maurice, de Madagascar, des Seychelles et des Maldives. Mayotte, objet d’un contentieux entre les Comores et la France depuis 1975 a été laissée de côté dès le départ, puisque l’ensemble des États qui participent à ces Jeux, mise à part la France, ont toujours soutenu à l’ONU la position comorienne et ont voté, à chaque fois, les résolutions qui condamnent la France pour sa présence à Mayotte.
Après un forcing du président français, Jacques Chirac, nouvellement élu, les sportifs de Mayotte ont pu intégrer les Jeux, mais en formant l’Équipe de France de l’Océan Indien avec la Réunion en 2003, soit 24 ans après les premiers jeux. Après cette première participation, les Réunionnais, très déçus par les prestations des Maorais, à qui ils ont dû céder des places ou les intégrer dans les équipes, ont dit qu’ils ne voulaient plus refaire l’expérience. Le président Chirac a de nouveau fait pression sur le chef de l’État comorien, Azali Assoumani, en 2006, jusqu’à ce que ce dernier accepte une participation à part entière d’une délégation maoraise en 2007. C’est à ce moment-là que les règles que les Maorais remettent en cause aujourd’hui ont été posées comme condition de leur intégration. Le comité olympique, les sportifs et les politiciens maorais les ont acceptées en connaissance de cause. Elles d’ailleurs été scrupuleusement respectées par Mayotte en 2011 aux Seychelles. En 2015, les Jeux se déroulaient à la Réunion, et les Maorais ont décidé de ne plus se conformer aux règles de la Charte et de défiler avec le drapeau français. La délégation comorienne estimant que l’île organisatrice, la Réunion, était complice a décidé de quitter les Jeux. Jamais un incident n’avait été aussi grave.
La charte des Jeux mise en cause
En 2019, à Maurice, comme en 2023 à Madagascar, la délégation comorienne a reçu le soutien des autres membres pour faire en sorte que la Charte soit, de nouveau, respectée à la lettre. Cette année 2023, Mayotte était candidate à l’organisation des Jeux de 2027, à l’instar des Comores et des Maldives. Les membres, la Réunion y compris, ont désigné les Comores pour organiser les Jeux de 2027 et les Maldives ceux de 2031. Ces deux éléments ont été considérés comme une humiliation, surtout de la part des politiques maorais, et particulièrement de la députée Estelle Youssouffa, qui avait auparavant interpellé le gouvernement français pour qu’il soutienne d’une manière plus ferme la candidature de Mayotte. L’idée que Mayotte ne devait pas aller aux Jeux de 2027 a donc commencé à germer à ce moment-là.
Sur Facebook, le 15 janvier dernier, Estelle Youssouffa montre qu’elle n’a pas changé de stratégie. Elle écrit sur son mur : « Non à la participation de Mayotte aux Jeux aux Comores : non à l’humiliation ». Cette première publication montre que ce qui la gêne, c’est que ces Jeux soient organisés par l’État comorien. Le 16 janvier, elle rédige un nouveau post et tente de justifier sa demande de boycott par le fait que les Maorais n’auront pas le droit ni au drapeau ni à l’hymne national français : « NON à la participation de Mayotte aux Jeux des Iles aux Comores : notre drapeau, notre Marseillaise sont non négociables ». En réalité, pour elle, les Maorais ne doivent pas se rendre dans les trois autres îles de l’archipel, avec ou sans drapeau français.
Le débat sur la participation de Mayotte ou non aux JIOI en 2027 s’est répandu dans les réseaux, entre les ressortissants des quatre îles de l’archipel des Comores. Mais, en réalité, cela ressemble à une tempête dans un verre d’eau, tant on ne voit pas les objectifs des politiciens maorais qui s’opposent à cette participation. Ni le gouvernement français, ni les Français de métropole, ni les Réunionnais ne s’en mêlent vraiment, tellement cela parait absurde qu’après s’être battu pendant des années pour que les jeunes maorais soient intégrés dans ces Jeux et dans la région, il puisse y avoir des responsables politiques qui souhaitent maintenant les en priver. Il est difficile de comprendre quel impact positif ces élus favorables au boycott comptent engranger pour le sport à Mayotte ou pour le combat de « Mayotte française ». Dans tous les cas, ce sera un véritable recul pour le sport maorais, qui a connu un développement important ces dernières années, mais aussi pour la jeunesse maoraise dont on mesure chaque jour combien elle est abandonnée par ces mêmes politiciens.















