Est-ce une arnaque qui entre par la porte sans frapper ? C’est, en tout cas le sentiment des clients de la SONELEC. Celle-ci a imposé depuis quelque temps les compteurs à ticket. Un changement effectué de porte à porte, sans information préalable, sans autorisation ni consentement des intéressés, et qui fait exploser les factures.
Par Fatouma Ali Saïd Abdallah
À Moroni, Bambao et Badjini, le cri est le même : injustice. On vous change le compteur sans votre consentement et, depuis, vous payez deux à trois fois plus cher pour la même consommation.

Il y a plusieurs mois, la société d’État, SONELEC, a lancé une opération silencieuse sur toute l’île de Ngazidja. Des agents sillonnaient les quartiers, toquaient aux portes et remplaçaient les anciens compteurs à carte par des compteurs à ticket de recharge, appelés compteurs STS.
Dans les années 1980, c’était des compteurs à disque. Les consommateurs payaient la facture à la fin du mois. Puis, ils ont été changés pour des compteurs à carte magnétique qu’on rechargeait à l’agence, dans les années 2000. Aujourd’hui, ils sont remplacés par des compteurs STS, pour lesquels faut acheter un code à 20 chiffres chez un revendeur.
Dans la capitale, à Moroni, les résidents vivent l’opération de remplacement des compteurs comme une violation de domicile. « J’étais chez moi, on a frappé à ma porte et à ma grande surprise, un homme devant moi me dit qu’il doit remplacer mon compteur de carte par un nouveau de ticket. Et, il est entré et a changé », précise un habitant de Moroni. « Nous n’avons pas été informés par avance, on ne nous a pas demandé notre consentement. Rien. Ils entrent et remplacent. C’est injuste », a-t-il déploré.
Aucun papier signé. Aucune explication sur le nouveau tarif. Aucune possibilité de refuser. L’agent débranche l’ancien compteur, pose le nouveau et laisse un ticket test de 1 000 FC. Le lendemain, le cauchemar commence, car ce nouveau compteur décompte à une vitesse folle.
Une mère de famille d’Iconi, qui a requis l’anonymat par peur de coupure, raconte qu’avant, avec son compteur à carte, elle rechargeait 10.0000 FC par semaine pour un foyer modeste : quelques ampoules, un frigo, une télé. Depuis que son compteur a été remplacé il y a deux mois, sa consommation a explosé. « Je recharge tous les cinq jours un ticket de 10 000 francs comoriens. Tous les cinq jours. Sinon, l’électricité se coupe », affirme-t-elle.
Pour Mahamoud Ali, c’est le même constat : « J’envisage de me rendre à la société SONELEC pour des explications. Car, tout reste incompréhensible », dit-il.
Un résidant de la ville de Vouvouni ya Bambao, père de famille, qui a requis l’anonymat dit qu’il paie 15.000 FC chaque semaine depuis l’installation du nouveau compteur dans son foyer. Il s’interroge tristement : « Les démunis ? Comment vont-ils faire pour s’en sortir ? J’ai les moyens, Dieu merci. Les autres ? Que vont-ils devenir ? »
Dans le Mbadjini, le phénomène touche les habitants. Une habitante de Babadjani rencontrée à Moroni explique que, depuis le changement forcé, elle est passée à un rythme infernal. « Je paie 5 000 francs comoriens tous les cinq jours. Tous les cinq jours, le courant se coupe et je dois aller acheter un ticket. 5 000 FC tous les cinq jours, ça fait 30 000 FC par mois. Comment je fais ? Un congélateur et les ampoules travaillent pour la SONELEC », déplore-t-elle.
Dans toutes les villes où l’on s’est rendu, c’est le même constat et les mêmes interrogations sur les nouveaux compteurs. Pour les abonnés, les nouveaux compteurs à ticket sont une arnaque.
Qui a certifié ces compteurs ? Quel laboratoire indépendant a vérifié leur conformité ? Pourquoi ce changement a-t-il été imposé sans campagne d’information ? Le contrat d’abonnement autorise-t-il la Sonelec à entrer chez les gens et à changer un équipement sans leur accord ?
Nous avons aussi rencontré d’autres personnes, une minorité, qui ne trouvent que du positif dans ces changements de compteurs. Ils nous ont confié qu’ils rechargent pour 3000 FC et que cela tient une semaine complète. Des déclarations non vérifiées expliquent que cette minorité aurait bénéficié d’une révision des compteurs par le laboratoire de la société SONELEC, mais que cette possibilité n’est pas ouverte à tous. « Pour avoir ce privilège, il faut se rendre à la société avec les factures et, ensuite, l’équipe se charge de vérifier le compteur au laboratoire ». Mais, notre source ajoute aussitôt : « Il faut connaître quelqu’un de haut placé à la société SONELEC pour bénéficier de ce privilège ».
Nous avons tenté de contacter la direction générale de la société SONELEC à plusieurs reprises, par téléphone et par message écrit, afin d’obtenir des explications sur le caractère obligatoire du remplacement, l’absence de consentement et l’explosion des recharges, en vain.















