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Après Busan, respecter le cahier des charges de l’UNESCO

Mots clés: A la uneEdition 593
3 août 2026
Temps de lecture : 5 mins
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Après Busan, respecter le cahier des charges de l’UNESCO
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Le 25 juillet dernier à Busan, en République de Corée, la 48e session du Comité du patrimoine mondial a inscrit Les Médinas des Sultanats historiques des Comores sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Une première historique pour l’Union des Comores.  Six médinas honorées : Iconi, Itsandra, Ntsoudjini et Moroni à Ngazidja, Mutsamudu et Domoni à Ndzuani. Une décision qui fait entrer l’architecture swahilie comorienne dans le patrimoine de l’humanité et qui place désormais le pays sur la carte du tourisme culturel mondial.

Par Fatouma Ali Saïd Abdallah

À Iconi, ancienne capitale du Sultanat de Bambao, la nouvelle a été accueillie comme une consécration nationale. Interrogés par Masiwa, le maire de la Commune de Bambao ya Mboini, Ali Nahouza et la députée de la 20e circonscription, Mariama Ahamada Msa, tous deux natifs de la ville, livrent leur lecture de l’événement et leur feuille de route.

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Le message du maire Ali Nahouza est clair et sans détour. L’euphorie doit laisser place à la responsabilité. Il estime que cette reconnaissance obtenue à Busan est « le deuxième événement le plus honorable de notre histoire après l’indépendance ». Mais il prévient aussitôt que cette inscription est conditionnelle et révocable. Pour lui, la priorité absolue est désormais que la ville d’Iconi « respecte scrupuleusement le cahier des charges de l’UNESCO ».

Ce rappel n’est pas anodin. Le maire souligne que le statut de « patrimoine mondial » impose des obligations strictes : protection de l’authenticité et de l’intégrité du tissu urbain, interdiction des démolitions sauvages et des constructions anarchiques dans la zone noyau et sa zone tampon, et adoption d’un plan de gestion et de sauvegarde opposable à tous. « L’UNESCO nous a honorés, mais elle nous observera. Si nous détruisons la médina, nous serons désinscrits. La vigilance doit être permanente », a-t-il insisté. Il annonce la mise en place prochaine d’une commission communale du patrimoine, pour une protection afin de valoriser et protéger cette richesse.

Pour réussir ce défi qui dépasse sa seule commune, le maire de Bambao ya Mboini Ali Nahouza se dit prêt à travailler en synergie totale. Il affirme être prêt à « travailler main dans la main avec la ville d’Iconi elle-même, ses notables, ses associations de femmes et de jeunes, et aussi avec les villes voisines de la région de Bambao ya Mboini qui sont prêtes également à s’engager ». Une démarche inclusive, selon lui, la protection, la propreté, la sécurité et l’accueil des visiteurs doivent donc se penser à l’échelle de tout le Bambao.

C’est sur la base de cette exigence et de cette union qu’il décline sa vision de développement en trois volets indissociables.

Le premier volet est culturel. Il s’agit de sauver l’âme matérielle et immatérielle de la médina. Sur le plan matériel, le maire prévoit la restauration programmée des mosquées du vendredi, des maisons en pierre de corail, des places publiques (bangwe) et autres.

Sur le plan immatériel, il veut sauver ce qui disparaît le plus vite. « Nous devons sauver ce qui ne se voit pas, les manuscrits arabes de nos bibliothèques privées, les généalogies orales, l’histoire de la ville, les chansons traditionnelles, le twarab ya zamani et la parole de nos fundi », nous confie-t-il. Un programme de bourses communales permettra de former une première promotion de jeunes d’Iconi comme guides-conférenciers certifiés.

Le deuxième volet est artisanal. Le maire refuse que la médina devienne un décor muséal vidé de ses habitants. Il veut en faire un centre de production vivant. Son projet phare est la création d’un village artisanal intra-muros et d’ateliers-écoles où les maîtres transmettront leur savoir aux jeunes déscolarisés. La broderie fine du kofia d’Iconi, la vannerie, la poterie, la menuiserie sculptée et la bijouterie traditionnelle seront relancées sous la forme de coopératives. Chaque objet authentique portera le label « Médina d’Iconi Patrimoine mondial », garantissant sa traçabilité et un revenu direct aux familles.

Le troisième volet est économique et touristique. Pour le maire, la conservation ne tiendra que si elle crée de l’emploi. « Sans retombées concrètes pour la population, la protection échouera », martèle-t-il. Il projette la mise en place d’une brigade communale de sécurité locale et de propreté, recrutée à Bambao pour mettre à l’aise les touristes et maintenir le site. Il prévoit d’accompagner les familles volontaires pour transformer leurs demeures en maisons d’hôtes aux normes afin que la rente touristique reste dans la communauté.

Il entend également créer un espace vert attractif sur toute sa région en commençant par Ikoni pour aller vers les villes voisines. « Un axe majeur portera sur la gastronomie comorienne, avec des formations qualifiantes en cuisine traditionnelle, en accueil et en langues à l’intention des femmes restauratrices », a-t-il déclaré. En soulignant que ces volets débuteront, avant tout, par une formation rigoureuse au sein de la ville afin de garantir un tourisme réussi et attractif.

En clôture, le maire a rendu hommage à « nos arrière-grands-parents qui ont protégé cette richesse » et à tous ceux qui ont porté le dossier jusqu’à Busan.

Cette fierté se retrouve chez la députée de l’île Mariama Ahamada Msa. Pour l’élue, « cette reconnaissance est une fierté pour toute la nation comorienne. Elle valorise, honore notre histoire, affirme notre identité et nous donne les moyens de transmettre à la jeunesse un avenir solide enraciné dans la culture ».

Interrogée par Masiwa, elle détaille sa méthode : travailler main dans la main avec la commune, les chefs de villages et les associations. Son plaidoyer portera sur la formation des guides, la création d’un centre d’interprétation au cœur des médinas, l’accompagnement des jeunes talents dans la restauration et l’hôtellerie pour accéder aux financements internationaux, le soutien à la création artistique et l’institution des Journées de la Médina.

Son combat le plus ferme reste budgétaire. Elle entend obtenir « une ligne budgétaire nationale dédiée à la restructuration de nos infrastructures patrimoniales », condition sine qua non pour assumer souverainement le cahier des charges de l’UNESCO.

De Busan à Iconi, le contrat avec l’histoire est scellé.

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