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Nadjati SOIDIKI, Directrice Générale de l’ANPI : « Amener la diaspora vers la réalisation de projets d’investissement productif»

Nadjati Soidiki a été nommée Directrice Générale de l’ANPI depuis quelques années. Elle a la réputation d’être une femme discrète, mais travailleuse. Dans une situation où les relations entre le gouvernement et la diaspora sont tendues, elle mise sur l’économie en tentant de séduire des investisseurs comoriens vivant à l’extérieur et en proposant à tous les Comoriens de France des produits « made in Comoros ». Bien que les rencontres organisées à Paris, Lyon et Marseille n’ont pas eu un impact suffisamment influent, sa délégation a fait des propositions qui peuvent intéresser ceux qui veulent investir au pays, malgré une situation politique peu rassurante. Propos recueillis par Nawal Msaïdié

Masiwa – Quel est l’objectif de l’ANPI en organisant cette rencontre dans la diaspora comorienne en France ?

Natidja Soidiki – L’ANPI a organisé du 23 au 30 octobre 2021 à Paris, Lyon et Marseille une série de rencontres sous la bannière « Invest home… Invest Comoros ». Elles ont pour objectif de créer une première connexion entre la diaspora et l’ANPI et à terme, de créer les conditions de l’accompagnement de cette diaspora vers l’investissement aux Comores. Nous avons ouvert ces rencontres par une réception de la diaspora le 23 octobre à Paris, nous les avons poursuivies par des visites de chefs d’entreprises à Paris, Lyon et Marseille. Et enfin, nous serons présents au « Forum secteur privé diaspora » qui se tiendra à Marseille le 30 octobre, où nous présenterons notre Agence et installerons un guichet unique éphémère pour permettre à la diaspora de bénéficier sur place de nos services.

L’organisation de ces rencontres revêt pour nous un caractère prioritaire. Je suis moi-même issue de cette diaspora et je sais combien le retour chez soi est aussi utile qu’exaltant.

De façon plus objective, nous savons qu’à l’échelle des pays dits du sud, l’investissement direct étranger est la première source de financement du développement, devant l’aide publique au développement. Et cela est heureux, car l’investissement direct étranger est vertueux en ce sens qu’il est facteur d’apport de capitaux, de création de richesses et d’emploi, de transfert de technologies et de compétences et de contribution au développement des communautés.

C’est la raison pour laquelle notre Agence a pour rôle de promouvoir la destination Comores auprès des investisseurs. Et nous le faisons auprès de communautés d’investisseurs de différentes nationalités, mais nous sommes convaincus que nous devons prioritairement nous adresser aux Comoriens de l’extérieur. Nous avons une diaspora nombreuse établie principalement en France, qui pourrait investir des capitaux venus de leurs pays de résidence, mais aussi et surtout de l’expertise au profit de leur pays d’origine.

La diaspora comorienne a ceci de particulier qu’elle s’investit déjà énormément pour le pays, et qu’elle a un impact certain sur l’économie par l’effet des importants transferts d’argent, des arrivées de touristes, de l’entrée des devises, etc. Cela est salutaire. Néanmoins le constat est là, la diaspora s’investit, mais elle investit peu. La part de la diaspora dans la création d’entreprise est en moyenne de 6%. Amener la diaspora vers la réalisation de projets d’investissement productif est donc un défi que nous nous devons de relever. Et nous sommes venus vers elle pour le relever ensemble.

 

Masiwa – Quelles sont les aides techniques, financières et en expertise que cette diaspora peut bénéficier ?

Natidja Soidiki – Le premier appui que nous offrons à la diaspora est la mise à disposition de notre plateforme de services. Notre guichet leur offre des services d’information et d’orientation, d’accompagnement à la formalisation de leurs entreprises, d’octroi des avantages du Code des investissements qui prennent principalement la forme d’exonérations fiscales et douanières et enfin des services de suivi et d’accompagnement face aux contraintes relevées par les entreprises dans le cadre de l’exercice de leurs activités.

Nous mobilisons également des partenaires afin d’être en mesure d’offrir aux entreprises de la diaspora des appuis techniques, mais aussi financiers.

Avec l’appui de l’Agence Française de développement (AFD) et d’Expertise France, nous nous apprêtons à lancer le « projet d’appui au renforcement des partenariats avec les diasporas entrepreneuriales comoriennes ». Ce projet d’une durée de quatre années permettra notamment d’accompagner 100 porteurs de projets socio-économiques et investisseurs issus de la diaspora. Cela se fait, de façon très concrète, par la mise à disposition de subventions allant jusqu’à 20 000 euros par projet. Un premier appel à projets pilotes a d’ores et déjà été lancé et a permis de sélectionner les premiers projets. D’autres appels à projets seront lancés incessamment et nous invitons les membres de la diaspora à répondre à ces appels et à soumettre leurs projets innovants et impactants.

 

Masiwa – Que pouvez-vous nous dire sur les femmes entrepreneures comoriennes et de la femme active que vous êtes ?

Natidja Soidiki – Les femmes entrepreneures demeurent surreprésentées dans l’informel ou l’entrepreneuriat précaire. Mais de plus en plus, elles se structurent et s’organisent. Elles s’illustrent dans les filières porteuses, dans la transformation, dans l’innovation et impressionnent par le talent et la détermination dont elles font preuve.

Nous leur dédions une place spécifique dans les projets que nous menons ou auxquels nous collaborons, mais nous nous rendons compte qu’elles font preuve d’un dynamisme et d’un engagement tels qu’elles se passent de ces « coups de pouce ». À titre d’exemple, le processus de sélection du Concours de Plan d’Affaires (CPA) en cours actuellement, prévoyait un quota de 40% de femmes parmi les lauréates. Et il a été révélé, après évaluation objective des business plans, que la liste des lauréats était composée de 60% de femmes, sans qu’il n’y ait eu besoin de repêcher certaines d’entre elles. Elles ont su faire la différence par elles-mêmes sans que l’on ne les y aide. Tout cela est fortement parlant et encourageant.

A titre personnel, accompagner ces femmes, mais aussi ces hommes à se réaliser à travers des projets auxquels ils croient, qui font sens et qui font avancer les Comores est extrêmement stimulant. La satisfaction que j’en tire est telle que je suis résolue à œuvrer toujours davantage, aux côtés de mes collaborateurs, pour que les Comoriens d’où qu’ils viennent, où qu’ils vivent et quels qu’ils soient puissent co-construire l’avenir de leur pays.

(Les titres et le chapô sont de la Rédaction)

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