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Rahma Aboubacar, éditrice : « Les enfants sont une priorité, notre avenir »

Mots clés: ComoresEdition 434Pomme d'HumourRahma AboubacarTrending
19 juin 2023
Temps de lecture : 4 mins
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Rahma Aboubacar, éditrice : « Les enfants sont une priorité, notre avenir »
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Rahma Aboubacar est psychologue de formation, elle vient de lancer sa maison d’édition et un livre musical original destiné aux enfants.

Propos recueillis par Hachim Mohamed

Masiwa – Rahma Aboubacar, vous êtes l’autrice de « Djimbo Na Comptines », pourriez-vous nous parler de ce projet ?

Rahma Aboubacar – « Djimbo Na Comptines » se veut être un support pour favoriser le lien parent-enfant dans la pratique du shikomori. Aux Comores dans beaucoup de familles, notre premier contact avec le livre se fait par les manuels scolaires, qui renvoient tout de suite à la mémorisation, aux devoirs et à la pression scolaire. À travers ce projet, nous voulons offrir aux enfants un support visuel et auditif qui rend le shikomori attractif. Le livre offre des éléments de leur vie quotidienne, valorise la langue comorienne en la mettant au même niveau que la langue de l’école, souvent synonyme de savoir et d’émancipation. Nous espérons ainsi aider les familles à se réconcilier avec cette langue et à l’assumer sans en avoir honte.

Les comptines sont aussi un excellent moyen d’apprendre une langue, car elles permettent de créer un attachement à celle-ci. On prononce des phrases avec une mélodie, on est motivé à apprendre les paroles, maîtriser la prononciation. On acquiert ainsi du vocabulaire dans la langue chantée, de façon ludique. Les textes parlent de divers thèmes autour du jeu et en rapport avec les animaux ou notre environnement. Nous les avons adaptées pour que le petit Comorien reconnaisse à travers elles, des éléments de son environnement immédiat. Nous espérons ainsi renforcer son identité linguistique et culturelle.  

Masiwa – Le livre est le premier d’une nouvelle maison d’édition ?

Rahma Aboubacar- Les éditions Pomme d’Humour sont fondées en 2020. Il s’agit d’une association dont l’objectif est de promouvoir les diversités, la culture et les langues maternelles. Elle crée des livres et des jeux pour transmettre l’histoire et la connaissance du pays au jeune public. « Djimbo Na Comptines » est le premier outil de notre maison d’édition. D’autres projets sont prêts et en attente de financement ou en cours d’élaboration : Un autre livre musical sur les berceuses et comptines traditionnelles comoriennes, un livre illustré sur l’eïd aux Comores, un magazine jeunesse pour valoriser le shikomori, ainsi que des histoires sur les héros et héroïnes comoriens.

Masiwa – Lors de la présentation, vous étiez entourée par vos deux sœurs à la cérémonie…  

Rahma Aboubacar – Haira et Dayana sont co-fondatrices de la maison d’édition Pomme d’Humour. Haira est la directrice administrative et financière et Dayana, la directrice exécutive. Farouk Djamily est le directeur artistique. D’autres personnes ont également participé au projet. Costy Ahamada, en tant que musicien et choriste. Mon père a interprété une des comptines de l’album. Pour l’orthographe en shikomori, j’ai fait appel à M. Said Mahamoud.

Masiwa – Pour permettre au projet de voir le jour, il y a eu notamment une campagne de financement participatif ?

Rahma Aboubacar – Le projet a pu se réaliser grâce au soutien de particuliers et de différentes structures. Je remercie les généreux contributeurs de la campagne de financement participatif en ligne. Ils m’ont fait confiance en précommandant les livres et/ou en faisant un don libre.

Masiwa – Pensez-vous qu’un tel livre est un atout pour les enfants comoriens ?

Rahma Aboubacar – Les livres et les jeux sont des outils importants pour transmettre des valeurs et des connaissances. Aux Comores, la publication de livres connaît une croissance depuis quelques années, mais on n’en fait pas assez pour les tout-petits. Or, ils sont une priorité, notre avenir.

Masiwa – Nos élèves connaissent des difficultés de maîtrise de la langue écrite et orale. N’est-ce pas parce qu’ils y apprennent depuis le début une langue qu’ils n’emploient pas à la maison ?

Rahma Aboubacar – Les difficultés rencontrées par les élèves à l’école peuvent avoir d’autres sources. Parler une langue à la maison et une autre à l’école ne devrait pas nécessairement poser problème. Ces difficultés peuvent être liées à d’autres facteurs comme l’absence de lecture, or celle-ci est l’un des meilleurs moyens de consolider ses compétences linguistiques. Différentes études scientifiques montrent que la langue maternelle est une base solide pour l’apprentissage de nouvelles langues. Elle favorise un bon développement cognitif et émotionnel, renforce la pensée critique, augmente la créativité et améliore l’expression de soi.

Pratiquer sa langue maternelle est favorable à la construction de l’identité et assure la transmission intergénérationnelle. Celle-ci permet de renforcer notre sentiment d’appartenance à notre communauté, ce qui joue un grand rôle dans l’estime de soi et la confiance en soi.

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