Cinquante ans après, la révolution qui avait débuté le 3 août 1975 apparait comme un acte exceptionnel, malgré les exactions.
Par Abdillah Mohamed
Indubitablement on se rend compte que le temps passe vite, en se souvenant d’un évènement exceptionnel et lointain. En effet, jour pour jour, il y a cinquante ans quand le premier coup d’État a eu lieu dans notre archipel en moins d’un mois après la proclamation majestueuse de notre indépendance. Sous les acclamations d’un peuple libéré d’une domination servile d’une puissance pas comme les autres. Par ses méthodes, ses lois voire sa façon de gouverner un peuple différent, tout opposait la France et les Comores.

Certes, par les atermoiements des autorités françaises voulant compliquer l’accession de l’archipel à la souveraineté internationale, la proclamation unilatérale a été suivie brusquement par un coup d’État perpétré, un dimanche après-midi, par un groupe dirigé par un certain Ali Soilihi, qui allait incarner le mouvement.
Par la suite, tout s’accélère. Il s’ensuit une révolution surtout à partir de janvier 1976. Une remise en cause de l’ordre ancien par le régime « putschiste » devenu « révolutionnaire ». À la tête du nouvel État, le Mongozi ou le guide, le maitre spirituel sur lequel reposent les idées et les nouvelles orientations du pouvoir touchant tous les domaines.
À l’œuvre, le régime « populaire » passe par les actes : traçages de nouvelles routes, surtout dans la capitale, construction disséminée de bâtiments administratifs dont la majorité sera transformée en collèges d’enseignement après la chute du régime soilihiste, valorisation du travail manuel par la mise à l’honneur de l’agriculture (réforme agraire), de la pêche, de l’artisanat, entre autres.
Un plan quinquennal a été lancé malgré le manque de cadres appropriés, déficit compensé par la responsabilisation de jeunes, inexpérimentés pour la plupart, ce qui a inspiré le titre du roman « La République des imberbes » de l’écrivain Mohamed Toihiri.
Cette révolution s’est aussi caractérisée par le rejet total du pouvoir des charlatans et des sorciers de mauvais augure, de l’influence de la notabilité conservatrice et orthodoxe, considérés comme des obstacles pour la marche vers le développement. Malheureusement, le « rêve » a pris brutalement fin le 13 mai 1978.
Des décennies plus tard, qu’est-ce qui reste de la « révolution de Mongozi » ?
À en croire les nostalgiques, du temps de Mongozi, la vie était abordable. Il y avait une transparence dans la gestion des affaires étatiques grâce aux informations surtout l’émission 24 heures dans les régions. La tranquillité régnait dans les foyers surtout après l’exécution publique de l’assassin Sule Bwana Mramgu. Malgré les excès de certains miliciens insolents et du commando Moissi avec ses citernes en guise de geôles, on pouvait constater une certaine évolution grâce aux travaux communautaires, pour l’intérêt de tous, ou à l’alphabétisation massive en direction des adultes.
Ses détracteurs qualifiaient le régime d’arbitraire, voire de « fasciste » pour ceux qui ne comprenaient pas grand-chose ou qui ne voulaient nullement suivre ces transformations au niveau de l’archipel. Tout cela est désormais dans les mémoires des « seventies », eux qui ont vécu cette période, unique et exceptionnelle.
Un demi-siècle plus tard, changement de cap et de monde avec tout ce que l’on peut imaginer en bien ou en mal. Aujourd’hui, on vit avec tant de choses négatives, l’insécurité, les assassinats en tous genres, qui restent impunis. La vie chère est devenue trop et l’espoir est suspendu pour beaucoup.















