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Mort de Nafoite Mzembaba. Soupçons de féminicide

Mots clés: Edition 563Trending
22 décembre 2025
Temps de lecture : 5 mins
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Mort de Nafoite Mzembaba. Soupçons de féminicide
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Un mois après le décès soudain de Nafoite Mzembaba les doutes et les soupçons demeurent et tous les regards se tournent vers le mari.

Par Fatouma Ali Saïd Abdallah

Nafoite Mzembaba a été retrouvée morte dans sa chambre nuptiale, la nuit de son mariage traditionnelle, ukumbi le 17 novembre dernier. Son époux, Saïd Ahmed Misihantzi, plus connu sous le pseudo d’Ahmed Sam est accusé du meurtre de sa femme. Cette dernière était enceinte de quatre mois.

Nafoite Mzembaba a été enterrée le 18 novembre, sans autopsie préalable, mais sa mort soulève de nombreuses interrogations. Sa famille a porté plainte contre son époux, Saïd Ahmed Misihantzi. Le parquet de la République de Moroni, le poursuit pour des faits d’« homicide involontaire et non-assistance à une personne en danger ». Cependant, le Procureur de la République de Moroni, Elamine Saïd, l’a placé « sous contrôle judiciaire », une décision qualifiée de « hasardeuse » par la famille de la défunte.

Le mari sous contrôle judiciaire

Le Procureur de la République a déclaré à Masiwa que « le dossier d’Ahamada Misihantzi est actuellement entre les mains du juge d’instruction ».

C’est à travers les médias que la famille de Nafoite Mzembaba et la ville de Chezani ont appris qu’Ahmed Sam est sous contrôle judiciaire. Une nouvelle qui a choqué la famille de la victime. « Si un contrôle judiciaire a effectivement été prononcé, il présente des risques dans une affaire aussi grave : possibilité d’influencer des témoins ou de fuir, d’autant que des ressources financières importantes ont disparu. Une détention provisoire aurait été plus appropriée », confie à Masiwa, Msa Ali Djamali, le frère de la défunte et ancien Directeur de l’ORTC.

Étonné, le chef de village de Chezani explique que lors de l’arrestation de Saïd Ahmed Misihantzi, « nous nous sommes dit qu’il allait derrière les verrous et non sous contrôle judiciaire. C’est une nouvelle dont la ville de Chezani ne s’attendait pas du tout ». Et il précise que « depuis son arrestation le 21 novembre dernier, il n’est plus retourné à Chezani. Sauf, s’il se cache la nuit ».

Un habitant de la ville de Chezani, qui a requis l’anonymat, nous confirme que, depuis son arrestation, Saïd Ahmed Misihantzi n’a plus mis ses pieds dans la ville de Chezani. Selon le témoignage de notre source, Ahmed Sam n’oserait jamais retourner dans sa ville natale, étant donné les circonstances et aussi parce qu’il craint la réaction de Chezani qui est « remontée contre la décision provisoire du parquet de Moroni ». La ville est échauffée par les circonstances troublantes qui entourent la mort de Nafoite Mzembaba, une mort qui ne laisse personne indifférente.

Nafoite Mzembaba, empoisonnée ?

Calme et humble, Msa Ali Djamali est persuadé que son beau-frère a délibérément fermé les yeux, laissant son épouse mourir suite à un empoisonnement dans leur chambre nuptiale.Dans une déclaration à Masiwa, Msa Ali Djamali a souligné qu’un témoin a affirmé avoir entendu Saïd Ahmed Misihantzi déclarer au téléphone : « Je lui ai donné à boire. Elle ne voulait pas, mais elle a terminé ».

« Nous avons saisi la justice, car il existe une accumulation de faits qui exigent un examen rigoureux. Et je pèse mes mots. Une jeune femme décède le lendemain de son ukumbi, cérémonie au cours de laquelle plusieurs centaines de milliers de francs ont été collectés. Said Ahmed Msihantsi, son mari, était présent toute la journée dans la chambre nuptiale. Il n’a appelé personne, ni médecin, ni infirmier, ni voisin. Il a refusé catégoriquement l’hospitalisation alors qu’elle agonisait. Il a déclaré le décès avant même l’arrivée de l’infirmier. Il prenait une douche pendant son agonie », déclare-t-il. Il explique que c’est le neveu de son beau-frère « qui a découvert la victime agonisante a exhorté le mari de l’évacuer à l’hôpital. Le refus a été violent et catégorique ». Selon le frère de la victime, Ahmed Sam a ordonné à son neveu depuis la douche : « Ventile-la, puis va dire qu’elle est déjà morte ». Avant même l’arrivée de l’infirmier, il aurait dit à plusieurs reprises : « Elle est déjà morte ».

« Qu’aurait fait n’importe quel mari confronté à l’agonie de sa femme ? Il l’aurait sauvée. Ahmed Sam n’a pas agi. C’était un choix », affirme Msa Ali Djamali.

Dans sa déclaration à Masiwa, il explique également que l’infirmier a constaté un liquide suspect s’échappant de la bouche, et plusieurs témoins familiaux rapportent avoir observé des écoulements des oreilles. « Ce ne sont pas des suppositions, ce sont des faits attestés par plusieurs témoins directs. Et ces faits imposent à la Justice de les examiner avec rigueur. C’est exactement pour cela que nous avons saisi la justice ».

Aucune autopsie n’a été pratiquée, donc aucune conclusion scientifique n’est possible. Mais l’hypothèse d’un empoisonnement est sérieuse et requiert une expertise immédiate. Les indices matériels sont présents : écoulements anormaux (bouche, oreilles), graines blanches et papiers ésotériques dans la chambre.

Selon toujours Msa Ali Djamal, l’infirmier a posé la question : « Qu’a-t-elle mangé ? ». Une question qui, selon lui, seul quelqu’un qui soupçonne une ingestion anormale pose. Et il répond à la question par une nouvelle question : « Où est la réponse ? Il n’y en a pas ».

Une femme discrète et douce

Née en 1978 à Chezani, Nafoite Mzembaba était couturière traditionnelle. Connue dans la ville de Chezani pour sa discrétion, sa douceur et son attachement aux valeurs de dignité et de respect. Elle menait une vie empreinte de retenue et de foi. Récemment mariée, elle était enceinte de quatre mois au moment de son décès.

Dépositaire d’un savoir-faire traditionnel rare, elle confectionnait des tenues cérémonielles et formait de nombreuses jeunes femmes à cet art, contribuant ainsi à la transmission du patrimoine culturel comorien.

La famille de Nafoite Mzembaba demande à ce que justice soit faite non seulement pour leur fille, mais également pour toutes les femmes comoriennes victimes. « Nous ne demandons pas vengeance, mais la vérité. Pour Nafoite, qui mérite qu’on sache comment elle est morte. Pour toutes les femmes des Comores, pour que la justice soit leur protectrice. Et pour qu’une mort aussi troublante ne soit plus jamais reléguée au silence », a conclu le frère de Nafoite Mzembaba.

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