Il faut reconnaître à Azali sa capacité à voir loin, quand il s’agit de la question de son maintien au pouvoir. Il est dommage qu’il n’en soit pas pareil pour l’économie ou les besoins basiques des Comoriens depuis dix ans.
Par MiB
Le mandat qu’il s’est octroyé par une fraude massive en janvier 2024 s’achève en 2029 et déjà, il agite ce qui reste de la classe politique comorienne pour s’assurer qu’il ne sera pas obligé de céder le pouvoir à un Anjouanais. Il était prévisible dès 2018, lorsqu’il a neutralisé la Cour Constitutionnelle et mis en place une nouvelle constitution qui lui permettait de conserver la présidence du pays dix années supplémentaires, qu’au terme de ces dix ans, il chercherait à mettre fin à la tournante pour se maintenir indéfiniment au pouvoir.

Ces derniers jours, il est parvenu à réintroduire cette question de la tournante dans le débat, alors qu’il a éteint depuis de nombreuses années toute vie politique en dehors des périodes d’élections. Son objectif est de préparer l’après 2029. Ce devait être l’année de l’émergence. Mais, faute d’avoir réussi à améliorer la vie de ses semblables par l’économie, il prend le risque de plonger son pays dans l’incertitude. Dans tous les cas, et il faut le savoir, il n’a rien à perdre, en tout cas beaucoup moins que s’il n’est pas à la tête de l’État en 2029, si ses adversaires, aujourd’hui en prison ou en exil reprenaient les choses en main. Je l’ai souvent écrit, en réalité, malgré l’arrogance et les fanfaronnades, Azali est un homme au pied du mur. Il s’est mis dans une situation telle qu’il ne peut pas céder de lui-même le pouvoir, et il a mouillé la plupart des institutions régaliennes (armée, justice…) et un bon nombre de cadres et intellectuels, à un moment donné, attirés par les honneurs et l’argent facile.
Azali Assoumani propose, encore une fois, l’idée d’une réconciliation des Comoriens et un débat autour de la tournante. Pour le premier thème, il ne donne aucun contour précis et les partisans du parti Juwa ou ceux qui éprouvent l’injustice que subit l’ancien président de l’Union pensent qu’il s’agit d’une réconciliation en vue de libérer son principal opposant : Ahmed Abdallah Mohamed Sambi. Il n’en est rien. Azali Assoumani est persuadé que s’il laisse Mohamed Sambi revenir en politique, il risque de prendre la place de celui-ci en prison. Ce n’est donc pas une simple demande de grâce qu’il exige de son adversaire pour le sortir du trou où il entend l’enterrer, c’est une capitulation. L’ancien président doit non seulement lui demander grâce, mais aussi s’engager à se retirer de la politique, et même si possible, à quitter le pays sous un motif quelconque, comme celui d’aller entreprendre des soins.
En ouvrant la boite de Pandore de la tournante, Azali ouvre officieusement la campagne des présidentielles de 2029. L’enjeu est son maintien à la tête de l’État, car une fois la tournante éliminée, rien ne peut l’empêcher d’être de nouveau président. Il contrôle les urnes et gagnera donc dès le premier tour, s’il le souhaite. Toute l’équation reste pour lui de faire croire que les Comoriens sont d’accord avec lui pour mettre fin à la tournante. Il n’y a pas besoin qu’ils le soient réellement, il suffit de le faire croire et surtout qu’il s’en persuade lui-même.
Dans une telle situation, les choses semblent simples : tous les élus à l’Assemblée de l’Union sont issus de son parti politique, la CRC. À priori, il suffirait de proposer une modification de la Constitution pour avoir les trois quarts (3/4) des élus exigés. Mais, une telle procédure est en réalité risquée pour lui, dans la mesure où les élus d’Anjouan et ceux de Mwali vont subir plus que les autres la pression de leurs électorats et pourraient ne pas voter contre la tournante au moment où dans leurs îles respectives, les gens attendent que la tournante y arrive.
Azali Assoumani semble par conséquent avoir une préférence pour la deuxième méthode préconisée par la Constitution : le référendum. Il sait qu’une fois avoir fait croire dans le débat public qu’il y a une majorité de Comoriens contre la Constitution, il aura déjà remporté les élections de 2029. Il reste à présent pour le chef de l’État à recenser les personnalités, aussi bien dans l’opposition que dans son propre camp à Anjouan et à Mwali, qu’il placera en têtes de gondoles, pour faire la campagne en faveur du référendum. Et, en réalité, ce n’est pas une mince affaire.















