Sous la poussée inéluctable de l’histoire, un vent d’émancipation a soufflé sur l’archipel des Comores, cinq décennies plus tôt. Par la volonté d’un peuple et par la détermination courageuse de ses dirigeants, un archipel a décidé unilatéralement de rompre les amarres d’un passé loin d’être reluisant en proclamant à son tour son indépendance un après-midi du 6 juillet, il y a un demi-siècle.
Par Abdillahi Mohamed Soilih
S’affranchir et assumer son destin à la suite d’une consultation par laquelle la population s’était massivement prononcée favorable à l’indépendance, quelques mois après l’arrivée au pouvoir, en France de V. Giscard D’Estaing.

Une seule idée animait cet archipel : se placer au-devant de la scène internationale à l’instar de ses voisins, dont l’ile Maurice et le Mozambique depuis juin 1975, après une décennie de conflit armé contre le Portugal.
Libéré, le peuple comorien n’aspirait qu’à une chose : poser des bases nouvelles et solides pour un développement général et inclusif touchant tous les domaines sans exception et permettre au peuple dans toutes les iles d’atteindre le bien-être et un niveau de vie comparable à celui de ses voisins.
Force est de constater que cinquante après, le bilan est loin de satisfaire tout le monde à bien des égards. À entendre certains, il semble mitigé alors que pour d’autres, loin d’être à la hauteur des espérances pour nos pères et ainés qui, dès les années 1960, avaient lutté et pris des risques pour permettre à ce pays de se prendre.
Malgré les bonnes volontés de ceux qui ont voulu changer l’ordre des choses en commençant par nos mentalités conservatrices, plutôt féodales et sclérosées, le pays n’a pas pu malheureusement prendre le virage tant escompté pour sortir effectivement du sous-développement.
À en croire les « experts », durant un demi-siècle, un seul régime politique, malgré sa brièveté, possédait un projet de développement. Quant aux autres, les « tontons démagogues » n’avaient rien de neuf à proposer au peuple après avoir mis à mort et le plan et son promoteur. Loin de là, seulement gouverner le pays comme bon leur semblait et avec des méthodes propres à eux. Dommage ! Le retour des « Verts » au pouvoir sous un climat de terreur instauré par une horde d’affreux ayant pris le pays en « otage » pour une douzaine d’années ne plaisait aucunement à tout un chacun.
Puis vint l’ouverture démocratique des années 1990, laquelle débouchait sur une période d’instabilité chronique ponctuée de scandales politico-financiers. Pour corolaire une série de coups d’État ternissant l’image du pays et compliquant davantage la situation socio-politico-économique déjà fragile.
L’avènement de la « présidence tournante » dans les années 2000 n’a rien arrangé et n’a rien apporté de rassurant pour une vraie stabilité. En revanche, il s’ensuit une sorte de chaos provoqué par les dissensions internes sur les compétences entre le pouvoir central et les entités insulaires. D’autant plus que le pouvoir de l’Union s’est accaparé des maigres ressources du pays empêchant le fonctionnement des iles conformément aux textes en vigueur. Un échec de plus d’où émerge aujourd’hui un pouvoir très centralisé.
Il convient de noter que tout n’est pas « noir », car ces deux dernières décennies, nous enregistrons d’une part la naissance d’une Université sur les ruines de l’E.N.E.S. Bien qu’incomplète puisqu’elle ne répond nullement à tous les critères d’une université digne de ce nom en tant que foyer de l’intelligentsia. D’autre part, une équipe nationale de football, les Cœlacanthes, qui fait parler d’elle surtout au niveau continental. Des joueurs des quatre iles considérés comme les héros d’un peuple en quête d’unité, grâce à leurs performances.
Somme toute, reste à savoir si les autorités actuelles issues du « Renouveau » seront en mesure, après leur séminaire national, d’assumer leurs « vraies » responsabilités permettant donc à notre pays d’atteindre « l’émergence », conception chère à leur chef d’orchestre. Nous l’espérons !















