La diffusion récente d’audios compromettants pour l’armée comorienne à travers WhatsApp et les réseaux sociaux n’aurait donc fait qu’une seule victime, un officier de l’armée comorienne qui évoquait un trafic de drogue au sein même de l’AND. Il dormirait actuellement en prison. Pourtant, la personnalité du corps de l’armée qu’on entend le plus dans ces audios c’est le commandant Takfine, commandant de la gendarmerie nationale. Il mettait en cause le chef d’État-major Youssouf Idjihadi, le chef de la gendarmerie à Ngazidja, Loukman Azali, le fils du chef de l’État, mais aussi la probité de l’ensemble de l’armée comorienne. Tout cela ne serait que faux, le fruit de personnes qui viseraient l’armée comorienne.
Par MiB
En arrière-plan de l’affaire des audios, il y a une autre affaire, celle de « l’évasion assistée par l’armée » d’un homme, venu de France, soupçonné par l’AND d’être un trafiquant de drogue, mais dont l’arrestation s’avère être plutôt motivée par un coup de pression pour lui soutirer une rançon. L’homme « a été évadé », sorti de l’hôpital de Santé militaire, établissement sous contrôle de l’armée, conduit jusqu’à l’aéroport et a pu prendre l’avion sans être inquiété par qui que ce soit. Une évasion très réussie en somme, et qui n’a conduit aucune autorité politique ni aucun juge à dénoncer les complicités ni à demander l’ouverture d’une enquête sur les circonstances de cette « évasion » rocambolesque.

Le commandant Takfine nie l’authenticité des audios, et l’on doit admettre qu’il ne pouvait pas en être autrement, au vu de la gravité des propos que ces audios diffusent. Pourtant, le silence des autorités, mais aussi la communication médiocre des mis en cause tendent à accréditer l’authenticité de ces audios qui n’ont pu être rendus publics que par l’intermédiaire d’un ou d’éléments de l’armée, mécontents des activités non militaires des officiers. Il est évident que la diffusion publique de ces audios est la conséquence de batailles que se livrent des clans au sein de l’armée.
Il semble que les cracks de la communication employés aussi bien à Beit-Salam que par l’autre fils du chef de l’État, le fameux SGG, ont décidé de ne pas s’en mêler. Comme si, au moment où le chef de l’État s’embarquait pour le Japon, la consigne était : laissez-les se débrouiller. Il n’y a même pas eu de communiqué du gouvernement.
Les chefs de l’armée, mis en cause à travers la diffusion de ces audios, ont donc dû se débrouiller seuls. Mais, on se rend compte que plus ils s’agitent et plus ils s’accusent, notamment en provoquant la publication de nouveaux audios qui viennent compléter les précédents.
Presque aussitôt après la diffusion des premiers audios, le Procureur de la République est sorti et, sans apporter un seul élément tangible, a affirmé qu’ils ont été produits par l’Intelligence Artificielle (IA). Il n’a même pas pris la peine de mener une enquête avant de faire une telle affirmation. Personne n’y a cru, même parmi les tenants du pouvoir en place.
Peu après, c’est le principal mis en cause qui n’a rien trouvé de mieux que de faire lire un hitima (une prière-jugement) pour se laver des accusations et redire que les audios ont été produits à l’aide de l’IA par des gens qui cherchent à lui nuire.
Puis, enfin, pour montrer l’unité de l’armée, quatre officiers, dont Youssouf Idjihadi, le chef d’État-major, le commandant Takfine, chef de la gendarmerie, le commandant Abdallah Rafick et le commandant Naoufal Boina ont été filmés à l’aéroport en train de plaisanter et rire, puis la vidéo diffusée dans les réseaux sociaux. C’est sans doute la première fois que ces quatre hauts gradés se laissent filmer ensemble pour une diffusion publique. L’objectif évident était de faire croire qu’il n’y a aucune tension entre les chefs de l’armée.
Un autre fait étonnant tend à accréditer l’authenticité des audios. Les stars des réseaux sociaux qui aiment ce genre de scandale et qui ont des hommes qui les informent au sein de l’armée comorienne ont décidé de ne pas en parler. « Ce n’est pas la chose la plus importante du moment », affirme en substance l’un d’eux, tandis que d’autres, tout en reconnaissant à demi-mot que les audios sont authentiques, affirment que l’affaire est trop explosive pour en parler vraiment. Quant aux journalistes officiels, ceux qui pourraient mener une vraie enquête, ils préfèrent se taire par prudence.
Pourtant, le gouvernement et les militaires ont certainement les moyens de faire contrôler ces audios par une société spécialisée et pouvoir affirmer de façon certaine, résultats de l’expertise à l’appui, qu’il s’agit de l’œuvre d’une IA très efficace. Ils ne trouvent pas cela utile et préfèrent faire lire une prière.















