Le chef de l’État des Comores est intervenu à l’ONU à l’occasion de la 81e session de l’Assemblée générale. Il a rappelé qu’au regard des résolutions des Nations Unies Mayotte est un territoire comorien occupé.
Comme chaque année depuis 1975, le Secrétaire général des Nations Unies a inscrit « la question de l’île comorienne de Mayotte » à l’ordre du jour de la 81e session de l’Assemblée générale de l’ONU. Comme chaque année depuis 1995, un peu avant l’ouverture de l’AG, le gouvernement comorien a discrètement retiré la question de l’ordre du jour définitif pour éviter qu’elle ne soit discutée et que la France ne soit, de nouveau, condamnée.
Lorsque le chef de l’État comorien, Azali Assoumani, a commencé son discours en évoquant les généralités sur l’actualité du monde, chacun se demandait à quel moment, il allait parler de la situation de Mayotte et par quel biais.

Un dialogue bilatéral et permanent
Il faut attendre un peu plus de dix minutes pour l’entendre évoquer le différend qui oppose la France aux Comores depuis son indépendance. Les mots sont clairs et particulièrement bien choisis : « Depuis un demi-siècle, l’État comorien, toujours en quête de sa souveraineté, dans ses frontières reconnues par le Droit international, reste sous occupation illégale française, malgré les nombreuses résolutions pertinentes de notre Assemblée. » Le terme d’« occupation » peut paraitre fort parce qu’il résonne dans l’histoire de France et parce que les Maorais répètent partout qu’ils ne veulent pas faire partie de l’Union des Comores, mais c’est le mot qui est employé dans la vingtaine de résolutions de l’ONU qui dénoncent le choix de la France de se maintenir à Mayotte, après l’indépendance des Comores, malgré les promesses que ses autorités ont faites à la communauté internationale et aux dirigeants comoriens.
Autour de cette question de Mayotte, Azali Assoumani a déclaré que, depuis le début, les Comores cherchent une résolution d’une manière pacifique et, selon lui, une vingtaine d’années, le dialogue et la négociation sont engagés avec la France. Depuis « deux décennies », cela veut dire qu’Azali s’attribue le dialogue avec la France, alors qu’aucun de ses prédécesseurs n’a engagé une guerre contre la France et que tous ont cru au dialogue, à commencer par Ali Soilihi, et tous, au bout d’un temps, sont arrivés au constat de l’échec des négociations. Cela n’a pas empêché les divers successeurs d’y croire et de recommencer. Azali est le seul à être revenu au pouvoir, et avoir repris ce dialogue bilatéral alors qu’il avait été roulé dans la farine une première fois et qu’il a vu Mohamed Ahmed Sambi et Ikililou Dhoinine subir le même sort.
« Les velléités de certains pays voisins, frères et amis »
Pour son cas, Azali Assoumani admet que non seulement, le dialogue avec la France a été un échec (un deuxième), mais qu’en plus celle-ci s’est livrée à des « actions unilatérales ».
Il fait référence à des accords entre Mayotte et certains pays de l’Afrique de l’est, ignorant le différend qui existe. Pour la première fois, le chef d’État comorien a pointé du doigt « les velléités de certains pays voisins, frères et amis » qui ont été tentés par des accords avec Mayotte directement. Il s’agit du Kenya, de la Tanzanie, du Mozambique et Madagascar. Il y a quelques semaines encore, le gouvernement comorien a dû mener une action diplomatique envers le Togo pour lui rappeler qu’en faisant des accords avec Mayotte, il contrevenait aux résolutions de l’ONU et de l’Union Africaine, qui reconnaissent Mayotte comme une île de l’Union des Comores. Le Togo a fini par revenir sur sa décision.
À la tribune de l’ONU, Azali Assoumani, qui a été président de l’Union africaine et qui, à ce poste, n’a mené aucune action en faveur de la résolution de ce contentieux, a fait un appel à la solidarité africaine pour soutenir « l’intégrité territoriale des Comores ».
« Les Comores ne sont pas à vendre »
Ce discours, très ferme, n’a pas été particulièrement bien perçu ni à Moroni ni dans la diaspora en France. C’est l’expression d’une certaine lassitude des Comoriens habitués aux revirements d’Azali Assoumani dès qu’il s’agit de négocier des accords de coopération, comme en 2019 ou dès qu’il est reçu à l’Élysée. À la sortie de sa dernière réception à l’Élysée, suite au différend survenu après la mise en place de l’opération Wuambushu à Mayotte, il avait affirmé que si les autorités françaises avaient négocié cela discrètement avec lui au lieu d’aller proclamer dans les médias qu’ils allaient renvoyer des Comoriens, tout se serait bien passé. Il expliquait ainsi que son discours de fermeté était surtout destiné à son opinion publique, et qu’il ne pouvait pas faire autrement.
Pourtant, ces derniers temps, on a pu observer une certaine automaticité des réponses dès que les autorités françaises abordent publiquement et unilatéralement la question de Mayotte. C’est ce qui s’est passé à Madagascar lors des derniers Jeux des Iles, lorsque le président Macron a évoqué, à la tribune, une possible intégration de Mayotte dans la COI, Azali Assoumani a répondu d’une manière sèche que ce n’était pas concevable. Récemment encore, lorsque le Premier ministre français, Sébastien Lecornu s’est rendu à Mayotte et a affirmé que la coopération avec les Comores et avec les grands pays de l’Afrique de l’Est serait conditionnée par l’acceptation de ceux-ci de reprendre leurs ressortissants renvoyés de Mayotte, le ministère des Affaires étrangères a réagi vivement.
À l’ONU Azali Assoumani est revenu sur les paroles du Premier ministre français et lui a répondu que d’une part, selon les résolutions de l’ONU, les Comoriens sont chez eux à Mayotte et d’autre part que « les Comores ne sont pas à vendre », avant d’appeler les autorités françaises à revoir leur conception de la coopération.
« Le génocide en Palestine »
Avant d’aborder cette « question de l’île comorienne de Mayotte », le président comorien s’est également prononcé contre les conflits au Moyen-Orient qui fragilise les économies de pays en développement, comme les Comores.
Il a confirmé son soutien à la Palestine et n’a pas hésité à employer le terme de « génocide » pour qualifier l’action d’Israël. Il a affirmé avec conviction que « Le génocide en Palestine poursuit son œuvre macabre » et que « des populations entières sont au bord de l’extermination ». La forte délégation des Comores a d’ailleurs fait partie des pays qui ont quitté l’hémicycle lorsque le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, est apparu devant l’Assemblée générale.
Il a toutefois fait appel à la communauté internationale pour « préserver la vie » de toutes les populations concernées : Israéliens, Palestiniens, Libanais… et mettre en œuvre la solution à deux États.
Il est à rappeler qu’en octobre 1975, le Conseil de Sécurité de l’ONU, après de longs débats de ses 15 membres, a voté à l’unanimité pour demander à l’Assemblée générale d’admettre les Comores (quatre îles) au sein des Nations unies. Pour parvenir à cette unanimité, le représentant français a expliqué que la France entendait se conformer à la volonté de la communauté internationale après avoir réglé un problème institutionnel né de la proclamation unilatérale d’indépendance des Comores le 6 juillet 1975. Il s’est donc mis à la porte pendant le vote alors qu’il aurait pu utiliser son droit de véto pour s’opposer au fait que le sort de Mayotte soit lié à celui des trois autres îles de l’archipel des Comores. Conformément à la demande du Conseil de sécurité, l’Assemblée générale a décidé l’entrée des Comores à l’ONU le 12 novembre 1975, en définissant les frontières du nouvel État : Grande-Comore, Anjouan, Mayotte et Mohéli.














