Ces dernières années, force est de constater que les décès en détention, les arrestations arbitraires et les allégations de torture se succèdent sans jamais donner lieu à des enquêtes crédibles. Loin d’être des incidents isolés, ces violations s’inscrivent dans un système d’impunité structurelle dans lequel l’État se trouve à la fois mis en cause et juge de sa propre responsabilité. L’islamenseigne la sacralité de la vie humaine : « Quiconque tue une âme… c’est comme s’il avait tué l’humanité tout entière » (Coran 5 : 32).
Par AHMED Mohamed alias Ben, Coordinateur du ROC
Le pays fait face à des morts inexpliquées. Une constante demeure : le pouvoir du colonel Azali Assoumani Boinaheri évite soigneusement de réagir. Il n’y a pas de reconnaissance officielle, pas d’enquête indépendante, pas de poursuites judiciaires crédibles. Le silence autour de ces phénomènes est devenu une méthode de gouvernance. Une stratégie d’évitement qui vise à gagner du temps, à installer l’oubli, à banaliser l’inacceptable. Il est clair que ce silence est une faute politique majeure.

Au cœur de cette criminalité se trouve la capture du pouvoir judiciaire par l’exécutif. Les magistrats, notamment du parquet, demeurent dépendants des autorités politiques pour leurs nominations, mutations et carrières. Dans un tel contexte, enquêter sur des crimes impliquant des agents de l’État revient à s’exposer à des sanctions professionnelles, voire personnelles. Les procédures sont bloquées en amont ou alors les plaintes déposées par les familles de victimes sont généralement classées sans suite.
L’impunité comme mode de gouvernance
Il est malheureux de constater que l’impunité ne relève pas d’un simple dysfonctionnement ponctuel ; elle constitue plutôt un mode de « gouvernance ». Les décès en détention sont fréquemment requalifiés en « morts naturelles ou malaises », les violences policières minimisées et les arrestations arbitraires justifiées par des impératifs de sécurité. Cette normalisation de l’absence de justice alimente un cercle vicieux : plus les violations restent impunies, plus elles se répètent.
Dans ce climat, la peur devient un facteur structurant dans les familles, dans les quartiers et dans les villages. Les magistrats, policiers, militaires, témoins et même membres des familles des victimes savent que parler peut coûter cher. Cela peut entraîner aussi des mutations punitives, poursuites fabriquées et intimidations. De leur côté, les avocats et défenseurs des droits humains ne sont pas épargnés. Leur travail s’effectue sous pression constante, favorisant l’autocensure et la raréfaction des dénonciations publiques. En de telles circonstances, le silence n’est plus un choix, il demeure une stratégie de survie.
Il est malheureux de constater que les mécanismes indépendants de contrôle font défaut. Il n’existe pas de dispositif effectif de prévention de la criminalité ni de la torture. L’Assemblée nationale ne joue pas son rôle de contrôle démocratique, la Commission nationale des Droits de l’Homme et des Libertés (CNDHL), non plus.
Le silence, un facteur aggravant
Nos partenaires techniques et financiers, bien informés de ces violations, privilégient trop souvent la stabilité politique et la coopération sécuritaire au détriment des droits humains. Leur aide envers les Comores se poursuit sans conditionnalité crédible, envoyant un signal de tolérance implicite à l’impunité. Ce choix, à court terme, peut sembler pragmatique et à long terme, fragilise la société comorienne et nourrit une instabilité latente.
Du commandant Faycoil à Akibarou Issoufa, en passant par Bapalé, Aymane, Fanou, Hikma etc.., une même trame se dessine, il s’agit de l’atteinte à la vie et à la dignité. En l’absence de volonté politique interne, la communauté internationale a la responsabilité morale et juridique d’agir. Elle dispose de plusieurs leviers, dont la conditionnalité de l’aide, les sanctions ciblées, pour encourager un changement réel. Il s’agit pourquoi pas d’une action ferme et conforme au droit international afin de protéger les citoyens comoriens et prévenir de nouvelles tragédies humaines.
Nous devons refuser les euphémismes et les demi-mots. Nous parlons de crimes d’État parce que les faits l’imposent. Nous refusons que les victimes soient réduites à des statistiques, que leurs familles soient condamnées au silence, que la justice soit instrumentalisée ou paralysée.
L’autorité peut continuer à éviter le sujet. Or, un pouvoir qui fuit la vérité a déjà perdu la bataille de l’histoire. Tout compte fait, l’histoire jugera sévèrement ceux qui ont tué, ceux qui ont couvert, et ceux qui se sont tus. A chacun ses responsabilités.















