Ahamada Mohamed Ali Kari, professeur d’Histoire-géographie, est décédé en France le 15 février 2026 et a été enterré à Bibavou le 22 février. Mohamed Issihaka, qui a accompagné le corps jusqu’à sa dernière demeure, nous rappelle quelques éléments de la vie de cet homme modeste et amoureux de la culture.
Propos recueil par Mohamed Issihaka
Ahamada Mohamed Ali Kari est né le 10 décembre 1965 à Bibavou, dans la région de Hamanvou. Il est le fils aîné de Mohamed Ali Kari et le premier d’une fratrie de neuf enfants. Il a grandi dans un environnement marqué par les valeurs de solidarité, de respect et de transmission, profondément ancrées dans sa culture.

Après son passage à l’école coranique, il s’engage très tôt dans les twarika (Kadriyi et Shadhuliyi), aux côtés des jeunes de son village. Cet engagement témoigne de son attachement aux valeurs spirituelles, à l’éducation religieuse et aux traditions de sa communauté.
Il débute sa scolarité dans le village d’Oussivo, où il obtient en 1978 l’examen d’entrée en classe de sixième. Il poursuit ensuite ses études au collège rural de Hahaya, où il obtient son brevet en 1982. En 1985, il décroche son baccalauréat série A avec la mention assez bien au lycée Saïd Mohamed Cheikh. Par cette réussite, il devient le premier bachelier de la zone allant de Mbangani à Diboini, et le deuxième de la région de Hamanvou ya Djuwu, marquant ainsi une étape importante pour toute la région.
Durant ses années de jeunesse, Ahamada Mohamed Ali Kari se distingue également par son engagement dans la vie culturelle et sociale. Il fait partie des jeunes de son village, et même de toute la région, qui valorisent la culture comorienne à travers la musique et les activités sportives. Il était notamment chanteur, compositeur et jouait de la guitare. À l’époque des dayira, il faisait également partie des récitateurs de kasuda. Son dynamisme et son comportement exemplaire lui valent très tôt une excellente réputation dans son entourage.
Au lycée Saïd Mohamed Cheikh, il est reconnu comme l’un des élèves brillants de sa promotion. C’est à cette période qu’il fait la connaissance d’Ismail Ibouroi, l’un de ses professeurs au lycée de Moroni. Élève sérieux et appliqué, il se distingue également par le respect qu’il témoigne à ses enseignants, avec lesquels il entretient des relations empreintes d’estime et de reconnaissance.
Après l’obtention de son baccalauréat, il effectue son service national au collège rural de Hahaya, où il enseigne l’histoire. Cette première expérience révèle déjà son attachement au monde de l’éducation et à la transmission du savoir.
Animé par le désir d’approfondir ses connaissances, il poursuit ses études supérieures en France, à l’Université Paris 12, à Créteil, où il obtient successivement un DEUG, une licence et une maîtrise en géographie. Il complète ensuite son parcours par un Diplôme d’Études Approfondies (DEA) à la Sorbonne.
En 1995, il intègre l’Éducation nationale française en tant qu’enseignant contractuel. Grâce à sa persévérance et à son engagement, il obtient le CAPES, qui lui permet de devenir enseignant titulaire et fonctionnaire de l’Éducation nationale, en tant que professeur d’histoire-géographie.
Fidèle aux valeurs de responsabilité et de solidarité héritées de son éducation, Ahamada Mohamed Ali Kari assume pleinement son rôle d’aîné au sein de sa famille. Parallèlement à ses études puis à sa carrière, il travaille afin de soutenir financièrement et moralement ses frères et sœurs, les accompagnant dans leur parcours éducatif, du collège jusqu’à l’université. Il apporte également son aide à d’autres membres de sa famille proche dans différents domaines.
Son engagement pour l’éducation se manifeste aussi par son soutien aux initiatives scolaires. Lorsque l’école privée Mouigni Baraka, dirigée par son ancien professeur Chting (Ismail Ibouroi), ouvre ses portes, il y inscrit sa sœur, sa nièce ainsi que d’autres membres de sa famille dont il avait la charge. À travers cet engagement, il contribue activement à la lutte contre l’analphabétisme.
Profondément attaché à ses traditions, il honore les valeurs culturelles de sa société en accomplissant son grand mariage, affirmant ainsi son enracinement dans son héritage.
En France, il exerce en tant que professeur d’histoire-géographie dans un établissement public. Ses collègues témoignent de sa personnalité remarquable, de son professionnalisme et de son savoir-vivre. Il est reconnu comme un homme ouvert, respectueux et très relationnel, apprécié pour ses qualités humaines et son sens du partage.
À la fois intellectuel et gardien des valeurs culturelles, Ahamada Mohamed Ali Kari demeure profondément attaché à sa famille, à son village et à sa région. Son parcours illustre la vie d’un homme ayant su concilier réussite académique, engagement familial et fidélité à ses racines. Il apparaît ainsi comme un modèle pour toute une région.
Un fait marquant de son enfance illustre déjà son potentiel. Lors de l’ouverture de l’école à Oussivo, avant l’indépendance, peu de familles acceptaient d’inscrire leurs enfants à l’école coloniale. Bien qu’il ne remplisse pas tous les critères requis, notamment en raison de son jeune âge et de sa constitution frêle, il fut finalement admis grâce à l’initiative de son père et au manque d’effectif. Plus jeune de sa classe, il se distingua rapidement par ses capacités. Parmi ses camarades de promotion figuraient Foundi Moussa Ahamada, Yahaya Mohamed Ilyassa, actuel ambassadeur des Comores au Maroc, ainsi que Mohamed Abdallah, originaire de Mbangani et résidant actuellement à Paris.
Plusieurs témoignages viennent également confirmer les qualités humaines et intellectuelles de Ahamada Mohamed Ali Kari. Parmi eux, celui de son instituteur Hassani Mlanaoindrou, ancien député de la région de Hamanvou, qui évoque son bon comportement, son éducation exemplaire, sa motivation et son intelligence. Selon lui, depuis l’école primaire où il l’avait enseigné à Oussivo jusqu’à aujourd’hui, Ahamada Mohamed Ali Kari est resté l’un de ses élèves les plus reconnaissants et les plus respectueux.
Issu d’un père visionnaire, attaché à l’enseignement, à l’éducation et à la culture comorienne, il a su incarner et prolonger cet héritage. Comme le dit l’adage : tel père, tel fils.
Que leurs tombes soient remplies de lumière.
Sur le plan personnel, il est père d’un enfant.
Son nom et son parcours resteront gravés dans les mémoires, comme ceux d’un homme qui a su élever les siens et honorer ses racines.
Ces propos m’ont été confiés lors de son enterrement aux Comores.















