Présentée comme une étape de mobilisation des partenaires internationaux autour des Jeux des Îles de l’océan Indien 2027, la rencontre organisée à Moroni en présence du chef de l’État aurait finalement été très brève. Au-delà de l’appel au soutien lancé au corps diplomatique, peu d’éléments concrets auraient été présentés sur l’état d’avancement des préparatifs et sur les besoins à financer.
Par Ali Ahamada
À moins d’un an des Jeux des Îles de l’océan Indien 2027, les autorités comoriennes cherchent à mobiliser les pays amis et les partenaires internationaux pour accompagner l’organisation de ce rendez-vous régional. C’était précisément l’objet de la rencontre organisée au ministère des Affaires étrangères en présence du président de la République, Azali Assoumani, du Comité d’organisation des Jeux des Îles (COJI) et des représentants du corps diplomatique accrédités aux Comores.

Dans son compte rendu, Al-Watwan indique que le gouvernement avait convié les diplomates afin de les informer de la tenue des Jeux aux Comores et de solliciter leur soutien. Le ministre des Affaires étrangères, Mbae Mohamed, a notamment appelé les partenaires à accompagner le pays dans cette organisation. Mais, le déroulement de la rencontre, tel que rapporté par une personne présente dans la salle, laisse plusieurs questions en suspens.
Un appel au soutien, mais peu de détails
Après une brève intervention de bienvenue du ministre des Affaires étrangères, la parole a été donnée au président du COJI, Mohamed Issimaïla. Son intervention aurait duré moins de cinq minutes. L’un des principaux éléments évoqués aurait été le financement des Jeux : sur un besoin global annoncé d’environ 80 milliards de francs comoriens, quelque 35 milliards resteraient à mobiliser. Un besoin considérable, qui aurait pu justifier une présentation détaillée devant les partenaires susceptibles d’apporter un soutien financier ou technique.
Pourtant, selon le témoignage recueilli, aucune présentation complète de l’état d’avancement des préparatifs n’avait accompagné cette demande. Pas de présentation détaillée des infrastructures achevées, en cours ou à réaliser. Pas de calendrier actualisé des travaux. Pas de ventilation du financement recherché par secteur. Pas davantage de présentation précise des formes de soutien attendues de chaque partenaire.
Cette absence de présentation détaillée peut surprendre d’autant plus que le COJI avait rendu public, en mars 2026, un Master Plan présenté comme le document de référence pour l’organisation des Jeux. Celui-ci devait notamment préciser les mécanismes organisationnels, les différentes commissions, les priorités et le calendrier d’exécution.
La question se pose donc : pourquoi ne pas avoir utilisé cette rencontre de haut niveau pour présenter aux partenaires une photographie claire de l’avancement des Jeux et des besoins restant à couvrir ?
Un silence révélateur des limites de l’exercice ?
À l’issue de l’intervention du président du COJI, les représentants du corps diplomatique ont été invités à réagir et à faire part de leurs possibilités d’accompagnement.
Mais, selon le témoignage recueilli, aucune réaction immédiate n’aurait suivi. Un long silence se serait installé dans la salle.
La situation pose une question de méthode. Mobiliser des partenaires internationaux autour d’un besoin financier important nécessite généralement davantage qu’un appel général à contribution. Les partenaires ont besoin de savoir ce qui leur est demandé : financer une infrastructure ? Fournir des équipements ? Apporter une expertise technique ? Soutenir la formation des athlètes ? Le transport ? La santé ? La sécurité ? L’hébergement ?
Al-Watwan rapporte d’ailleurs que les besoins concernent plusieurs domaines, notamment les infrastructures, la logistique, la formation et le renforcement des capacités.
Une rencontre de mobilisation aurait donc pu permettre de présenter clairement ces besoins, leur coût et les mécanismes envisagés pour leur financement.
Une réunion écourtée
Selon le récit recueilli, le chef de l’État a manifesté son impatience face à l’absence de réaction de la salle avant que la rencontre ne prenne fin. Une photo officielle aurait ensuite été prise avec les participants. Au total, la séquence aurait duré moins de vingt minutes.
Ces éléments interrogent moins sur la volonté politique d’organiser les Jeux que sur la préparation de la démarche de mobilisation des partenaires. Car le défi est désormais concret.
Les travaux du village des Jeux ont été lancés en mars 2026, avec notamment des contrats annoncés pour les voiries et réseaux divers. Le COJI avait alors indiqué que certaines entreprises disposeraient de neuf mois pour réaliser ces travaux.
Le Comité affirme également disposer d’un Master Plan couvrant notamment le transport, l’hébergement, la restauration, la sécurité et les autres dimensions opérationnelles de l’événement.
Dès lors, les partenaires internationaux peuvent légitimement attendre que ces informations soient transformées en un dossier de mobilisation clair : quel est le niveau réel d’avancement ? Combien a déjà été mobilisé ? Que reste-t-il précisément à financer ? Pour quelles activités ? Selon quel calendrier ?
La réussite des Jeux des Îles représente un défi majeur pour les Comores et peut constituer une opportunité importante en matière d’infrastructures, de sport et de visibilité régionale.
Mais, à mesure que l’échéance approche, les déclarations d’intention devront nécessairement laisser davantage de place à la présentation de résultats, de calendriers et de besoins précisément chiffrés. La mobilisation des partenaires ne peut être pleinement efficace que si ceux-ci disposent des informations leur permettant de déterminer où, comment et à quelle hauteur ils peuvent intervenir.
La rencontre avec le corps diplomatique devait être une étape importante de cette mobilisation. Son déroulement, dans les conditions rapportées, montre surtout qu’une prochaine rencontre devra probablement être préparée autrement : avec un état d’avancement documenté, une présentation financière détaillée et des demandes clairement formulées à chaque partenaire.
À moins d’un an du rendez-vous, c’est peut-être désormais la principale attente : passer de l’appel général au soutien à une véritable stratégie de mobilisation des partenaires.















