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Mohamed Ali Nohooi : « La guerre d’Algérie a été un conflit très violent et traumatisant »

Mots clés: Edition 562Trending
15 décembre 2025
Temps de lecture : 6 mins
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Mohamed Ali Nohooi : « La guerre d’Algérie a été un conflit très violent et traumatisant »
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Mohamed Ali Nohooi, plus connu sous le nom d’« Algérie », est un militaire français, d’origine comorienne, né en 1936. Il a connu la violence sanglante de la guerre d’Algérie (1954-1962) et a survécu à une blessure due à une mine antipersonnelle.

Propos recueillis par Fatouma Ali Saïd Abdallah

Masiwa – En quelle année a commencé la guerre en Algérie ?

La guerre de l’Algérie contre la France a commencé en 1954. Et 1955 fut le début de l’intensification des combats.

Les affrontements entre les forces françaises et les nationalistes algériens se sont aggravés et sont devenus plus violents, avec des attaques et des ripostes de plus en plus fréquentes et intenses.

Pendant l’année 1955, le gouvernement français a déclaré l’état d’urgence en Algérie et a donné les pleins pouvoirs à l’armée pour réprimer la rébellion.

Masiwa – À quel âge, avez-vous rejoint l’armée française ?

Je suis entré à l’armée française à Madagascar, Tamatave, en 1957. Et en 1960, je me suis porté volontaire pour la guerre d’Algérie. J’étais célibataire et sans enfant. J’ai combattu durant une période de deux ans et six mois.

Masiwa – Combien de militaires comoriens ont combattu pendant la guerre d’Algérie ?

Au total, nous étions 25 militaires comoriens. Il y avait moi, de la ville d’Ikoni et d’autres venant de la ville Kua ya Mitsamihuli, Itsandraya, Mitsamihuli mdjini, M’de ya Bambao, trois militaires de Malé, également des militaires des autres îles : Mohéli, Mayotte et Anjouan.

Nous sommes tous retournés chez nous aux Comores sains et saufs. Je suis le seul à rentrer avec une blessure suite à l’explosion d’une mine sur mon genou gauche. La blessure est encore visible et pesante. Elle a été causée par « une mine antipersonnelle ». J’ai marché sur un champ de mines et, par chance, seul mon genou a été touché. Et malgré cet accident, j’ai continué la bataille avec le genou blessé. Cependant, je n’ai jamais eu de difficultés durant toute ma jeunesse. J’ai vécu avec la blessure sans jamais me plaindre. Il a fallu attendre dix ans, plus tard, et, avec l’âge avancé, j’ai commencé à ressentir des douleurs.

Masiwa – Quel a été le processus de recrutement des militaires comoriens pour la guerre d’Algérie ?

Volontaires ! On nous a parlé d’une guerre en Algérie et chacun se portait volontaire ! Quiconque souhaitait y aller, écrivait son prénom et son nom sur une liste. En effet, personne n’a été pris de force. On se portait volontaire.

Masiwa – Avez-vous été préparés à la réalité de la guerre d’Algérie avant de vous y rendre ?

Non ! On ne nous a ni informés ni explicité l’ampleur de la guerre. On a simplement parlé d’une guerre en Algérie. Néanmoins, étant dans l’armée française, nous étions formés et préparés à toute éventuelle bataille. On nous apprenait à nous défendre : à tirer, utiliser différentes armes… Nous faisions même des exercices de guerre à la caserne. On apprenait aussi la discipline sociale : le respect, l’amour, l’engagement, l’honneur, les valeurs humaines,…

Masiwa – Avec quelle arme avez-vous combattu ?

J’ai été tireur d’élite. J’avais une carabine. C’est une arme à feu, généralement équipée d’un canon et d’un calibre.

Masiwa – Quel était votre grade ?

Première classe.

Masiwa – Comment était la guerre ?

Très difficile. Car, c’était une guerre de rébellion. Jour et nuit, en période d’été comme en hiver, on combattait ! J’avais 25 ans à la fin de cette guerre.

Zéro repos ! Jour et nuit ! En période d’été comme d’hiver !

La guerre d’Algérie a été un conflit très violent et traumatisant physiquement et moralement. Les combats ont été intenses et les pertes humaines considérables. Nombreux sont les Européens morts, piégés par des femmes algériennes. Ces dernières, séduisaient les militaires européens et, une fois avec eux, dans le même lit, elles les tuaient !

Nous n’avions pas le droit de nous déshabiller : il arrivait souvent qu’on nous reveille en pleine nuit pour aller combattre ! On dormait avec les casques. Nos armes à feu, nos armes de poing, nos revolvers, nos calibres étaient nos oreillers !

Masiwa – Avez-vous obtenu des médailles ?

J’ai eu deux médailles : une auprès d’Allah et l’autre aux yeux des hommes.

Durant l’été 1961, nous étions en pleine guerre, c’était pendant le mois de Ramadan. À cette époque-là, il y avait ce qu’on appelait un poste radio. Elle pesait 9 kg ! Sans oublier ma carabine et autres instruments militaires que je portais sur moi. Le poids total était de 47 kg.

À l’heure du petit déjeuner, au milieu de la forêt, je n’ai pas mangé, car j’avais fait le ramadan. Mon supérieur a souri en me disant que j’allais me tuer avec le poids que je portais sur mon dos et la chaleur intense de l’été, plus le jeûne. Il m’a dit que si je tenais jusqu’à 12 heures, il me donnerait 5000 francs. À cette époque en 1961, cette somme valait 250 000 francs comoriens. J’ai réussi et il a tenu sa promesse !

En 1974, on a démantelé l’armée française à Madagascar. Tout militaire, qui avait moins de six ans de service, a été viré. Ceux qui avaient plus de dix ans de service ont été payés et mis à la retraite officielle. Sauf moi ! Notre supérieur m’a laissé le choix : soit de rester dans l’armée française ou partir. J’ai décidé de rester. Et on m’a affecté directement à la Réunion. C’est ainsi que mon supérieur m’a informé que cette opportunité m’a été offerte suite aux notes pendant la guerre d’Algérie, en plein mois de Ramadan. Et, il m’a parlé de la médaille remportée suite à mon histoire. Ainsi, j’ai eu deux médailles : auprès d’Allah et aux yeux des hommes.

Masiwa – Quelle était votre compagnie ?

J’étais rattaché à la caserne Lambert à la Réunion. Cela me vaut de recevoir chaque 14 juillet et 11 novembre, une invitation de la part de l’Ambassade de France pour nous honorer, nous les militaires français.

Masiwa – Vous êtes aussi connu par le nom « Algérie », comment ça s’explique ?

À mon arrivée aux Comores, plus précisément dans ma ville, on m’a attribué ce nom « Algérie » ! J’ai eu un accueil chaleureux, royal et majestueux, organisé par ma ville, Iconi. Et, vu que je suis parti pour la guerre d’Algérie et que je suis revenu vivant, toute ma ville m’a surnommé Algérie et c’est resté jusqu’à présent ! Tout le monde me connait par ce nom, « Algérie » !

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