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Oubeidillah Mchangama, Bis Repetita

Mercredi 28/04/2021, toute honte bue, un juge d’instruction, a fait retourner le journaliste Oubeidillah en prison. Bis repetita. Dans les régimes autocratiques, il est une méthode imparable. Et elle est régulièrement utilisée contre Oubeidillah Mchangama. Placer un citoyen qui dérange en mandat de dépôt, ce peut-être un journaliste ou un opposant ou encore un leader d’opinion. Par le fait du Prince, lui accorder une liberté provisoire ou une mise sous contrôle judiciaire. Ne jamais juger l’affaire. Aucune peine ne sera prononcée. Ainsi, une épée de Damoclès planera toujours sur la tête de l’impénitent. C’est ce qu’il se passe avec Oubeidillah Mchangama. Il a tellement « d’affaires en cours », la plus ancienne remontant à 2019, qu’il suffit d’un rien pour qu’il retourne à la case prison. Ce rien équivalant à un contrôle judiciaire révoqué, une liberté provisoire levée, pour un procès qui jamais n’aura lieu.

L’institution judiciaire est souillée par des juges

Ce système inique qui arrange les puissants révèle une panne dans la machine judiciaire. Oui, car à l’évidence, l’institution judiciaire a plus que du plomb dans l’ail. Elle est souillée par des juges, des magistrats et des hommes de loi qui ne respectent que le bruit assourdissant de leur mépris. Ils semblent être à la botte des « en-haut-de-en -haut » et sont devenus leurs petites mains. Je parle des juges d’instruction parce qu’il faut toujours, je pense, faire une différence entre les hommes et les institutions qu’ils sont censés servir avec droiture et équité. Oubeidillah est retourné à la maison d’arrêt parce qu’il a fait le choix de toujours écouter sa conscience. D’écouter sa conscience surtout face à ce juge qui a écrit ne rien avoir à lui reprocher, tout en lui interdisant l’essentiel. Son travail. Ce juge a voulu le contraindre à rejoindre le camp de ceux qui ont opté pour le silence par peur des représailles. Ceux qui, au plus profond de leurs entrailles, pleurent cette liberté perdue. Ceux qui avalent des couleuvres et espèrent. Ceux qui n’osent plus faire face au reflet de leur miroir, ne voyant au travers que lâcheté et désespoir. Mais à choisir, Oubeidillah a préféré avaler du « sibiri », se mordre la langue autant que nécessaire et affronter la prison de Moroni à chaque fois qu’il le faudra. Sans le revendiquer, il est devenu un porte-étendard de ce à quoi la jeunesse comorienne aspire. Une vraie république. Celle qui offre toutes les perspectives à tous ses enfants. Celle qui donne envie à sa diaspora de rentrer. Celle qui n’emprisonne pas les esprits libres. Une république VRAIE. LA RÉPUBLIQUE.

Il commet des erreurs parfois et on peut lui reprocher quelques légèretés, mais quel journaliste n’en commet pas ? Les plus grands ont tous leurs loupés. Et au-delà de son positionnement journalistique, au-delà de sa ligne éditoriale, Oubeid reste un jeune qui a décidé de ne vivre aux crochets de personne d’autre. Il n’attend pas un recrutement à Alwatwan ou dans un quelconque service de l’état. Il a créé son gagne-pain pour être libre. Ironie du sort, c’est cette liberté de ton qui le conduit régulièrement en prison.

Cette dérive ne touche pas qu’Oubeid, ne l’oublions. Il y a trois semaines, le cadi de Hambou, magistrat de service, a été arrêté est mis en détention pour « offense au chef de l’état et incitation au soulèvement ». Mais comme le rappelle le journal d’État dans son numéro 4168 du 28/04/2021, sa détention pose question en raison de son statut de Magistrat. Selon le canard, l’article 73 de la loi de 2005, portant statut de la magistrature dit : « Tout manquement par un magistrat aux devoirs de son état, à l’honneur, à la délicatesse ou à la dignité, constitue une faute disciplinaire ». Et l’article 75 de préciser que les sanctions disciplinaires applicables aux magistrats vont de l’avertissement jusqu’à la mise à la retraite en passant par la rétrogradation, la révocation, l’abaissement de l’échelon pour ne citer que celles-là. ».

La moindre des choses pour un croyant, c’est d’avoir mal face à l’injustice

On comprend donc que le juge d’instruction n’a fait qu’obéir aux ordres des « petits chefs » pour encore une fois, insuffler la peur et la terreur, chez toute voix qui voudrait s’élever face à l’arbitraire, face au diktat.

Ainsi, nos cris n’auront de bruit que le silence sombre de l’institution judiciaire, et nous sommes persuadés qu’il se trouvera un homme empli de sincérité, qui mettra fin à cette cavale contre les droits fondamentaux d’Oubeidillah et de tous les autres. Sa liberté est la nôtre et il demeure le miroir de cette jeunesse qui souhaite s’engager corps et âme pour le RÉPUBLIQUE, quoi qu’il en coûte. Nous n’accepterons jamais le silence face à son cas. Nous n’acceptons pas la honteuse situation que le palais de Moroni lui fait subir. Car la moindre des choses pour un croyant, c’est d’avoir mal face à l’injustice.

Et chacun de nous sera sûrement questionné par le seigneur là-dessus. Et il viendra un temps où le bruit de nos membres remplacera celui de nos claviers et de nos stylos. Un temps où la masse se liguera pour vous mettre hors d’état de nuire. Aussi loin qu’il puisse paraître, ce temps viendra. Et on vous reconnaîtra tous. On se souviendra de vous. De tous ces juges qui ont trahi leurs toges. Tous ces hommes de droit qui ont oublié leur obligation première, de nous protéger face à l’arbitraire. Face à ces politiciens qui ne pensent qu’à rempiler. Du pouvoir comme de l’opposition. Ce temps viendra, où on investira tous nos lieux communs, chantant l’Udzima Wa Masiwa avec nos cœurs en bandoulière et on vous traînera devant la cour de justice du peuple. Comme ce fut le cas de tous les despotes que l’humanité a connu. Rappelez-vous-en. Votre tour viendra. Vous rendrez des comptes et pas seulement devant le seigneur. Quoiqu’avec lui, vous allez sûrement prendre cher.

En attendant, Chers Frères, continuer à être des citoyens modèles et à refuser l’arbitraire. Le meilleur suivra.

Simba Khaled

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