Cette année, 65% des élèves de CM2 ont réussi l’examen d’entrée en 6e. Pourtant, ce chiffre qui vient sanctionner la formation de base des enfants est bien bas. Il reflète surtout l’échec de l’école publique.
Par Mahmoud Ibrahime
L’examen d’entrée en 6e, aux Comores, est un moment clef pour les enfants qui sont en CM2. Peu importe quel a été leur parcours en primaire, s’ils ont été parmi les meilleurs chaque année ou pas. Peu importe, s’ils ont acquis les compétences nécessaires pour continuer leur formation. À l’âge de 10 ans, ils jouent leur destin avec un examen terminal qui ne tient pas compte de ce qu’ils ont fait pendant toute l’année.

Un niveau bas, sauf pour l’enseignement privé
Pour la session de 2025, au niveau national, 21.656 enfants participaient à cet examen et 14256 l’ont décroché, soit 65,83% d’entre eux. On peut remarquer que les filles sont un peu moins de la moitié (49,39%) des candidats, mais qu’elles sont plus nombreuses (environ 53%) à réussir cet examen cette année dans l’ensemble du pays.
Les statistiques produites par les services du ministère de l’Éducation nationale indiquent que les élèves des écoles privées (75,67%) réussissent mieux que ceux des écoles publiques (60,10%) et c’est une des leçons que nous pouvons retenir à l’issue des délibérations de cet examen dont l’utilité n’apparait toujours pas évidente. Partout dans toutes les régions du pays, sauf une (Uziwani), le taux de réussite des écoles privées est plus élevé que celui du public.
Ce chiffre de 65,83% de réussite au niveau national laisse toutefois transparaitre des disparités entre les îles. L’île qui a présenté le moins de candidats (1847) est celle qui a le taux de réussite le plus élevé (74,17%), Mwali. L’île qui a présenté le plus de candidats, Ngazidja (11396 candidats) et celle où le taux de réussite est le plus bas (62,86%). Et donc, l’île d’Anjouan se situe entre les deux avec 8413 candidats et 68,03% de réussite.
Une réussite des écoles privées et hors des grandes agglomérations à Anjouan
Dans cette île, les chiffres laissent voir que la réussite est surtout portée par les écoles privées. Celles-ci dépassent largement les écoles publiques, et cela dans les neuf circonscriptions scolaires. Curieusement, la région où l’écart entre le privé et le public est le plus grand est celle du chef-lieu, Mutsamudu. Dans cette circonscription, les écoles privées connaissent un taux de réussite de 87,26% alors que ceux du public ne sont qu’à 50,61%. Il y a même trois écoles privées (Bahati, Fayna et Halibou School) qui font 100% de réussite alors que, dans le public, aucune n’atteint ce taux.
La région de Wani n’est pas loin, avec un taux de réussite général qui est de 67%, alors que le taux dans les écoles privées atteignent plus de 88% et celui des écoles publiques environ 58%. Quatre écoles privées de la circonscription de Wani (EPAJ, GS Avenir Wani, GSD Plus, Lama Yacoub) font 100% de réussite et aucune dans le public.
L’île présente deux régions où les résultats sont les plus élevés : celle de Bambao-Cuvette et celle de Nyumakele 2 qui ont obtenu chacune plus de 79% de réussite. Dans les deux régions, les écoles privées font quasiment le plein avec plus de 94% pour chacune. D’ailleurs, il y a dans chacune de ces régions deux écoles qui ont fait 100% et ce sont toutes des écoles privées (La Pépinière et La Découverte 2 d’une part et d’autre part GS Génération 2000 et le GS Le Grenier pour Nyumakele 2). Au total, ce sont 24 écoles qui ont réussi l’exploit de faire 100% et parmi ces 24 établissements, seulement deux sont des écoles publiques. Elles se trouvent toutes les deux dans la circonscription de Nyumakelé 1 (Bandrakuni et Mremani Stade). Mais, c’est aussi dans cette dernière région qu’on trouve les deux écoles qui ont le taux de réussite le moins élevé à Anjouan : 25% (EPP Daji et EPP Hada 1), toutes les deux dans le public.
Des taux de réussite décevants à Ngazidja
Dans l’île de Ngazidja, le taux de réussite à l’examen de 6e est de 62,46%, mais ce taux cache de fortes disparités régionales. Sur les 16 circonscriptions scolaires, un tiers (5 au total) présente un résultat inférieur à 50% : Uziwani (47,70%), Itsandra 1 (46,97%), Sembenua (46,52%), Pimba (45%), Mbwanku (33,21%). On constate facilement que, sans les réussites des écoles privées dans ces régions, les résultats seraient encore plus catastrophiques, à part à Uziwani, où la part du public (49%) dépasse celle du privé (45%). On peut ainsi relever que, dans le Mbwanku, la région qui a le résultat le plus bas à Ngazidja, le privé est à 53,49%, tandis que le public est à 23,91%. C’est dans cette région du Mbwanku que se trouvent les écoles qui ont les taux de réussites les plus bas de tout le pays : 15,15% à Shezani et même 10,53% à Madjeweni. Dans l’Itsandra 1 (sud), le rapport est de 62,50% pour le privé et 41,67% pour le public. Le taux le plus bas revient à une école publique, celle de Sima (23,81%). Dans l’Itsandra 2, la circonscription n’atteint les 50% (exactement 50,08) que grâce à l’apport des écoles privées (62,35%) alors que les résultats du public sont loin derrière (45,56%). Là, aussi le taux le plus bas revient à une école publique, celle de Bwenindi, 20%.
Alors qu’il y a plus d’écoles à Ngazidja qu’à Anjouan, il y a moins d’écoles qui totalisent 100% d’élèves qui réussissent dans la plus grande et plus peuplée des îles. Cela représente 14 écoles à Ngazidja, dix de moins qu’à Anjouan. Sur ces 14, il n’y a que cinq écoles publiques.
À Mwali, des résultats plus élevés et plus équilibrés
Les régions qui connaissent les forts taux de réussite à Ngazidja sont : Dimani (84,97), Fumbuni (84,60), Washili (82,15), Mbude (72,06), Dembeni (70,14), Hamahame (68,35%). On peut remarquer que ce sont des régions situées à l’est de l’île. La capitale, Moroni, avec son 61,02% n’atteint pas le niveau de Ngazidja (62,86%) ni même le niveau national (65,83). Là aussi, ce sont les écoles privées qui permettent à la capitale d’atteindre ce niveau. En effet, les écoles privées ont un taux de réussite 68,38% alors que les écoles publiques ont un taux inférieur à 50% (exactement 44,41%). Dans tout Moroni, il n’y a qu’une seule école qui fait 100%, c’est l’école privée Mouinat.
À Mwali le taux de réussite est à 74,17%, les trois circonscriptions scolaires connaissent des taux de réussite très élevés, que ce soit dans le privé ou dans le public. Même si les écoles privées sont ici aussi devant les écoles publiques. L’écart le plus important entre le privé et le public s’observe dans la circonscription de Dewa Mwambasa où les écoles privées ont un taux de réussite de 87,20% et les écoles publiques uniquement de 57,14%.
Il y a à Mwali cinq écoles qui ont 100% de réussite, elles se répartissent entre le privé (EC Éducation de Qualité, Green School, Noor l’hair, ) et le public (Hoani, Itsamia).
Au vu des statistiques sur la réussite de l’examen de passage en 6e, on peut constater que d’une manière globale, les résultats sont plus probants dans les régions éloignées des grandes agglomérations. Même si certaines régions dites de la « campagne » (comme le Mbwanku) présentent des résultats très faibles. Mais, on peut constater que Moroni, Mutsamudu, Wani ou même Itsandra ont des taux relativement faibles. Cela pourrait prêter à sourire s’il ne s’agissait pas de l’avenir des enfants, puisque cet examen a été créé sous la colonisation pour sélectionner dès la classe de CM2 les enfants des notables des grandes villes dont la colonisation voulait se faire l’allié. On constate aujourd’hui que ce sont surtout les enfants de ceux qui ont l’argent (que ce soit en ville ou à la campagne), qui peuvent fréquenter les écoles privées, qui réussissent le mieux.
En effet, la leçon à retenir, c’est que les écoles privées forment mieux les enfants aux savoirs de base dans les classes de primaires. C’est un constat qui doit plus que jamais interrogé le ministère de l’Éducation nationale et tous ceux qui disent souvent que les écoles privées qui ne respectent rien. C’est sans doute le cas pour certaines, mais dans beaucoup d’écoles publiques, c’est pire.
Les statistiques des réussites de l’examen de 6e posent aussi la question de l’utilité de cet examen qui stresse des enfants de 10 ans, qui prend beaucoup de temps des professeurs à la fin de l’année et qui est budgétivore.
En effet, quand on interroge les enseignants et les inspecteurs, on apprend que, théoriquement, s’ils ont raté l’examen, ils doivent redoubler et le repasser. Dans la réalité, les pratiques ne sont pas les mêmes, d’une région à une autre et surtout s’ils sont dans une école privée ou une école publique. Certaines écoles font redoubler ceux qui ont échoué à l’examen et d’autres prennent en compte le bulletin scolaire de l’année pour décider d’un passage en 6e ou pas. Ce qui est certain c’est que les pratiques sont très différentes et que l’examen de 6e ne sert pas à orienter les élèves au collège. Il ne sert à rien.
L’argent gaspillé à cette occasion pourrait être donné sous forme de prime aux enseignants de CM2, qui seraient chargés d’évaluer dans leurs propres classes le niveau réel des élèves qui partent en 6e pour mieux les prendre en main au collège.















