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Siyasa ndrabo na ujihupviya. La politique ou l’art du mensonge

Mots clés: Edition 563Trending
22 décembre 2025
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Siyasa ndrabo na ujihupviya. La politique ou l’art du mensonge
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L’adoubement d’un nouveau président annonce toujours des lendemains qui chantent. Et les premiers à l’avoir compris sont nos responsables politiques et les acteurs de la société civile.

Par MOHAMED Bakari Abdallah. Paris, le 12 décembre

Les cadres, les intellectuels, les chefs de partis, des organisations professionnelles et patronales, les barons des régimes précédents et les représentants autoproclamés de la diaspora se bousculent dans le salon d’honneur du palais de l’heureux élu à chaque cérémonie d’intronisation. Objectifs avoués de ces visites : faire allégeance, se montrer disponibles, apporter le soutien au président et jurer sur le Coran en même temps que lui qu’en bons républicains et patriotes qu’ils sont, ces femmes et ces hommes agissent tous pour l’intérêt suprême de la nation.

Seul absent à cette procession : le peuple, la seule composante de la société à subir de plein fouet les dévastations des mauvaises politiques mises en œuvre depuis des décennies dans le pays.

La prosternation des élites administratives, politiques, religieuses, intellectuelles devant le Raïs quel qu’il soit traduit la fragilité et l’immaturité de notre système politique et démocratique. Au rythme effréné et inconsidéré où vont les salamalecs et les ralliements, il ne reste aucun parti ni contre-pouvoir pour s’opposer de façon intelligente et établir l’équilibre nécessaire et vital à la vie démocratique.

Et pourtant, en démocratie, il faut une majorité qui gouverne et une opposition crédible et responsable pour incarner l’alternative et le changement. Ce principe élémentaire de régulation de la vie démocratique et politique fait cruellement défaut dans notre pays.

L’union sacrée et la réconciliation nationale entonnées par chaque président qui se respecte au nom du développement économique, de l’intérêt national, de la ritournelle lutte pour « Maoré comorienne » et le combat contre la corruption faussent les règles du jeu.

Derrière ce paravent se dissimulent les petits calculs politiciens et les intérêts personnels d’une caste en quête d’ascension sociale rapide.

Dans les pays aux mœurs politiques policées où les valeurs universelles de la démocratie et de la République sont bien ancrées, les partis politiques et leurs représentants se distinguent. Ils ne sont pas contraints de partager les options et les orientations du président et de sa majorité présidentielle. Certains sujets peuvent effectivement être consensuels. Mais rien n’oblige les partis des oppositions à se livrer avec armes et bagages au président et laisser le pays sans contre-pouvoir.

L’Union des Comores n’est pas en guerre ni gravement menacée pour que l’union sacrée soit déclarée. Le pays est plutôt mal géré ou pas dirigé. Il navigue à vue, sans boussole, confronté à des enjeux sociaux colossaux qui attendent des réponses politiques volontaristes, pragmatiques et réalistes.

Au lieu d’engager un véritable débat national, projets contre projets où seraient avancées des solutions aux questions posées, les partis politiques et les élites pensantes s’arrangent dans des combinaisons. Ils entretiennent la confusion qui nourrit le désespoir et la défiance du peuple.

La ruée vers Beit-Salam est la démonstration parfaite de cette tradition initiée par le président Ahmed Abdallah Abderemane où la quête de fonctions ministérielles, de postes des directions des sociétés d’État, des administrations publiques ou de conseillers du prince motive les ralliements et les reniements.

Force est de reconnaître que les places sont bonnes à prendre. Les fonctions sont très juteuses et appétissantes pour tout aspirant à la notoriété, aux titres et à la richesse illicite.

Elles rapportent mieux et infiniment plus que la loterie. Elles offrent aux heureux élus l’opportunité de se fabriquer en un laps de temps une ascension vertigineuse au faîte de la hiérarchie sociale.

Entrer en politique au pays de la grande notabilité n’exige aucune référence, aucun titre ni diplôme universitaire. Il suffit d’avoir du bagout (shindiwantsi), de disposer d’un ordinateur portable estampillé Apple ou autres, un savoir-faire du copier-coller, un bon PowerPoint, convier caméras dans une salle des restaurants huppés de la capitale pour annoncer en conférence de presse la création de la nième formation politique.

Nul besoin de construire un projet de société, d’avoir des idées innovantes, d’organiser, structurer et enraciner un parti dans l’ensemble du territoire et dans la durée.

Dans un système politique cadenassé et avili par la corruption des consciences, l’espace est tenu pour une opposition digne et responsable. Nos chefs de partis sans troupes ni élus se ressemblent tous.

Ils pensent, annoncent et défendent les mêmes thématiques. Un kit livré clé en main par les organismes internationaux. Ils s’habillent (djuba, draguila, nkandu et kofia) et fréquentent les mêmes lieux de sociabilité à l’occasion des majlis, mitro dahoni, madziho. Ils appellent cela l’esprit citoyen et républicain.

Fini le temps des batailles idéologiques, de la lutte des classes et des conflits intergénérationnels opposant les conservateurs et traditionalistes aux progressistes et modernistes.

Dans cet univers marqué par la frénésie de l’enrichissement illicite, nos technocrates et les apprentis politiciens semblent passionnés et séduits par une seule et unique idéologie : le chacun pour soi.

Aux frontons de leur République, on devrait inscrire : se servir au détriment de la nation. Faut-il donner raison à nos concitoyens quand ils définissent la politique comme l’art du mensonge, la quête des fonctions et de la richesse illicite ?

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