La ville d’Iconi a célébré, samedi 20 décembre dernier, le 50e anniversaire de la disparition du Prince Saïd Ibrahim, un éminent homme politique comorien.
Par El-Aniou Fatima (stagiaire)
Prince Saïd Ibrahim est décédé le 20 décembre 1975 à Djeddah, en Arabie saoudite, après un pèlerinage à la Mecque. Il était né le 17 avril 1911 à Antananarivo, à Madagascar. Notables, chefs de villages et cadres ou simples citoyens ont pris part à la cérémonie. Cette dernière a eu lieu dans le palais royal connu sous le nom de kapviri djwee, le palais où il fut enterré.

Fils du Sultan Said Ali bin Sultan Said Omar, dernier sultan de la Grande-Comore, homme politique comorien, membre de l’Assemblée nationale française de 1959 à 1970 et Président du Conseil de gouvernement des Comores de 1970 à 1972, Saïd Ibrahim prônait une indépendance économique avant toute indépendance politique des Comores.
Dans son discours, Saïd Abdillah, l’ancien consul des Émirats arabes unis, a confié à l’assemblée présente une parole de feu prince Saïd Ibrahim : « Il n’y a pas d’indépendance politique sans indépendance économique ». En effet, il expliquait qu’il fallait, avant tout, éduquer, enseigner, élever, former les cadres avant de proclamer l’indépendance.
À son tour, devant l’assemblée, Mouslim Ben Moussa a parlé de la générosité d’âme et la confiance illimitée du feu Prince Saïd Ibrahim. « Je me souviens de ce jour où on lui présenta des billets de banque en guise de cadeau. Il refusa publiquement et ordonna de les déposer à la banque, à leur place ». Il rapporta également qu’un « jour, alors que les pêcheurs dansaient joyeusement pour l’accueillir, une vieille dame de la ville de Moroni, qui le détestait, prononça deux insultes contre le prince Saïd Ibrahim. Elle était assise au pied d’un arbre et deux feuilles tombèrent en touchant le visage de la vieille dame. Cette dernière devint aveugle immédiatement ». Il ajouta : « Je ne cite pas le nom de la personne pour ne pas semer la discorde ».
Hommages et héritage
Que reste-t-il du Prince Saïd Ibrahim aujourd’hui ? L’aéroport international de Moroni porte son nom. Une mosquée à Ngazidja est également dédiée à sa mémoire. Ses fils et filles sont devenus des personnalités politiques, ministres et avocats reconnus.
Le Prince Saïd Ibrahim reste une figure importante de l’histoire comorienne et son héritage continue d’inspirer les générations actuelles.
Sa petite fille, Faniya Abass, a rapporté à Masiwa qu’à la maison, c’était « une école à la fois politique, sociale et religieuse se basant sur les valeurs, le respect, la loyauté, l’amour […] On a vécu dans une ambiance dominée par des réunions politiques, tout le temps de la politique. Tous les enfants vivaient dans la même maison. Mon grand-père avait une épouse à Mayotte, à Anjouan et à Ngazidja. Et on vivait tous ensemble, dans une maison à Iconi. C’était comme une sorte d’école d’apprentissage. Ma grande-mère a appris la broderie en regardant les tenues vestimentaires traditionnelles de son père. Ainsi, elle a transmis son savoir à des centaines et des centaines de filles, présentes dans la maison et venant de partout. Ces filles apprenaient également la cuisine ». Elle ajoute : « Il était très sévère dans le domaine de l’éducation. J’avais très peur de lui. Je faisais tout mon possible pour apprendre tout par cœur. Quant aux garçons, ils étaient punis. On apprenait les valeurs humaines, le respect, la loyauté, l’honnêteté et l’amour ».
Le Prince Saïd Ibrahim reste une figure importante de l’histoire comorienne, et son héritage continue d’inspirer les générations actuelles.














