Les résultats du Bac 2025 aux Comores, proclamés fin juillet, révèlent un paysage scolaire marqué par des contrastes importants. Le taux de réussite national est estimé à environ 45,3 %, traduisant des performances inégales d’une île à l’autre. Ces chiffres reflètent les forces et les faiblesses du système éducatif comorien, tout en soulevant des questions sur les conditions d’enseignement et d’évaluation.
Par Anoir Ahamadi
Anjouan s’impose cette année comme la meilleure île en matière de réussite au bac, avec un taux global de 50,09 %. Ce résultat est accueilli favorablement par les autorités éducatives locales, qui voient dans cette progression le fruit d’efforts conjoints entre élèves, enseignants et familles. En revanche, Mohéli passe de plus de 50 % de réussite en 2023 et 2024 à seulement 40,89 % en 2025, enregistrant la plus forte baisse au niveau national. Ngazidja, quant à elle, affiche un taux stable de 44,68 %, sans réelle progression depuis plusieurs années.

Le professeur Fakri Mohamed souligne : « Nous savions que les résultats allaient baisser, mais pas à ce point. C’est un signal d’alarme : il faudra revoir nos méthodes et notre encadrement. »
Anjouan, locomotive de 2025
Avec 5 825 candidats inscrits et 5 749 présents aux épreuves, Anjouan confirme sa dynamique positive. Il y avait déjà 24,5 % d’élèves admis dès le premier groupe, tandis que 25,6 % supplémentaires ont réussi au second groupe, ce qui porte le taux global au-delà de 50 %. Cette progression est particulièrement marquée par la performance des candidates, qui dominent tant parmi les admis directs que ceux du rattrapage.
Les trois mentions « Très Bien » obtenues sur l’île ont été décernées à trois élèves de la série C originaires de la ville de Ouani. Mouayad Ahmed, professeur à Ouani, explique : « Cette réussite féminine est un symbole fort. Elle montre que le travail et la discipline paient ».
La session 2025 n’a pas été exempte d’irrégularités. Dix-sept cas de fraude ont été recensés à Anjouan, principalement liés à l’usage de téléphones portables et à des documents préparés avant les examens. Le président du jury, le Dr Ali Mohamed Mbaye, a souligné des disparités dans la rigueur de surveillance entre les sous-centres, précisant que seuls ceux de Ouani, Mutsamudu et Bandrani avaient été jugés suffisamment sérieux. Cette disparité explique en partie la multiplication des fraudes.
Notes controversées et soupçons d’injustice
Plusieurs familles et candidats ont exprimé leur étonnement face à des notes jugées injustes ou incohérentes. Des élèves affirment avoir obtenu un zéro en éducation physique alors qu’ils étaient présents aux cours et aux évaluations. Certains candidats brillants ont vu leur moyenne baisser de manière inexplicable, ce qui soulève des interrogations sur la fiabilité des corrections.
Certains enseignants dénoncent la pratique consistant à faire corriger des copies par des non-enseignants, choisis parfois pour des raisons politiques ou relationnelles, ce qui affaiblit la crédibilité du système d’évaluation. Soilahou Ahmed, enseignant, déplore : « On joue avec l’avenir de ces jeunes. La moindre erreur de saisie ou d’évaluation peut anéantir des années d’efforts. »
Les propos du ministre de l’Éducation nationale à Moroni
Lors d’une conférence tenue à Moroni, le jeudi dernier, le ministre de l’Éducation nationale, BACAR Mvoulana a dressé un bilan sans concession des résultats du bac 2025, soulignant en particulier le niveau jugé « lamentable » à Ngazidja. Il a pointé du doigt les établissements scolaires publics et privés ne répondant pas aux normes requises pour offrir une éducation de qualité. En réponse, il a annoncé que dès la rentrée prochaine, ces écoles seront fermées afin de protéger les élèves et d’améliorer globalement le niveau scolaire. Cette annonce marque un tournant dans la politique éducative nationale, en insistant sur la rigueur et l’exigence dans la formation des jeunes comoriens.
Vers une réforme nécessaire
La disparité des résultats révèle clairement la nécessité d’une réforme profonde. L’uniformisation des procédures de surveillance entre centres d’examen apparaît comme une priorité afin d’assurer l’équité. La correction des copies devrait être confiée exclusivement aux enseignants formés, ce qui garantirait une évaluation plus fiable et compétente. Le renforcement des outils informatiques pour la saisie et la vérification des notes est également indispensable afin de limiter les erreurs. Enfin, une meilleure préparation des élèves, axée sur les matières essentielles et adaptée aux besoins spécifiques de chaque île, est nécessaire pour améliorer durablement les performances.
Le professeur retraité Anli Abdou Daoud rappelle : « Le bac n’est pas seulement un examen : c’est le miroir de notre système éducatif. Si le reflet est déformé, c’est que l’ensemble de la structure doit être ajusté. »
Un contraste révélateur
La session 2025 restera marquée par ce contraste saisissant : Anjouan qui progresse et affiche de belles réussites, Mohéli qui connaît une crise sans précédent, et Ngazidja qui peine à évoluer. Ces différences illustrent bien les enjeux actuels du système éducatif national. La montée en puissance des filles à Anjouan et le symbole que cela représente sont autant d’encouragements pour les familles et les éducateurs. Cependant, les zones d’ombre liées aux fraudes et aux contestations des notes rappellent que la rigueur et l’équité doivent rester au cœur de tout processus d’évaluation.
Derrière chaque pourcentage, il y a des visages, des histoires et des avenirs. La réussite scolaire reste une clé essentielle pour le développement du pays, ce qui impose une vigilance constante pour assurer à chaque élève les meilleures conditions d’apprentissage.















