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jeudi 15 octobre 2026 | Édition n° 601 | Moroni, Union des Comores
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Mahamoud Hafi dénonce l’argent sale au sein de la CRC

Lecture 9 min

La Convention pour le Renouveau des Comores (CRC) nous a habitués aux coups d’éclat et aux opérations de corruption, notamment d’électeurs, mais quand c’est un éminent membre du parti qui, de l’intérieur, dénonce une « machine » à blanchiment d’argent sale, c’est la stupéfaction générale.

Par MiB

Mahamoud Hafi, membre éminent du parti CRC, ancien ministre et ancien Secrétaire général adjoint du gouvernement, était l’invité d’Oubeidillah Mchangama dans l’émission « Face à Face » diffusée sur FCBK FM le 18 septembre 2026. L’homme politique, qui est un proche d’Azali Assoumani depuis de nombreuses années et possible candidat à la présidentielle de 2029, est venu dans l’émission avec la ferme intention de pointer du doigt les pratiques financières de son parti politique. Il avait préparé un document qui semble être un relevé bancaire du compte de la CRC à Exim Bank. Sans qu’aucune question précise à ce propos ne lui soit adressée, il a sorti plusieurs feuillets, les a montrés à Oubedillah Mchangama et les a lus en s’interrogeant et en prenant à témoin le journaliste.

Une machine à laver l’argent sale

L’ancien ministre évoque des opérations bancaires qui auraient été effectuées entre 2023 et 2025 sur Exim Bank. Il note, entre autres, que des sommes faramineuses (de l’ordre du milliard de francs comoriens) entrent dans un compte du parti CRC et en sortent à destination d’individus, sans que l’on sache d’où provient cet argent. Il s’arrête parfois et s’étonne lui-même en cherchant l’approbation du journaliste : « Où avons-nous trouvé de telles sommes d’argent ? » et il ajoute : « Le compte bancaire de la CRC est devenu comme une machine à laver », accusant ainsi son parti de blanchir de l’argent sale.

Mahamoud Hafi indique à Oubeidillah Mchangama que cet argent n’est que de passage dans le compte de la CRC, et qu’il repart sur des comptes de personnes dont il ne révèle pas les noms. Le journaliste feint de ne pas comprendre : « Vous voulez dire que cet argent n’a pas été utilisé en faveur du parti ? » et la réponse est sans appel : « Non ».

L’ancien directeur de l’ORTC tient à garder anonyme les destinataires de ces sommes, seulement il rappelle que seules deux personnes sont habilitées à faire des opérations sur les comptes de la CRC, à savoir son Secrétaire national, Youssouffa Mohamed Ali dit Belou, également chargé de la Défense nationale et la responsable des Finances, Najda Said Aballah, actuellement directrice de la SONEDE.

À entendre deux fois le nom de Najda Saïd Abdallah cité par Mahamoud Hafi, les « followers » de FCBK FM ont dû se rappeler que le média en ligne Comores-Infos avait révélé, en juin 2025, que 19 millions de francs comoriens, en liquide, ainsi que de l’or avaient été volés chez Najda Saïd Abdallah, qui cumulait alors ses fonctions de chargée des Finances de la CRC avec la Direction du Plan. De nombreux Comoriens s’étaient alors interrogés sur la présence d’une telle somme au domicile de cette femme nouvellement arrivée en politique et directement placée comme responsable des finances du parti gouvernemental.

Ni Azali ni son fils

Dans tous les cas, Mahamoud Hafi est catégorique : « Ils n’osent pas faire un audit financier, car ils savent qu’il y a des affaires qui ne sont pas propres ». Tout en dénonçant ce qu’il appelle de « mauvaises pratiques » (« twabiya mbi » en shikomori), il cherche à tout prix à préserver l’image du chef de l’État. Ainsi, il affirme qu’« Azali voulait mettre fin à la corruption, mais derrière lui, des gens font le mal, et il y a pire que cela ». Il affirme aussi, sans ambages, qu’Azali Assoumani n’est pas du tout au courant de ces « lavages » d’argent sale.

Il fait même semblant de ne pas comprendre pourquoi le Gouverneur de la Banque centrale, Inoussa Imani, dont il rappelle qu’il est membre fondateur de la CRC, voyant ces mouvements suspects, n’a jamais informé le chef de l’État, président d’honneur du même parti.

Durant cet entretien, Mahamoud Hafi a cherché à tout prix à ne pas mettre en cause, Nour el Fath Azali, fils du chef de l’État, Secrétaire général du Gouvernement et également Secrétaire national adjoint, celui qui a véritablement pris en main la direction du parti depuis le Congrès d’août 2023 et a placé dans le bureau de nouvelles personnalités en écartant les cadres historiques, souvent compagnons de son père. Il n’est donc pas possible de mettre en cause des pratiques financières au sein de la CRC et faire semblant de croire que Nour el Fath Azali n’a rien à voir ou n’est pas au courant. Mais, à chaque fois que le journaliste a mis sur la table le nom de ce dernier, l’ancien ministre a indiqué qu’il ne souhaitait pas parler de lui.

Les menaces d’Exim Bank

On pouvait s’attendre à une réaction de la Banque centrale, dont le gouverneur a été mis en cause, mais, c’est Exim Bank qui a réagi par un communiqué ambigu et qui, à part, menacer les journalistes de la place qui voudraient diffuser le message délivré par Mahamoud Hazi n’apporte aucune réponse aux accusations de blanchiment d’argent.

Exim Bank laisse planer un doute quant à « l’existence supposée d’un compte bancaire ouvert au nom de la Convention pour le Renouveau des Comores (CRC) », alors qu’elle pouvait simplement affirmer que ce compte n’existe pas. Elle annonce qu’elle a demandé à ses avocats de porter plainte contre ceux qui ont diffusé des informations sur des opérations de blanchiment au sein de cette banque et sur les journalistes qui en parleraient. Mais, on peut penser que Mahamoud Hazi, en véritable joueur d’échecs, a déjà prévu ce coup et a d’autres révélations à faire, ce qui devrait tempérer quelque peu les émotions des dirigeants d’Exim Bank.

Les conséquences des luttes internes

En réalité, cette deuxième sortie de Mahamoud Hafi en quelques semaines est probablement motivée par des tensions internes qui n’en finissent pas au sein de la CRC et qui ont vu l’exclusion de cadres éminents et membres fondateurs du parti pour ouvrir le chemin au fils du chef de l’État, Nour El Fath Azali. Ce dernier, avec le terme de « Renouveau » entend depuis trois ans remplacer progressivement les compagnons de son père par des plus jeunes qui lui seraient redevables de leur ascension. Certains anciens cadres comme Houmed Msaidié ou Hamada Madi Boléro donnent l’air d’avoir accepté le nouvel ordre des choses, d’autres, comme l’ancien ministre des Finances, Saïd Ali Chayhane se sont écartés du parti et d’autres, comme Mahamoud Hazi, et probablement d’autres cadres anjouanais de la CRC, ont sans doute décidé, à l’approche de la présidentielle de 2029, qui doit se dérouler à Anjouan de résister et tentent de récupérer le parti.

Dans cette perspective de récupérer le parti avant les élections de 2029, Mahamoud Hazi n’hésite pas à rappeler que le mandat du bureau actuel est arrivé à terme « depuis le 23 août » (NDLR : En réalité depuis le 13 août 2026). Durant l’émission, il a d’ailleurs lancé aux banques, comme un avertissement : aucun des membres du bureau actuel du parti n’a une légitimité pour effectuer des opérations sur les comptes de la CRC.

Il a aussi fait appel à tous ceux qui ont été écartés, même à Saïd Ali Chayhane, qui vient de fonder son parti (AGIR) à revenir pour que le parti se retrouve avant les élections.

En face, quarante-huit heures après leur mise en cause nommément, ni le Gouverneur de la Banque centrale, Inoussa Imani, ni Youssouffa Ali Belou, ni Najda Saïd Abdallah n’ont réagi publiquement pour essayer de se défendre ou nier les accusations portées contre eux.

Au mois de juillet dernier, toujours devant Oubedillah Mchangama, Mahamoud Hafi avait affirmé que la quasi-totalité des ministres avaient signé une pétition remise au chef de l’État pour demander le départ de ses fonctions du SGG, Nour El Fath Azali. La réaction a été si timide que l’opinion publique n’a pas douté des paroles de l’ancien ministre.

Il serait de bon ton de rappeler aux dirigeants actuels de la CRC et du gouvernement qu’ils ont exhumé une Cour de sûreté de l’État qui n’existait plus dans l’ordre juridictionnel, qui est contraire aux lois comoriennes et aux engagements internationaux du pays (« L’État comorien condamné par la Commission africaine des Droits de l’Homme et des peuples », Masiwa n°594 du 10 août 2026), qu’ils ont rétabli « la haute trahison » pour condamner un ancien chef de l’État (Ahmed Abdallah Mohamed Sambi) à une peine à perpétuité pour des faits de corruption supposée.

Aujourd’hui, c’est un membre influent du même parti qui dénonce la corruption et le blanchiment d’argent au sein de leur parti.

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