Des policiers étaient déployés samedi 14 février à Nyumadzaha-Bambao, au sud de Moroni, pour empêcher la tenue du congrès du parti Orange, de l’ancien ministre de l’Intérieur, Mohamed Daoud dit Kiki.
Par Hachim Mohamed
À Nyumadzaha, samedi 14 février, le risque de confrontation entre la police et les militants du parti Orange était élevé. Le dispositif sécuritaire mis en place était fait pour qu’il y ait des affrontements. Les militants du parti-orange qui se sont présentés, malgré les menaces sont restés aux abords de la salle dans laquelle était prévu le Congrès de leur parti, en considérant que les policiers et militaires étaient utilisés comme des instruments politiques.

Un ordre illégal
Interrogé sur les agissements des autorités comoriennes qui ont interdit la réunion, le président du parti orange Mohamed Daoudou alias Kiki a manifesté son incompréhension face à une telle interdiction dans un État de droit. Il n’a pas mâché ses mots. « On a un parti qui se respecte, régi par la loi et qui a des structures qui fonctionnent par rapport à la démocratie. Naturellement, on avait prévu d’organiser un congrès régional aujourd’hui dans la ville de Nyumadzaha-Bambao. Les coordinations des différentes régions étaient conviées. L’objectif était, après deux jours de travaux de modifications des textes qui devaient être modifiés, l’élection du bureau fédéral et de la coordination de Bambao, de restituer les conclusions des travaux et présenter tout ce qui a été fait » a-t-il expliqué à quelques représentants de la presse avant de s’indigner sur ce qui est arrivé à ce congrès régional du parti. « Ce n’était pas un meeting ou une réunion comme le CRC le fait actuellement, mais un congrès, régi par la loi. Non seulement par la loi, mais aussi la constitution ».
Débout, furieux, avec une banderole tenue des deux mains (elle était auparavant fixée sur le mur d’un emplacement privé), le porte-parole du parti, le dénommé Obama, n’a pas caché son mécontentement en mettant des mots forts sur cette présence des militaires qui étaient postés devant leur deux pick-ups, à quelques mètres du foyer de la ville.
« Vous voyez bien là que les militaires sont venus pour nous empêcher. Et pourtant, le parti CRC organise des réunions et n’est jamais empeché. Nous disons « non », car ces agissements ne sont pas légaux. Vous savez qu’on peut recevoir un ordre et le refuser ? Nous savons cela parce que nous avons servi ce pays. Ce qui se passe est une honte pour nos forces de l’ordre. »
Une lettre d’interdiction griffonnée à la main
Devant cette perturbation inattendue, une dame d’un certain âge s’est faite fortement entendre, déterminée à ce que le congrès se tienne. « Qu’est-ce que vous voulez de plus ? Vous êtes des témoins oculaires d’une scène qui est ignoble. Par A ou B, nous allons tenir notre congrès. On ne se fera marcher facilement comme ça sans réagir. »
Parlant des leçons à tirer sur les agissements du régime en place, Mohamed Daoudou est allé plus loin que les questions posées par les journalistes : « C’est insultant pour une administration étatique digne ce nom quand on regarde le papier du maire de Bambao signifiant l’interdiction de la tenue du congrès. C’est mal présenté…griffonné et signé à la main comme si on est au moyen âge. En tout cas, nous sommes debout. Contre vents et marées quoi qu’il arrive. Nous le sommes face aux défis et devant nos compatriotes comoriens. Par devoir et responsabilité nous n’allons pas nous dérober. Nous sommes convaincus que nous sommes dans la bonne voie et nous allons continuer ».
Un congrès n’a pas besoin d’une autorisation
Pour comprendre les enjeux de l’interdiction de ce congrès, l’ex-ministre de l’Intérieur, Mohamed Daoud qui a dirigé un temps ces forces de l’ordre, a expliqué les tenants et les aboutissants de ces manœuvres du gouvernement qu’il maîtrise.
Il trouve que, malgré la peur, les intimidations, l’instrumentalisation de la police, de la gendarmerie, mais aussi des institutions notamment la mairie de Bambao qui a voulu interdire le congrès, la participation des militants de son parti était à saluer. Il a d’ailleurs remercié les femmes de Nyumadzaha, qui leur ont ouvert la porte de leur foyer les militants de la ville qui ont fourni toute la logistique. C’est à cause de ce fort soutien que ses militants n’avaient pas envisagé un plan B.
Mohamed Daoudou se réjouit du courage de ses partisans qui ont refusé de subir une interdiction illégale. Il note qu’après une interdiction de se réunir dans un espace privé, les militants ont pu le faire un lieu public. « On ne demande pas une autorisation quand on organise un congrès. On doit respecter les statuts du parti. C’est-ce que nous avons fait. Mais, notre pays vit une période très sombre. On piétine la démocratie et toutes les institutions sont mises à mal par le système » a-t-il conclu.
Qui est derrière ces manœuvres qui empêchent le renouvellement des instances dirigeantes d’un parti d’opposition ? Il est difficile de le dire. Mais, encore une fois, ces actions à l’encontre des partis politiques constituent une violation des principes démocratiques et des droits de l’homme, visant à maintenir le pouvoir en place en affaiblissant l’opposition.















