Dr Zilé Soilihi officie en tant que coorganisateur et ambassadeur de l’initiative majeure de la structure, le concours « AI4GOOD Festival Comores », qui promeut l’Intelligence Artificielle.
Propos recueillis par Hachim Mohamed
Masiwa – Pourriez-vous nous parler brièvement de vous en en tant que coorganisateur et ambassadeur du projet phare d’Alkamar IA ?
Soilih Zilé – Je m’appelle Mze Soilihi Zilé. Je suis ingénieur de formation, docteur en mathématiques. J’ai fait ma carrière dans les entreprises comme Thales. J’étais directeur de la chambre de commerce. Dans cette fonction, j’ai aidé des entreprises en élaborant des stratégies de développement, d’urbanisation économique, etc. J’ai œuvré à l’étranger dans de pays africains comme la Tunisie, le Maroc, le Cameroun, le Togo, le Burkina Faso dans différents projets de développement, de projets industriels. En Tunisie, j’ai été expert, mandaté par la Commission européenne, pour écrire la stratégie de quelque chose d’important chez eux, qui s’appelle une technopole qui est un parc industriel où on trouve des laboratoires de recherche, des universités et des entreprises. Donc, les gens qui fabriquent le savoir et les gens qui utilisent le savoir pour faire du business, tous ensemble. C’est du temps de l’ex-président Ben Ali.
Masiwa – Pouvez-vous revenir sur le contexte de la création de l’association ?
Soilih Zilé – L’association, nous l’avons créée, elle s’appelle Alkamar IA. On l’a créée en 2025 avec l’idée de faire en sorte que l’IA soit utilisée par les Comoriens, quelle que soit leur profession, leur secteur d’activité. Nous pensons que l’IA est une véritable révolution technologique qui doit être bénéfique au pays. On l’a créée par un évènement, un concours qu’on a organisé pour les jeunes de 12 à 18 ans, de manière à récompenser les jeunes qui utilisaient les outils IA pour faire de court-métrage vidéo et des jeux vidéo. Parfois, pour apprendre, c’est bon de démarrer par le jeu. On a eu une bonne surprise. La personne qui a gagné était une jeune fille. Là, nous avons l’ambition d’organiser des séminaires en ligne destinés aux Comoriens. Ce sont des séminaires généralistes où tout le monde sera invité à s’inscrire. Ensuite, des séminaires sectoriels. L’IA pour l’enseignement, l’IA pour la justice, l’IA pour les entrepreneurs, etc.
Masiwa – Quelles sont les limites et risques de l’IA dans l’enseignement ?
Soilih Zilé – Ce que nous voulons faire, c’est sensibiliser les Comoriens à l’IA avec ses bénéfices et ses risques. Par exemple, il y a risque de plagiat, de fausses nouvelles, etc. Il faut donner aux Comoriens les clés pour mieux utiliser l’IA. Pendant ma conférence à l’Université des Comores, on a beaucoup insisté sur les risques de l’IA dans l’enseignement. Comment je peux utiliser l’IA pour faire mon cours plus rapidement, comment je peux le faire pour effectuer mes recherches, pour corriger beaucoup plus de copies en très peu de temps, comment moi, étudiant, je peux utiliser pour mieux réviser… mieux comprendre… Tu peux demander à l’IA un programme de révision sur telle matière et lui demander de te poser des questions pour vérifier si tu as bien compris. L’IA dans l’enseignement devient un vrai compagnon pour les apprentissages. Attention, l’IA peut freiner l’esprit critique. Par exemple, quand on pose une question, la personne va consulter au lieu de réfléchir, c’est ça le risque. Donc, il faut changer de pédagogie. Imagine que tu donnes un devoir à la maison à un élève. Il va chez lui. Il suffit qu’il demande à l’IA de faire le devoir à sa place. Qui tu notes, l’IA ou l’élève ? Raison pour laquelle l’Éducation, telle qu’on la conçoit aujourd’hui, va changer. Elle se fera beaucoup plus en présentiel, à l’oral. Comme ça, on verra si la personne maitrise son sujet. Au-delà de l’utilisation frauduleuse de l’IA, il y a ici la possibilité de compléter la notation via le soutien à l’oral. L’évaluation se fera aussi comme ça avec les thèses de soutenance. Le jury a l’obligation, dans la soutenance de la thèse, de mettre beaucoup l’accent là-dessus en posant toutes les questions pour s’assurer que la personne a bien fait sa thèse, etc. En live, lors du séminaire, j’avais demandé à l’un des participants de m’élaborer un master sur la volcanologie. Il s’est assis devant l’écran et a dit à l’IA ce qu’il voulait. Et l’IA lui a élaboré un master complet en volcanologie avec les crédits, des références d’Italie, d’autres pays, etc. Or, la personne ne sait rien sur la volcanologie.
Après le séminaire, première chose, les participants ont compris c’est quoi l’IA. Deuxième chose, montrer comment marchent les outils. On leur a expliqué ce qui se passe quand on pose une question à l’IA. Ils ont compris ça. Maintenant on leur a dit comment dialoguer avec l’IA. Si on veut de bonnes réponses, il faut savoir poser les questions. Si tu poses mal les questions, l’IA va te donner n’importe quoi. Avec tous les éléments livrés pendant la conférence, les participants étaient autonomes. On leur a dit : vous pouvez rentrer chez vous et commencer à bien travailler.
Masiwa – Qu’est-ce que vous envisagez pour cette année ?
Soilih Zilé – Comme en 2025, cette année, nous allons organiser le même concours sur les courts-métrages. Mais on veut aller plus loin en faisant des films sur les Comores avec l’IA. Je fais allusion au patrimoine touristique, l’histoire, etc. On va demander aux jeunes de faire ça en utilisant uniquement l’IA. Mettre en scène des combats entre des guerriers des sultanats, etc. Tu vois, par exemple, ce roman que tu as sous la main, en version électronique, tu peux demander à l’IA de le résumer. On peut faire en sorte qu’il soit illustré. L’IA est un outil puissant. Raison pour laquelle, cette année, nous voulons de la production sur les courts métrages et vidéo, une production plus sophistiquée.
Masiwa – Comment ça se passe l’IA pour les journalistes, les médias en général ?
Soilih Zilé – En journalisme, on donne les clés aux journalistes pour qu’ils utilisent mieux l’IA. D’ailleurs, dans l’équipe, il y a Said Toihir. Sans détour, il nous a dit crument qu’il utilise l’IA pour écrire ses articles. Même l’IA lui écrit une partie de l’article, les communiqués, etc. Dans le projet de l’association, nous voulons que le shikomori soit un langage utilisé dans les outils IA. Ça, ça va changer la donne. Il y a un groupe qui s’est constitué. Pour obtenir des financements, il faut que le porteur soit ici. Les ressources qui travaillent sont aussi dans la diaspora. Il y a le professeur Chamanga qui est dedans. L’objet, c’est introduire le shikomori comme langue d’usage dans les outils de l’intelligence artificielle. Cela veut dire avec ton smartphone, tu peux demander des choses en shikomori. Par exemple, tu peux lui demander de te livrer l’histoire de Mzé trambwe. L’IA va te répondre en shikomori.
Masiwa – Quels sont les autres projets d’Alkamar IA ?
Soilih Zilé – Il y a une société qui se trouve à Marseille. Elle écrit des applications, elle fait apprendre le comorien à la jeunesse avec des cours en ligne. Ensuite, il y a une start-up, créée par un jeune comorien qui est au Maroc. Après, il y a une équipe scientifique qui va être coordonnée par le professeur Chamanga, docteur Abdou Djohar, docteur Nera, des linguistes. On va élaborer un corpus linguistique pour alimenter des outils IA. Le corpus linguistique français-Comores dans la variante shikomori (shiganzidja, shimaore, shimwali, shindzuani), mais aussi on va profiter de la proximité entre le swahili et le shikomori pour élaborer un corpus shikomiri-swahili pour bénéficier des avancées du swahili. Tout ça parce qu’il n’y a pas de textes shikomori sur internet. Lorsque, tu poses des questions en shikomori dans les outils IA, on va te répondre en swahili qui existe dans les outils IA depuis longtemps.
Masiwa – Concrètement quels sont les véritables enjeux de l’IA ?
Soilih Zilé – L’IA va changer la mentalité des Comoriens. Il va permettre aux Comoriens d’accéder au savoir universel.
L’enjeu de l’IA, c’est qu’il accède à toutes les revues scientifiques du monde, à toutes les publications. L’IA a cette force d’être à jour pour les connaissances qui se renouvellent sans arrêt. C’est donc un outil qui permet d’apprendre régulièrement.
L’IA comporte une dimension surhumaine, car il augmente les facultés de l’homme en lui donnant plus de puissance d’action. Il faut que tu saches que dernièrement les mathématiciens ont été étonnés, car une IA a résolu un problème que tous les mathématiciens n’arrivaient ́pas à résoudre depuis 40 ans. L’IA a trouvé le chemin. Et les mathématiciens de dire : « Qu’est-ce qu’on va devenir nous ? »













