Le danseur et chorégraphe Salim Mze Hamadi Moissi alias Seush a tenu une conférence dans le local de Faliki ya Masiwa à Sarcelles le 1er février 2026. L’auteur est venu présenter son nouveau livre intitulé « L’éveil d’un Comorien ».
Par Mohamed Issihaka, Médiateur culturel, Fondateur d’Udzima Culture et directeur du journal Almashawiri de Diboini.
Artiste et intellectuel aux multiples facettes, il a invité le public à une réflexion profonde sur la notion d’éveil de la conscience. Dans son intervention, il a d’abord invité chacun à réfléchir sur ce que signifie réellement « s’éveiller ». Selon lui, s’éveiller, c’est être capable de se mesurer soi-même, d’être conscient de ce que l’on dit et de ce que l’on fait. Il a expliqué que, pour croire en quelque chose, plusieurs éléments peuvent entrer en jeu, notamment la peur et l’émotion. Mais, pour lui, obéir suppose de croire, et croire suppose de comprendre. Autrement dit, sans compréhension, il ne peut pas y avoir de véritable engagement.

L’auteur a également souligné que nous ne disposons pas encore d’une richesse culturelle pleinement exploitée et que l’essentiel est de se poser des questions pour mieux se connaître. Il a rappelé que cette démarche de questionnement ne date pas d’aujourd’hui dans son propre parcours : depuis son enfance, il se posait déjà de nombreuses questions et cherchait à comprendre le pourquoi et le comment des choses, au-delà de ce qu’on lui apprenait et de l’éducation reçue. Alors que beaucoup de personnes ayant ce goût pour la réflexion s’orientent généralement vers la série littéraire, lui a pourtant choisi la série scientifique.
Il a ainsi évoqué son parcours professionnel, notamment les années durant lesquelles il a travaillé aux Comores au service de la MaMwe (l’ancienne société publique d’eau et d’électricité), à la Grande Comore. Il a ensuite insisté sur la nécessité de se remettre en question en permanence afin de mieux comprendre notre société et nos comportements, illustrant ses propos par un exemple tiré de l’Inde.
Abordant la culture comorienne, notamment le « anda » (le grand-mariage), il a estimé qu’elle est souvent marquée par une forme d’égocentrisme, davantage tournée vers le fait de se montrer que vers une véritable logique de développement collectif. Cette première partie de son intervention était centrée sur l’éveil par la peur et la prise de conscience.
Le conférencier a ensuite abordé la question de l’éducation comorienne, qu’il juge largement fondée sur la soumission. Selon lui, cette éducation n’encourage pas à poser des questions, car la peur de s’exprimer reste très présente. Il a pris son propre parcours comme exemple, évoquant son séjour au Sénégal, où il a rencontré des difficultés d’adaptation. Il expliquait se sentir parfois en décalage, voire perçu comme agressif, tant la manière dont il avait été éduqué aux Comores différait de celle des Sénégalais.
Issu du monde artistique, notamment du rap, il a également évoqué la place de l’art et des artistes dans la société comorienne. Selon lui, contrairement à ce qui se passe dans d’autres pays, les artistes, qu’il s’agisse de chanteurs ou de danseurs, peuvent, chez nous, être influencés ou manipulés par le pouvoir politique, soit dans l’intérêt des gouvernants, soit dans celui de certains artistes, et jamais dans celui de la population.
Plusieurs questions ont été posées par le public, notamment celle-ci : pourquoi la diaspora comorienne n’arrive-t-elle pas à se développer autrement qu’à travers des actions classiques, comme la construction de bâtiments, de routes ou l’électrification ?
Selon l’écrivain, une partie de la réponse se trouve du côté des autorités : dans d’autres pays, il existe un ministère de la diaspora chargé de valoriser et d’accompagner cette dernière, ce qui n’est pas le cas chez nous. Mais il a aussi pointé un problème plus profond : notre conscience collective n’est pas suffisamment éveillée. Entre nous, a-t-il expliqué, la confiance fait défaut ; nous ne nous confions pas assez et nous ne nous entraidons pas suffisamment. Il a résumé cette réalité par une phrase forte : « Je préfère parfois donner mon argent ailleurs que de le donner à un compatriote comme moi. »
À travers l’ensemble de son intervention, il a appelé la population à se poser des questions et à oser dire ce qu’elle pense, condition essentielle, selon lui, pour faire évoluer les mentalités et la société.
Salim Mze Hamadi Moissi alias Seush avait déjà publié un magnifique premier livre tout en couleur intitulé : « Les danses traditionnelles des Comores (Ngazidja) » aux éditions Cœlacanthe.
À lire également :
- « SEUSH, les danses traditionnelles » (Masiwa n° 334 du 28 juin 2021).
- « « Massiwa » de Seush sur la chaine éphémère dédiée à la culture en France » (version internet 2 février 2021).
- « Tche-Za School : un nouveau défi pour le danseur Seush » (Masiwa n°312 du 25 janvier 2021).














