Dans nos sociétés, le pardon est souvent oublié ou minimisé, alors qu’il pourrait être une véritable clé pour apaiser les cœurs, renforcer l’unité et encourager le développement.
Par Mohamed Issihaka
Entre rancunes politiques, conflits sociaux et rivalités coutumières, la haine ne fait qu’affaiblir nos communautés. Or, se pardonner, c’est retrouver la paix intérieure, préserver nos valeurs ancestrales et construire un avenir plus harmonieux.

Le pardon, une voie d’harmonie
Si le mot « pardon », dans nos communautés et nos sociétés où nous vivons ensemble, était utilisé comme un outil quotidien, ne serait-il pas une bonne issue pour l’harmonie de chacun ?
Se pardonner, dans le cadre religieux, est très recommandé. Dans certaines religions, comme l’islam, la personne agressée est encouragée à aller vers son agresseur pour lui pardonner, dans l’espoir d’obtenir des « hasanat », c’est-à-dire des bénédictions. Or, dans la loi pénale, c’est la personne fautive – qu’il s’agisse d’une faute verbale ou physique – qui doit demander pardon et qui est parallèlement sanctionnée par la justice.
Le pardon est une source de paix intérieure. Se pardonner psychologiquement et moralement apaise nos cœurs, diminue la dépression et le stress, dans un monde où l’on est de plus en plus conditionné à vivre avec des médicaments. Pour maintenir la paix en soi, il faut apprendre à pardonner et à garder un cœur pur et paisible.
Le pardon, ciment du vivre-ensemble
Dans le domaine social, le pardon joue aussi un rôle essentiel. Former des clans ou juger qu’« untel ne mérite pas de s’asseoir avec les autres » risque de créer un dysfonctionnement au sein de la société, car cela fait perdre aux individus la déontologie du vivre-ensemble.
Au contraire, partager, respecter et collaborer les uns avec les autres montre un certain professionnalisme, mais aussi enrichit la culture de chacun. Pourtant, on rencontre parfois des personnes qui préfèrent diviser plutôt que de s’entendre. Certes, vivre ensemble ne signifie pas nécessairement devenir amis, mais il y a des limites de respect à ne pas franchir.
Le terme « pardonner » doit être utilisé plus fréquemment dans nos relations. Que ce soit en milieu professionnel, amical ou familial, il arrive qu’une personne commette une erreur, parfois même seulement verbale. Dans ce cas, c’est à l’autre de montrer sa sagesse, son éducation et son savoir-vivre en pardonnant.
Le pardon est également un outil de gouvernance. Dans beaucoup de pays, le développement est freiné par la rancune et les règlements de comptes. Une fois arrivés au pouvoir, certains dirigeants privilégient la haine contre leurs prédécesseurs au lieu de se concentrer sur l’avenir du peuple.
Si nos dirigeants privilégiaient le pardon, en suivant les plans utiles déjà tracés par ceux qui les ont précédés, ne serait-ce pas une solution efficace pour le développement de nos pays ?
Le pardon, chanté par nos artistes
Le chanteur et compositeur comorien Salim Ali Amir, très célèbre, a dénoncé ce système de haine qui ronge la société, notamment aux Comores. Dans ses chansons, il rappelle :
« Narirentsi ze kiswa, narirentsi wudjandza,
Ronese za fayida nentsi ohhh,
Nawa himiliwa maghesha wa panguiwandro ! »
Ces paroles soulignent l’insignifiance de la haine et de la rancune. Dans un monde passager et éphémère, nous avons des principes à respecter. Restons solidaires, unis, et évitons tout ce qui nous divise et nous déchire, pour le développement de nos pays et la tranquillité de nos âmes.
Le pardon, force morale et coutumière
Le pardon ne serait-il pas une bonne solution, si les notables eux-mêmes l’utilisaient dans leurs assises quotidiennes ? Ces derniers temps, il nous arrive d’entendre qu’un notable ose, en plein public, insulter un autre notable.
Ces comportements trouvent souvent leur origine dans des conflits familiaux ou des rivalités de clans, chacun cherchant à occuper une place dans la société. Au lieu de régler leurs différends de manière discrète et responsable, certains préfèrent les exposer publiquement, dans un monde où les réseaux sociaux amplifient tout. Un tel système salit l’image de notre coutume.
Quand nos médiateurs villageois et nos oulémas prendront-ils pleinement leurs responsabilités ? Si nous nous référons à la sagesse de nos ancêtres, n’y trouverions-nous pas un moyen de retrouver l’harmonie et la tranquillité ?
Nous devons tous réfléchir sur ce sujet essentiel, si nous voulons que le monde vive pleinement dans la paix. Le pardon, à lui seul, peut nous rassembler et nous faire avancer, dans ce bas monde comme dans l’au-delà.
Accepter de pardonner n’est pas un signe de faiblesse : c’est au contraire la preuve d’une force morale supérieure à celle de l’autre.















