La guerre en Iran provoque aux Comores files d’attente, pénurie de carburant ressentie, interdiction des bidons, commerçants bloqués à Dubaï, magasins vides pour l’Aïd. Le patronat réclame des stocks stratégiques.
Par Fatouma Ali Saïd Abdallah
À Moroni, capitale des Comores, la population vit dans un violent vent de panique depuis le début de la guerre en Iran. Du matin à la tombée de la nuit, les stations-service de l’île de Ngazidja voient affluer une foule d’automobiles faisant la queue pour espérer avoir du carburant. Certains arrivent en avoir tandis que d’autres repartent bredouilles.

Des véhicules personnels, des motards, des camions, des taxis-brousse et des mini-bennes se retrouvent alignés près des stations-service à la recherche de carburant.
À la station Bonzami, au sud de Moroni, les clients nombreux sont présents avant même l’arrivée du camion-citerne des Hydrocarbures. Ils patientent et s’interrogent sur la quantité. « Sera-t-elle suffisante pour nous tous ? Ou non ? Le plus difficile est de faire la queue et d’arriver à son tour et constater qu’il n’y a plus de carburant », a déploré Ali M’bae, un taximan sur la ligne ligne Moroni-M’dé.
Hassani Soilihi, un autre taximan insiste lui sur la souffrance quotidienne à laquelle il fait face dès le début de la guerre en Iran. « Dès que la guerre en Iran a été déclenchée, le carburant est devenu un trésor. Nous faisons la queue du matin au soir et, quand arrive notre tour, on nous dit qu’il n’y en a plus. Et si l’on décide d’aller dans une autre station-service, on ne trouve plus rien. Et le gouvernement affirme qu’il n’y a pas de pénurie de carburant alors que sur le terrain, on n’en trouve pas », a-t-il précisé avec un ton colérique.
Suite à un incendie, à Moroni survenue à cause des bidons remplis de carburant, la Procureure de la République, Saïdatte Fatouma Saïd Boina, a fait une note écrite interdisant la vente de carburant dans des bidons. Cette décision officielle est perçue comme une « sanction non raisonnable » par la population. « L’interdiction de la vente de carburant dans des bidons est une décision irrationnelle. Car je peux amener ma voiture rechargée à pleine et une fois dans mon foyer, retirer le carburant de ma voiture et verser dans des bidons », a expliqué un chauffeur de taxi-brousse.
L’État rassure le peuple
Le gouvernement comorien rassure le peuple comorien atteint par les souffrances qu’il vit au quotidien dans les stations-service. Or, Damir Ali, le directeur adjoint de la Société des Hydrocarbures, a affirmé qu’il n’y a pas de pénurie de carburant et qu’il continue d’alimenter toutes les stations-service. « Il n’y a point de pénurie de carburant. La preuve est que nous nous alimentons tous les jours les stations-service », a-t-il déclaré. Il ajoute même qu’ « un autre bateau d’approvisionnement est entendu dans les prochains jours “.
Face aux tensions à Dubaï, le gouvernement comorien recense ses ressortissants via une cellule de crise. Mbae Mohamed, ministre des Affaires étrangères, a affirmé dans un point de presse tenu dans au ministère de travailler avec les autorités émiraties et les compagnies aériennes afin d’organiser leur rapatriement lorsque la sécurité sera garantie.
« Nous avons activé une cellule de crise pour recenser et assister nos ressortissants bloqués, en coordination avec nos partenaires », a déclaré Mbae Mohamed, ministre des Affaires étrangères, lors d’un point de presse.
Guerre en Iran, une IDI bafouée aux Comores
Les commerçants comoriens bloqués à Dubaï, en Chine et ailleurs à cause de la guerre du Moyen-Orient constituent un défi majeur pour l’Aïd aux Comores.
Face à ces attentions, la population comorienne vit très mal la situation et est particulièrement touchée plus précisément pendant le mois de Ramadan et à l’approche de l’Aïd.
Les mères de famille ont sonné à plusieurs reprises l’alarme au cours du mois de Ramadan en affirmant ne rien trouver de nouveau dans les magasins de la capitale pour faire briller l’Aïd de leurs enfants. « À cause de cette guerre, aucune compagnie aérienne n’ose faire voler ses avions. Par conséquent, nos commerçants sont bloqués à l’étranger et on ne trouve rien de nouveau dans les boutiques », déplorait Asma Mfaoumé venue à Moroni avec ses deux enfants avec l’espoir de trouver de beaux vêtements pour l’Aïd.
Pour Nasma Boina, 45 ans, mère de cinq enfants, a fait le tour de Moroni à la recherche des beaux vêtements pour ses enfants, en vain. « C’est la troisième fois que je descends à Moroni et je ne trouve rien de nouveau. Les magasins n’ont rien de nouveau pour l’Aïd. Les commerçants sont tous bloqués à l’étranger à cause de la guerre de l’Iran et nous, on ne trouve rien de nouveau », confiait-elle.
Hamidou Mhoma, le patron de GRAPHICA, vice-président de la Nouvelle OPACO (Organisation Patronale des Comores) et élu de la Chambre de Commerce, affirme que « très dépendantes du Moyen-Orient pour son pétrole et ses importations, les Comores risquent pénuries et flambée des prix”. Il appelle à constituer urgemment des stocks stratégiques.














