Les audiences de la cour d’assises de Moroni ont débuté mardi 6 octobre dans une salle comble. La cour a marqué une pause le 7 octobre et a repris dimanche 11 jusqu’ au 14 octobre pour l’affaire Naicha Abdou M’Madi. Pour cette première journée de la Cour d’assises de Moroni, quatre dossiers ont été jugés, dont trois affaires d’agressions sexuelles sur mineures.
Par Fatouma Ali Saïd Abdallah
C’est dans un contexte émotionnel et de forte affluence du public que s’est ouverte la session de la cour d’assises de Moroni. Cette session, qui s’annonce particulièrement chargée, doit examiner une série d’affaires criminelles dont la majorité concerne des agressions sexuelles sur mineurs et des affaires de mœurs qui choquent l’opinion. Quatre affaires ont été appelées dès le premier jour, mardi 6 octobre. La gravité des faits, l’âge des victimes et les aveux partiels ou les dénégations des accusés ont marqué les débats qui se sont prolongés tard dans la nuit.
Mardi 6 octobre dernier, la cour d’assises de Moroni a ouvert sa session dans une salle remplie. Familles des victimes, familles des accusés, curieux et professionnels du droit se sont massés pour suivre des audiences à forte charge émotionnelle. Au total, quatre dossiers ont été jugés ce jour-là, dont deux pour agressions sexuelles avérées, une tentative d’agression sexuelle et une affaire de stupéfiants.
La première et la plus marquante de la journée est celle de Naiman Kamal, alias Sarkozy. Vêtu d’une combinaison orange avec l’inscription prisonnier, cet homme de 30 ans, originaire de la région de Bambao, comparaissait pour agression sexuelle sur une mineure de trois ans.
Devant la cour d’assises, Naiman Kamal a reconnu les faits qui lui sont reprochés. À la barre, d’une voix basse, il a avoué avoir commis des attouchements sexuels sur la petite fille. Selon l’acte d’accusation lu par le greffier et confirmé par ses propres déclarations, il a reconnu avoir frotté son sexe contre les cuisses de l’enfant jusqu’à l’éjaculation.
Interrogé par le président de la cour sur les circonstances, l’accusé a souligné qu’il vivait chez la partie civile, dans la même maison que la victime, et qu’il profitait de l’absence des parents. « Je vivais chez eux, j’ai commis cet acte, je demande pardon », a-t-il déclaré devant la Cour d’assises.
Le procureur général, dans ses réquisitions, a insisté sur la nécessité d’une peine exemplaire pour protéger les enfants et dissuader de tels actes.
Tardivement dans la nuit du mardi 6 octobre, après de longues délibérations, la cour d’assises de Moroni a condamné Naiman Kamal à 13 ans d’emprisonnement ferme. Une peine accueillie par des sanglots dans la salle.
Après cette première affaire, la Cour a enchaîné avec une seconde affaire de mœurs. Un homme de 38 ans, originaire de la région de Itsandra, poursuivi pour tentative d’agression sexuelle sur une fillette de 11 ans. Il s’agit de Saïd Hazar, 38 ans.
Dans ce dossier, les faits remontent à plusieurs mois. Selon l’accusation, Saïd Hazar aurait tenté d’attirer la mineure de 11 ans dans un endroit isolé pour lui imposer des actes sexuels.
Devant la cour d’assises de Moroni, Saïd Hazar a eu une attitude partagée, reconnaissant partiellement les faits tout en minimisant son intention. « Je ne voulais pas lui faire du mal », a-t-il tenté de se défendre à la barre. Une version qui n’a pas convaincu la Cour.
Le Procureur général a rappelé que la tentative d’agression sexuelle sur mineure est punie comme le crime lui-même. Après délibération, Saïd Hazar a écopé de dix ans d’emprisonnement ferme. La cour d’assises a tenu compte de l’absence d’antécédents judiciaires, mais a souligné la nécessité de protéger les mineures.
Troisième dossier de la journée, celui de Soulé Miradji, originaire de Mbadjini. Il était poursuivi pour agression sexuelle, sur une mineure de dix ans. Contrairement aux deux précédents accusés, Soulé Miradji a nié les faits de bout en bout devant la cour d’assises de Moroni.
À la barre, il a contesté l’ensemble des accusations. « Je n’ai jamais touché cette enfant, ce sont des mensonges, on veut me nuire », a-t-il déclaré. Malgré ses dénégations, les éléments du dossier étaient accablants. Le certificat médical attestait des lésions, le témoignage de la victime, recueilli dans des conditions adaptées aux mineurs, était constant et détaillé, et la version de l’enfant, qui a tenu tête en précisant que Soulé Miradji l’a agressée sexuellement, chez elle, en l’absence de ses parents.
La partie civile a décrit une enfant traumatisée, qui a dû arrêter l’école pendant plusieurs semaines. Le procureur général, face aux dénégations, a estimé que le déni aggravait la culpabilité. « Nier les faits, c’est nier la souffrance de la victime », a-t-il lancé dans ses réquisitions.
À l’issue des débats, la Cour a déclaré Soulé Miradji coupable et l’a condamné à 13 ans d’emprisonnement ferme. Il a été reconduit en prison sous le silence total de sa famille et du public.
La quatrième audience de la journée concernait une affaire de stupéfiants, jugée plus rapidement.
Au terme de cette journée marathon qui s’est achevée très tard dans la nuit du 6 octobre, la cour d’assises de Moroni a annoncé une petite pause de quatre jours.
Les audiences ont repris ce lundi 12 octobre et prendront fin le mercredi 14 octobre. Et c’est l’audience la plus attendue qui clôturera la session : celle de Naicha Abdou M’Madi, retrouvée morte, son corps calciné, le 19 mai dernier.
Cette affaire, pour laquelle plus d’une dizaine de personnes sont mises en examen pour assassinat, torture, recel et profanation de cadavre, association de malfaiteurs et complicité, a connu une avancée majeure le 2 octobre dernier. Pour des raisons de sécurité, les trois principaux suspects, dont Fahami Ibrahim, originaire de Mayotte et Attoumani Abdourahmane, originaire de Mohéli, ont été entendus tardivement par la chambre de mise en accusation.
Le 14 octobre, la cour d’assises de Moroni devra donc dire le droit sur cette affaire qui a bouleversé le pays, après avoir déjà rendu justice pour trois petites filles victimes de violences sexuelles.













