L’enlèvement du président Nicolàs Maduro au Venezuela par les États-Unis a rappelé aux Comoriens que le président Mohamed Djohar avait lui aussi été enlevé et retenu à la Réunion par la France en 1995, après un coup d’État mené par des mercenaires français conduits par le fameux Bob Denard.
Par SAID DJAE Houdhayfi, SG de Faliki ya Masiwa
De Moroni à Caracas, deux présidents déchus, deux contextes distincts et pourtant une interrogation commune : jusqu’où les puissances internationales peuvent-elles légitimement intervenir ?

L’histoire politique internationale est jalonnée d’épisodes au cours desquels des dirigeants en exercice ont été déplacés de force par des puissances étrangères, parfois sous couvert de légitimité morale ou juridique, parfois par le seul recours à la force. Ces situations révèlent les tensions persistantes entre souveraineté étatique, droit international et rapports de puissance. Deux événements illustrent particulièrement cette problématique : l’intervention française aux Comores en 1995 et l’opération américaine au Venezuela en 2026.
Comores (1995) : Djohar, l’opération Azalée et la France
En septembre 1995, la France déclenche l’opération Azalée aux Comores. Cette intervention militaire a pour objectif officiel de mettre fin au coup d’État mené par le mercenaire français Bob Denard et de rétablir la stabilité institutionnelle de l’archipel. Au cours de cette opération, le président Saïd Mohamed Djohar, alors en exercice, est exfiltré hors du territoire national et maintenu à l’écart pendant plusieurs mois contre son gré, ce qui l’empêche de reprendre effectivement l’exercice de son mandat.
Bien que les autorités françaises présentent cette action comme une défense du droit face à un putsch armé, l’exfiltration du chef de l’État soulève de sérieuses interrogations juridiques. Sur le plan du droit international, elle s’apparente à une privation de liberté d’un président souverain sans mandat légal explicite ni autorisation multilatérale. Selon plusieurs analyses, cette situation peut être assimilée à un déplacement forcé arbitraire. L’argument de la protection invoqué par la France ne suffit pas à dissiper la contrainte exercée sur un chef d’État élu.
Venezuela (2026) : Maduro, l’opération américaine et la réaction mondiale
En janvier 2026, les États-Unis lancent une vaste opération militaire contre le Venezuela, comprenant des frappes ciblées ainsi que l’arrestation du président Nicolás Maduro. Celui-ci est capturé et exfiltré hors du pays par les forces américaines, selon de nombreux médias internationaux.
Cette action suscite de vives réactions sur la scène internationale. Le gouvernement français, à l’instar d’autres acteurs diplomatiques, condamne fermement l’opération, la considérant comme contraire au droit international et au principe de non-utilisation de la force, consacré par la Charte des Nations unies. De nombreux experts en droit international estiment également que cette intervention viole la souveraineté et l’inviolabilité de l’État vénézuélien, ainsi que le principe d’immunité des chefs d’État en exercice.
Entre Moroni en 1995 et Caracas en 2026, un fil conducteur se dessine clairement : le déplacement forcé d’un chef d’État en exercice par une puissance étrangère continue d’être politiquement justifié sans reposer nécessairement sur une base juridique internationale solide. Cette réalité interroge la capacité du droit international à encadrer efficacement les rapports de puissance et soulève des questions fondamentales sur l’avenir de la souveraineté des États dans un système international où la force tend encore, par moments, à primer sur les principes juridiques.














