Le ministre de l’Éducation nationale a supprimé la hausse des droits d’inscription à l’Université décidée par le Recteur, et il a eu raison.
Par MiB
Certes, nous souhaitons que Bacar Mvoulana aille plus loin en donnant une colonne vertébrale à un ministère délaissé depuis trop longtemps et qui ne permet toujours pas de former les citoyens dont les Comores ont besoin, dans la perspective d’une vraie émergence, qui ne soit pas le mirage qui sert de projet politique illusoire à Azali Assoumani depuis 2016. Mais, le fait qu’il a supprimé la hausse des frais d’inscription à l’Université est une bonne chose dans les conditions actuelles.

On a vu des personnalités et de grands intellectuels du pays faire remarquer que 25.000 FC (50€) ce n’était pas grand-chose, que c’était nécessaire pour financer l’université ou que d’autres, plus riches, sont capables de payer des milliers d’euros pour aller suivre une formation à l’étranger.
Ceux-ci ne tiennent pas compte du fait que ceux qui sont dans cette université des Comores, c’est surtout parce que précisément, ils n’ont pas les moyens d’aller suivre des cours à l’extérieur. Et c’est en cela qu’on mesure l’échec de cette université qui devait retenir les étudiants au pays, mais qui reste le symbole de la pauvreté et des inégalités. Ceux qui ont les moyens et le pouvoir partent, fuient cette université.
Contrairement à ce qu’on peut lire ici et là, l’Université des Comores (UDC) n’a jamais été autonome, ni politiquement et encore moins financièrement. L’histoire récente l’a montré lorsque le chef de l’État, Azali Assoumani, a interrompu le processus démocratique d’élection du président de l’Université quand il s’est rendu compte que, malgré les sommes investies pour « aider » certains professeurs à voter, son candidat ne passerait pas. Il a ensuite nommé une structure provisoire, puis, selon une formule qui lui est habituelle, il a supprimé le statut de l’Université et a fait une nouvelle loi qui lui permet de nommer à sa tête un homme qui lui est acquis. Selon la formule consacrée, statut statut, sharia sharia !
Quant à l’autonomie financière, penser que l’UDC est autonome financièrement et surtout qu’elle peut se financer avec les droits d’inscription des étudiants, c’est ignorer complètement les réalités de cette université. Depuis quand des frais de scolarité servent à financer une université ? L’UDC est-elle une université privée ? Si le Recteur ressent un besoin de financement supplémentaire pour les frais de fonctionnement, ce n’est sûrement pas dans les poches de parents pauvres qu’il doit aller les chercher. Il doit s’adresser au gouvernement, et notamment au ministre de l’Éducation qui vient de le désavouer. Cela fait plusieurs mois que les enseignants de l’Université sont en grève pour réclamer leurs salaires, ni le Recteur ni le ministre ne s’en soucient. L’année scolaire n’est même pas encore close, les étudiants n’ont pas leurs résultats. Mais, on double leurs frais d’inscription, parce que les parents n’auront pas le choix. C’est trop facile.
J’ai en mémoire, la semaine dernière, le cas de ce père de famille qui est venu jusqu’à Moroni pour inscrire ses deux enfants et qui se rend compte qu’il ne peut même pas en inscrire un, parce qu’il n’a pas prévu cette augmentation et n’a le budget que pour inscrire deux selon les tarifs de l’année dernière. Voilà la réalité que vivent les familles qui sont contraintes d’envoyer leurs enfants dans cette université, sans ambition, sans nouveauté où la plupart des étudiants végètent en attendant mieux.
Il faut donc refuser toute augmentation des frais d’inscriptions et même les supprimer pour les familles les plus modestes, faute de leur accorder une bourse.















