Cette année le gouvernement comorien avait décidé de célébrer, à Mwali, l’Accord-cadre du 17 février 2001 qui a permis de mettre en place ce qu’on appelait à l’époque le Nouvel Ensemble Comorien (NEC). Pourtant, contrairement aux annonces, rien n’est ressorti de cette grande messe.
Par MiB
En prévision de la célébration du 25e anniversaire de l’Accord-cadre du 17 février 2001, les techniciens, les communicants de Beit-Salam et du secrétariat général du gouvernement, ainsi que les officiels ont commencé à affluer dans l’île de Mwali dès le week-end précédent. Le chef de l’État, Azali Assoumani, qui a tenu à ce que le gouvernement commémore cette date cette année, est arrivé la veille de l’événement. Le 16 février, le nombre d’habitants de l’île de Mwali avait soudainement fait un bond en avant et il n’y avait plus de place dans les hôtels.

Une célébration inattendue
Le gouvernement avait laissé « fuiter » plusieurs propositions laissant entendre qu’à l’occasion de cette célébration, il organiserait des Assises nationales pour voir quels « acquis » du 17 février garder et lesquels modifier ou supprimer. Il avait aussi émis l’idée d’une réconciliation nationale au moment de la fête. Il a même fait passer par les canaux habituels de certains journalistes et influenceurs qu’il serait prêt à libérer quelques prisonniers politiques, dont l’ex-président de l’Union Ahmed Abdallah Mohamed Sambi ou l’ancien gouverneur d’Anjouan Abdou Salami, d’autant que la célébration allait être organisée quelques jours avant le début du mois de ramadan, un moment de pardon pour les musulmans. Dans tous les cas, les Comoriens s’attendaient à des annonces fortes de la part du chef de l’État. Mais, ce ne furent que des ballons d’essai qui, à part la libération des prisonniers politiques, n’ont pas été pris au sérieux ni par les oppositions réelles ni par la population.
Le 17 février eut lieu et rien n’a changé, rien n’a marqué cette journée, aucune annonce importante n’a été faite, à tel point qu’on en vient à se demander pourquoi Azali Assoumani a insisté pour commémorer cette date cette année, alors que jusque-là, les ordres étaient donnés aux militaires pour rendre impossibles ou difficiles les célébrations régulièrement organisées par l’opposition. L’année dernière encore, au port de Chindini au sud de Ngazidja, les membres de l’opposition ont été empêchés de se rendre à Mwali pour la commémoration.
Après le bal, la fête des mots
Le soir du 16 février, le gouvernement a organisé ce qu’un influenceur des réseaux sociaux a qualifié de « bal poussière » avec des artistes venus des quatre îles et, comme invités d’honneur, le couple présidentiel qui a dansé au milieu des partisans, encadré par des gardes du corps.
Au petit matin, la place de l’indépendance de Fomboni était fastueusement décorée, ornée d’un écran géant pour diffuser des images d’archives et des témoignages des acteurs d’époque. La place était pleine de monde, essentiellement des fonctionnaires venus de l’île ou venus des autres îles, puisque l’exécutif avait pris soin de rendre fériée, chômée et payée la journée. Chef de l’État (et sa femme), président de l’Assemblée de l’Union, gouverneurs, ministres, secrétaire général du gouvernement, officiers de l’armée, conseillers du régime étaient tous venus de Moroni. Il ne manquait que la classe politique de Mwali, le gros de la troupe comme l’ancien président de l’Union, Ikililou Dhoinine ou l’ancien président de l’Assemblée, Saïd Dhoiffir Bounou avaient préféré décliner l’invitation.
La scène s’est donc réduite à une image que le régime autocratique a habitué la population : la CRC parle à la CRC. D’ailleurs, les officiels semblaient ailleurs ou ne pas comprendre ce qu’ils faisaient là, à Mwali, à écouter des discours d’autoglorification. Même Houmed Msaidié qui, à l’époque, était allé à la signature de ces Accords derrière Abbas Djoussouf, en trainant les pieds, a rendu hommage à Azali Assoumani pour son intervention qui aurait permis de ramener la paix dans le pays.
Cela a offert l’occasion au chef de l’État de développer, encore une fois, un discours plat sur le mythe de « l’interposition » qui aurait permis de sauver les Anjouanais chassés de Ngazidja, alors que la réalité était que l’armée avait minutieusement encadré et limité cette « chasse aux Anjouanais » pour justifier le putsch de 1999.
Lorsque le chef de l’État s’est rendu compte qu’il parlait seulement à ses partisans, il a éprouvé le besoin de rappeler la présence dans les tribunes de Me Ibrahim Mzimba qu’il a élevé en représentant de l’opposition, étant le seul député non membre de la CRC que le pouvoir a bien voulu laisser passer lors des dernières législatives. Il a également évoqué la présence de Housni Mohamed Abdou, fils de l’ancien homme politique Mohamed Abdou Madi dit Mjamawe, qui a fui avec Mohamed Bacar en 2008 vers Mayotte et n’est jamais revenu.
Un Accord qui n’a pas mis fin au séparatisme
Azali Assoumani a présenté l’Accord-cadre de 2001 comme « l’expression d’un sursaut national », le choix du dialogue pour mettre fin au séparatisme. Cet accord aurait « restauré la confiance entre les îles ». Il laisse même entendre, comme bon nombre d’hommes politiques au pouvoir ou dans l’opposition, que l’accord-cadre aurait permis d’instaurer la tournante, et il promet sans convaincre qu’il laissera en 2029 le pouvoir à un homme originaire de l’île d’Anjouan. Mais, ce ne sont que des mots, chacun sait que l’Accord-cadre, célébré ce 17 février, a permis par son point 16 (« Les structures en place dans les îles continueront d’exercer leurs fonctions jusqu’à la mise en place des nouvelles institutions ») à Mohamed Bacar de maintenir les structures de l’« État d’Anjouan » jusqu’à l’intervention de l’Union Africaine en 2008. Ainsi, même après l’adoption de la Constitution de 2002, en tant que « chef de l’État d’Anjouan », Mohamed Bacar a continué à faire la pluie et le beau temps dans l’île, autorisant ou non les officiels comoriens à s’y rendre, y compris Azali Assoumani lui-même. C’est cela qu’Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, élu en 2006, ne pouvait plus accepter et qui l’a conduit à faire appel à une intervention de l’OUA en 2008.
Azali Assoumani a tout de même proclamé le 17 février comme date la plus importante de l’histoire des Comores, après le 6 juillet. Pourtant, il n’y croit pas lui-même. Il sait qu’à Mwali, il n’a convaincu que son propre parti. D’ailleurs il n’a donné aucune suite politique à cette célébration. Que ce soit le compte rendu du conseil des ministres qui a suivi (19 février) publié sur la page Facebook de Beit-Salam ou celui qui a été fait par la porte-parole du gouvernement, la célébration du 17 février n’a pas été évoquée. On en conclut qu’il n’en a pas été question au cours du Conseil des ministres ou que ce fut une question secondaire. Il est même probable que ce fut la première et la dernière fois qu’il fêtait cet Accord-cadre, à moins qu’il ne trouve un consensus avec la classe politique de Mohéli ou qu’il ne finisse par rendre publique une volonté de s’imposer après 2029 et que, pour cela, il n’ait besoin de venir annoncer un nouveau plan de changement des institutions.
L’opposition comorienne, la grande absente de cette fête, avait pourtant annoncé qu’elle allait, comme chaque année, célébrer le 17 février. Quasiment toute la classe politique mohélienne, avec à sa tête l’ancien président Ikililou Dhoinine, avait promis, dans une grande messe le 7 décembre dernier (voir Masiwa n°562 du 15 décembre 2025) de célébrer le 17 février. Les dirigeants du Mouvement du 17 février avaient proclamé publiquement qu’ils le feraient, comme chaque année, même si le gouvernement tente de les en empêcher. Il semble que, cette fois, les arguments pour les dissuader aient été les mêmes que pour saboter la rencontre de l’opposition pour célébrer le 17 février à Moroni. Le maire de la ville a tout simplement indiqué au responsable de la salle où devait se tenir la rencontre que s’il ouvrait cette salle, il irait en prison. Cela a suffi à le convaincre, puisque, le matin du 17 février, les membres de ce qui reste de l’opposition réelle au régime ont trouvé porte close et des militaires quadrillant le secteur.














