Après avoir subi l’injustice des juges comoriens, lors de son arrestation en 2018, puis au cours de son procès politique organisé en 2022, l’ancien président des Comores, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, est-il en train de subir une injustice médicale, avec un nouveau refus d’évacuation sanitaire ?
Par MiB
Le 22 mai dernier, La Gazette des Comores, sous la plume de Toufé Maecha, qui a obtenu les confidences du médecin du président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, révélait que le pronostic vital de ce dernier était « compromis ». Cela veut dire que l’ancien président des Comores de 2006 à 2011 court un grand risque de mourir, sous peu, s’il n’est pas soigné comme il faut, et en l’occurrence s’il n’est pas évacué pour des soins à l’extérieur. C’est la conclusion à laquelle était parvenu son médecin traitant, Dr Toufail Houmadi Charif, après avoir été appelé d’urgence à son chevet au tout début du mois de mai 2026.

Depuis, le 23 mai, le gouvernement a constitué, autour du Dr Toufail Houmadi Charif, un groupe de médecins chargés de déterminer la ou les maladies dont souffre ce vieil homme qui vient juste d’avoir 68 ans, après avoir effectué une batterie d’analyses pour confirmer la nécessité d’évacuation de l’ancien président pour des soins à l’extérieur du pays.
Toutefois, avant même que ces médecins ne rendent leur rapport, le Procureur général, Ahamada Hamidou, a déclaré dans un communiqué aux médias que, contrairement à ce qui avait été affirmé, le pronostic vital du président Sambi n’était pas engagé. Cette affirmation a provoqué une nouvelle sortie de son médecin, le Dr Toufail Houmadi Charif, certainement vexé que le Procureur mette en cause les confidences qu’il avait confiées au journaliste de la Gazette. Il a qualifié la déclaration du Procureur de « fake news » confirmant que le groupe de médecins n’avait pas encore publié son rapport. Il a été appuyé en cela par la famille Sambi, qui a ajouté que les propos étaient mensongers.
Le 30 mai dernier, un premier rapport partiel a été remis aux autorités, mais aucune demande d’évacuation urgente n’avait été encore formulée, les médecins attendant encore des examens radiographiques et des scanners. Le dernier de ces examens a été effectué le 3 juin à l’hôpital de référence du pays, l’hôpital Al-Maarouf. Avant la publication du rapport final, La Gazette des Comores a publié une hypothèse de travail selon laquelle, ce qui provoquerait l’asthénie et l’affaiblissement général de Mohamed Sambi serait une embolie pulmonaire. Cette hypothèse, traitée comme telle dans La Gazette, a été transformée en une certitude dans un article de Fabrice Floch sur le site de la Réunion 1ere, repris par France Info. Le journaliste, qui écrit souvent sur les Comores, avec l’aide des journalistes locaux, affirme : « Cet examen a permis aux praticiens de confirmer que le sexagénaire souffre d’une embolie pulmonaire, nous apprend La Gazette des Comores. » De nombreux Comoriens viennent à s’interroger : si l’embolie pulmonaire est une certitude, pourquoi des médecins ne finalisent-ils pas rapidement leur rapport en demandant que cet homme de 68 ans ne retourne pas en prison ?
Un mois, jour pour jour, après la crise grave subie par l’ancien président Mohamed Sambi le 5 mai dernier, malgré le fait qu’il a été annoncé que son pronostic vital était « compromis », le rapport sur son état de santé n’a toujours pas été publié et le groupe de médecins chargés d’établir une contre-expertise, depuis deux semaines, ne s’est toujours pas prononcé d’une manière définitive sur sa maladie et sur sa demande d’évacuation. Les rumeurs continuent donc de fuiter et d’être diffusées dans certains médias pour faire sensation et le caractère d’urgence est ignoré.
En attendant, depuis la fin du mois de mai, le président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi a reçu de nombreux soutiens parmi ses partisans, mais aussi, et c’est nouveau, parmi les collaborateurs du régime en place. De nombreuses personnalités demandent l’évacuation sanitaire de l’ancien président, en tenant compte de son état de santé et de son âge. Dans une lettre datée du 26 mai dernier, adressée au chef de l’État, Azali Assoumani, six anciens Premiers ministres, dont son fidèle compagnon, Hamada Madi Boléro, et l’Ambassadeur des Comores à Madagascar, Caambi Al-Yachourtu, font appel à l’humanité et aux principes de l’Islam pour demander une mesure de « clémence » permettant l’évacuation sanitaire de Mohamed Sambi. Pour eux, cela « constituerait un geste fort de réconciliation nationale et de grandeur ».
Cette lettre a été suivie par de nombreuses autres écrites par des personnalités politiques anciennes et actuelles : l’ancien président Ikililou Dhoinine, plusieurs anciens Gouverneurs des Îles de Ngazidja, de Ndzuani et de Mwali, des députés…
Mais, le chef de l’État, Azali Assoumani, reste inflexible. Il a affirmé dans une déclaration que c’est un acte de droit qui a mis Mohamed Sambi en prison et c’est un acte de droit qui l’en sortira. D’autres rappellent que l’ancien militaire aurait déclaré qu’il ne ferait pas la même erreur que celle faite par le président Ali Soilihi à l’égard du président Ahmed Abdallah. Azali Assoumani ferait ainsi référence à un point de l’histoire politique des Comores. Ali Soilihi a protégé Ahmed Abdallah après le putsch du 3 août 1975, tout en le gardant dans une résidence surveillée où il allait lui rendre visite régulièrement. Il a fini par donner à Ahmed Abdallah un passeport diplomatique pour aller plaider la cause du jeune État des Comores à l’extérieur. Mais, une fois à l’extérieur, Abdallah a fui, puis avec sa fortune, il a organisé le putsch de 1978 et, en tant que nouvel homme du régime, a fait exécuter Ali Soilihi quelques jours plus tard. Une situation complètement différente de celle d’aujourd’hui, mais les paroles attribuées à Azali Assoumani pourraient indiquer que celui-ci craint dans l’avenir une vengeance de la part de Mohamed Sambi.
Le chef de l’État semble, à présent, avoir choisi le silence comme réponse et c’est son conseiller politique, Houmed Msaidié, qui est envoyé dans les médias pour répondre à ces nombreux appels à la clémence. Ce dernier rappelle qu’une demande d’évacuation sanitaire, ce n’est pas la même chose qu’une demande de libération. Pour lui, Mohamed Sambi a deux voies pour sortir de prison : la grâce du chef de l’État et l’amnistie qui peut être décidée par l’Assemblée nationale, presque entièrement acquise au parti présidentiel. Or, pour l’une ou l’autre voie, Ahmed Abdallah Mohamed Sambi doit, dans un premier temps, accepter le verdict, reconnaître les faits qui lui sont reprochés et la validité de la Cour et des juges qui l’ont condamné. Mais, on se rappelle que face aux nombreux vices de procédure, il avait choisi de boycotter le procès et qu’il n’a pas reconnu le jugement. Peut-il le faire maintenant ? Il est certain que s’il accepte cela, ce serait reconnaître que le chef de l’État, Azali Assoumani, aurait réussi à le briser physiquement et moralement. Dans tous les cas, il est le seul à savoir jusqu’à quel point sa santé lui permettra de résister à l’arbitraire d’un régime qui, à plusieurs reprises, n’a pas hésité à torturer, y compris des jeunes de vingt ans, jusqu’à la mort.















