La guerre entre les États-Unis et l’Iran fait revenir la question de la vente du pavillon comorien à des acteurs officieux sur la scène publique. En effet, avec le blocage du détroit d’Ormuz, plusieurs bateaux avec le drapeau comorien ont été montrés passant le détroit avec l’accord des Iraniens, puis bloqués par la suite par les Américains. Pourtant, ces bateaux n’appartiennent pas à l’État comorien, mais à des organisations plus ou moins obscures. Autrefois, ils étaient employés en majorité pour « casser » les embargos décidés par les Nations unies sur les armes, aujourd’hui, ils permettent à certains États ou intermédiaires de contourner les embargos sur la vente de pétrole par la Russie ou l’Iran. Ils font partie de ce qu’on appelle « la flotte fantôme ».
Par MiB
Ce n’est pas la première fois que les bateaux battant pavillon comorien apparaissent dans l’actualité internationale. On peut rappeler qu’en 2010, parmi les bateaux qui tentent de briser le blocus israélien sur Gaza, il y en a un qui est immatriculé aux Comores : le Mavi Marmara, affrété par un armateur turc. Le bateau a été arraisonné en haute mer par l’armée israélienne et l’opération a fait plusieurs morts parmi les militants pour la paix qui se trouvaient à bord.

En 2013, un autre bateau avec le drapeau comorien a été saisi par les autorités yéménites et son équipage arrêté pour trafic d’armes. En 2025, un autre bateau immatriculé aux Comores, le Sea World, a été arraisonné par la Somalie avec des armes à bord. En janvier 2026, c’est la France qui arraisonne le Grinch transportant du pétrole russe… Dans la foulée de ce dernier scandale, sous la pression de la France, le gouvernement comorien avait fait une déclaration digne de Kafka annonçant la fin du pavillon comorien sur les bateaux étrangers et appelant, dans le même temps, tout bateau souhaitant obtenir ce pavillon à se rapprocher des autorités. Cette position incompréhensible voulait sans doute dire que l’État mettait fin à l’activité de l’intermédiaire étranger qui gérait le registre et prenait en main lui-même les immatriculations. Une opération qui avait déjà été réalisée en 2014 et qui a sans doute été remise en cause avec le retour d’Azali Assoumani en 2016. Avec les nouvelles découvertes, il semble que rien n’a changé et que les mécanismes de corruption dénoncés par la Cour des comptes en 2018 se perpétuent.
Les Comores font partie des pays qui vendent d’une manière complaisante leur pavillon. Cette pratique n’est pas nouvelle ni récente. Elle était déjà présente sous le président Ahmed Abdallah et, la société civile comorienne, notamment la diaspora, s’en est emparée pendant le premier régime d’Azali Assoumani, consécutif au coup d’État perpétré par ce dernier en 1999. Je me souviens que nous nous posions déjà la question qui est sur la table aujourd’hui, à propos de la vente du pavillon comorien : l’argent issu de la vente de ce pavillon est-il budgétisé ? Or, nous avions eu confirmation que l’argent n’arrivait pas dans les comptes officiels de l’État comorien. Comme il semble qu’aujourd’hui, le produit de ces ventes et leur renouvellement n’ont aucune ligne sur le budget de l’État.
Et si les fonds ne se retrouvent pas dans le budget national, il faudrait se demander qui les perçoit. Si l’Assemblée nationale jouait son rôle, si la soi-disant opposition au sein de cette Assemblée jouait son rôle, il pourrait se trouver au moins un député pour poser la question simple au ministre de l’Économie : où va l’argent de la vente du pavillon comorien ?
Pour moi, c’est un scandale aussi important que celui de la vente de la nationalité comorienne. D’une part, parce que la vente du pavillon comorien produit les mêmes effets que la vente de la nationalité comorienne par le président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi : des individus mal intentionnés s’en servent dans des opérations illégales et contribuent à donner au pays une image d’un territoire permissif, hors-la-loi, dans lequel contre de l’argent, on peut obtenir ce qu’on veut, contre l’honneur et la respectabilité de la nation. L’autre similitude est que l’argent produit par ces deux types de ventes n’est pas budgétisé et tombe entre les mains d’intermédiaires hors du pays et de quelques dirigeants comoriens mal identifiés. Peut-on imaginer que le chef de l’État actuel, en place de 1999 à 2006, puis de 2016 à 2026, ne sait pas où va l’argent de la vente du pavillon comorien et ne s’en préoccupe pas ? Pourtant, nous rappelons que ce même chef d’État a fait condamner à perpétuité, au cours d’une mascarade de procès, son prédécesseur pour la vente de la nationalité comorienne.















