Dans les rues de Moroni, l’inquiétude des Comoriens face au conflit en Iran est palpable : crainte de hausse des prix (carburant, marchandises importées), souci pour les proches au Moyen-Orient, appels à la retenue diplomatique et attention aux effets concrets sur le pouvoir d’achat et les liaisons.
Propos recueillis par Fatouma Ali Saïd Abdallah
Nour Saïd, mère de famille comorienne

« Nous sommes inquiets pour nos enfants, étudiants à l’étranger. Nous avons ras-le-bol de n’entendre que des mots là où l’on attend des décisions visibles. Mes enfants étudient à l’étranger, dans une région déstabilisée par la guerre impliquant l’Iran, et le gouvernement affirme dans les médias « prendre des mesures » : sécurisation, contacts consulaires, aide éventuelle, suivi des étudiants. Mais rien n’est nommé, affiché, ni prouvé. Que recouvre cette promesse ? Rien n’est justifié. Aucune note officielle décrivant des critères ou des étapes, et les familles restent dans le flou. Je dénonce le même écart sur l’essence à Moroni : les autorités nient toute pénurie, or la réalité du terrain est tout autre. Ces paroles répétées, sans actes vérifiables ni traces écrites, fatiguent et inquiètent. Je réclame des actions précises, rendues publiques, contrôlables, qui protègent vraiment les étudiants comoriens et sécurisent la vie quotidienne, pas des communiqués destinés à calmer sans changer quoi que ce soit. »
M’ze Saïd Youssouf
Patron de l’entreprise de la Ferme Avicole II. Éleveur de vaches laitières et de poules pondeuses, il produit et vend du lait de vache et des œufs.
« La guerre en Iran ne devrait pas causer de difficultés aux Comores. Nous sommes dans l’océan Indien. En ce qui concerne les bateaux de marchandises, ces bateaux nous proviennent de Tanzanie. Et en Tanzanie, il n’y a pas de problème. Le vrai souci pourrait se poser sur l’énergie. Or, il existe d’autres zones près de chez nous qui vendent de l’énergie. »
Dr Mohamed ABDOURAZAK
Médecin référent VIH-SIDA et hépatites virales. Praticien dans le groupe médico-chirurgical (GMC)

« Si une guerre impliquant l’Iran venait à perturber gravement les routes maritimes et aériennes mondiales, les Comores, en tant que petit État insulaire fortement dépendant des importations, subiraient très probablement des conséquences sanitaires significatives. Il y aura une rupture d’approvisionnement en médicaments et intrants médicaux et détérioration des programmes de santé publique.
Les intrants, les tests de diagnostic viendraient à manquer, exposant la population à une recrudescence de différentes maladies endémiques.
Les pénuries de produits essentiels mettraient en danger les mères et les nouveau-nés.
Le manque de consommables (gants, masques, désinfectants) compromettrait les soins de base et la prévention des infections nosocomiales.
Les pièces de rechange pour les appareils (oxygène, radiologie) deviendraient indisponibles et réduiraient les capacités de diagnostic et de traitement.
Les médecins et infirmiers, déjà en nombre limité, seraient submergés par une demande accrue sans moyens suffisants, ce qui pourrait entraîner un épuisement professionnel et une baisse de la qualité des soins.
Il y aura des conséquences indirectes sur la santé, car les Comores importent presque tout. Une perturbation des importations entraînerait une hausse des prix et une malnutrition, affaiblissant la résistance aux maladies.
Ainisi, si les produits de traitement de l’eau (chlore, entre autres) viennent à manquer, le risque de maladies hydriques (choléra, diarrhées) augmenterait.
En conclusion, une guerre en Iran, en perturbant le commerce mondial, aurait des répercussions en cascade sur la santé publique aux Comores, allant de la pénurie de médicaments à la dégradation des conditions de vie. Les Comores, comme d’autres pays vulnérables paieraient un lourd tribut à un conflit auquel elles ne sont pas parties prenantes. »
Maître MZE SOILIHI Kaambi
Avocat au Barreau de Moroni.

Le conflit impliquant actuellement l’Iran s’inscrit dans une dynamique de tensions géopolitiques majeures qui dépassent largement les frontières du Moyen-Orient. Dans un monde interdépendant, même des États éloignés du théâtre des opérations, comme l’Union des Comores, peuvent subir les effets indirects de cette crise.
La première conséquence potentielle concerne l’économie. Les tensions militaires dans la région du Golfe, zone stratégique pour l’approvisionnement énergétique mondial, provoquent souvent une hausse des prix du pétrole. Or, les Comores dépendent entièrement de l’importation de produits pétroliers. Une augmentation durable des prix de l’énergie se traduirait inévitablement par une hausse du coût du transport, de l’électricité et des produits de première nécessité, aggravant ainsi les difficultés sociales déjà présentes dans l’archipel.
Sur le plan diplomatique, la situation exige une grande prudence. L’Union des Comores entretient des relations étroites avec plusieurs pays du Moyen-Orient et du Golfe.
Dans un contexte international marqué par une forte polarisation, chaque prise de position peut être interprétée comme un alignement politique. La diplomatie comorienne doit donc préserver un équilibre subtil afin de défendre les intérêts nationaux tout en restant fidèle aux principes du droit international et à la promotion de la paix.
Par ailleurs, la position géographique des Comores dans l’océan Indien confère à l’archipel une importance stratégique sur les routes maritimes reliant l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique. Toute perturbation durable du commerce maritime pourrait affecter l’approvisionnement du pays et renchérir le coût des échanges commerciaux.
En définitive, si l’Union des Comores n’est pas directement impliquée dans ce conflit, elle ne saurait rester totalement à l’abri de ses répercussions. Les enjeux pour notre pays seront principalement économiques et diplomatiques. Dans ce contexte incertain, la prudence, la stabilité et l’attachement au droit international doivent rester les principes directeurs de l’action publique.

Saïd Youssouf Soilihi (Anta)
Citoyen et enseignant à l’école primaire.
« La guerre impliquant l’Iran ferait grimper carburant et fret, ce qui rend plus coûteuses les importations comoriennes et comprime les marges des exportateurs. Avec une balance commerciale déjà déficitaire, le pays aurait moins de devises pour importer emballages et intrants, fragilisant qualité et régularité. La dépendance à quelques produits bruts et à des routes maritimes lointaines amplifie le risque. Les Comores, nous dépendons de l’extérieur pour tout : la nourriture, l’énergie et surtout la santé publique. Car nombreux sont les Comoriens et Comoriennes qui quittent massivement notre pays pour aller ailleurs à la recherche de soins médicaux. Avec cette guerre nous sommes perdus. »














