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La grève universitaire. Une rentrée compromise

Mots clés: Edition 547Trending
1 septembre 2025
Temps de lecture : 6 mins
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La grève universitaire. Une rentrée compromise
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L’Université des Comores est paralysée par une grève des enseignants qui dure depuis deux mois. Les enseignants refusent de délibérer les résultats et de faire passer les sessions de rattrapage, plongeant les étudiants et leurs familles dans l’incertitude. Cette situation est particulièrement préoccupante à l’approche de la rentrée universitaire 2025-2026, qui s’annonce compromise.

Par Naenmati Ibrahim

La crise qui secoue l’Université des Comores s’est installée depuis la fin de l’année académique. Après avoir supervisé les examens de fin d’année, les enseignants ont refusé d’organiser les délibérations et les sessions de rattrapage. La conséquence a été que l’année s’est achevée sans que les étudiants puissent valider leurs acquis.

L’université, privée de cours en raison de la grève, ressemble à une institution en vacances. Les étudiants sont laissés dans le flou, sans savoir si leur année sera validée ou non.

Un gouvernement sourd aux revendications

Les revendications des enseignants concernent notamment les salaires impayés, l’amélioration des conditions de travail et la reconnaissance de leur statut. Le Syndicat national des enseignants de l’Université des Comores (SNEUC) a pris la tête du mouvement et refuse de céder tant que ses revendications ne seront pas satisfaites.

Malgré la gravité de la situation, le gouvernement semble décidé à ignorer les revendications des enseignants. Au lieu d’ouvrir un dialogue, les autorités ont lancé les pré-inscriptions pour la nouvelle année, comme si de rien n’était.

La grogne s’est accentuée avec la mise en place d’une mesure particulièrement impopulaire : la hausse brutale des frais de pré-inscription. Alors qu’il suffisait de 5 000 francs il y a quelques années, le tarif était passé à 10 000 francs, avant d’atteindre cette année 25 000 francs.

Cette mesure a suscité une vive réaction parmi les étudiants et leurs familles, qui estiment que les frais sont déjà trop élevés. Les étudiants issus de familles modestes sont particulièrement touchés par cette mesure, qui risque de les empêcher de poursuivre leurs études.

Patsy, un campus figé

À Anjouan, le centre universitaire de Patsy reflète cette impasse. Depuis le 25 août, date de lancement des pré-inscriptions, le calme domine. L’établissement est silencieux, les couloirs sont vides.

Selon des sources qui ont souhaité garder l’anonymat, les inscriptions sont presque inexistantes. « Depuis l’ouverture, seules deux personnes se sont présentées. Deux frères venus de Pomoni, accompagnés de leur père. Ils ignoraient que le tarif était passé à 25 000 francs », raconte un employé. Mais l’augmentation des frais les a empêchés de s’inscrire : le père avait prévu de payer 20 000 francs pour ses deux enfants.

Le personnel administratif de Patsy est réduit à l’inaction, attendant une solution qui tarde à venir. « Nous faisons ce qui doit être fait en attendant une issue », explique l’un d’eux. Les employés tentent de maintenir un semblant d’activité, mais la situation est particulièrement difficile.

À Patsy comme ailleurs, rares sont ceux qui acceptent de parler ouvertement de la grève. Le climat de peur est palpable. La plupart des employés rencontrés exigent l’anonymat. « Personne n’ose se prononcer. On a peur d’être sanctionné, voire renvoyé », glisse l’un d’eux.

Cette peur est compréhensible. Dans un pays où le dialogue social est fragile, toute prise de position contre les autorités peut entraîner des répercussions. Le silence des acteurs de l’université traduit autant la crainte que le désarroi.

L’avenir incertain des étudiants

Au cœur de cette crise, ce sont les étudiants qui payent le prix fort. Ceux qui espéraient valider leurs examens restent dans l’attente. Les nouveaux bacheliers, eux, voient leur avenir compromis.

Certains envisagent d’aller étudier à l’étranger, mais cette option ne concerne qu’une minorité issue de familles qui ont les possibilités. La majorité des étudiants est condamnée à attendre, sans savoir s’ils pourront étudier cette année ou non.

Le blocage de l’Université des Comores dépasse la simple question académique. Unique établissement public d’enseignement supérieur du pays, elle accueille chaque année des milliers de jeunes. Sa paralysie fragilise donc l’ensemble du système éducatif comorien.

Les risques sont multiples : démotivation générale des étudiants, perte de confiance dans les institutions et aggravation du phénomène de fuite des cerveaux. Déjà, de nombreux diplômés quittent le pays pour tenter leur chance à Mayotte, parfois au péril de leur vie, faute de perspectives locales.

Cette crise universitaire pourrait accentuer encore cet exode. Les conséquences seraient alors désastreuses pour le pays, perdant ses meilleurs éléments. Comme toujours, ce sont l’économie et le développement qui seraient compromis.

Une rentrée incertaine

Pour l’instant, aucune issue ne semble en vue. Les enseignants campent sur leurs positions, le gouvernement persiste dans son silence et les étudiants attendent, impuissants.

Le dialogue, pourtant indispensable, n’est toujours pas ouvert. Le SNEUC maintient la pression, réclamant toujours les salaires impayés et la reconnaissance de leurs revendications. Seul l’État peut réellement jouer le rôle de médiateur et trouver une solution à cette crise.

Mais le temps presse. Chaque jour qui passe éloigne un peu plus la perspective d’une rentrée normale et accroît l’angoisse des familles.

À quelques jours de la rentrée, la question demeure : y aura-t-il une année universitaire 2025-2026 ? Pour l’heure, rien ne permet de l’affirmer. Les pré-inscriptions ressemblent davantage à un geste symbolique qu’à une préparation réelle de la rentrée.

Tant que les revendications des enseignants ne sont pas prises en compte et qu’aucun compromis n’est trouvé, la rentrée universitaire semble compromise. Pour des milliers de jeunes, l’ombre d’une année blanche se profile, avec des conséquences sociales profondes.

La situation est d’autant plus préoccupante que les étudiants comoriens sont déjà confrontés à de nombreux défis : pauvreté, manque d’infrastructures, difficultés de toutes sortes. La crise universitaire actuelle risque de les plonger encore davantage dans l’incertitude et la précarité.

Au-delà des chiffres et des revendications, c’est l’avenir d’une génération qui est en jeu. Une année blanche serait un désastre, non seulement pour les étudiants, mais aussi pour le pays. Elle entraînerait un retard considérable et affaiblirait encore la confiance déjà fragile de la jeunesse envers les institutions.

Il est donc urgent que les autorités prennent des mesures pour résoudre cette crise et garantir l’avenir des étudiants comoriens. La balle est dans leur camp. Les étudiants, les enseignants et les parents attendent avec impatience une solution qui permettra de sauver l’année universitaire et d’assurer la place de la jeunesse dans le développement du pays.

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