Par Said Yassine Said Ahmed
Deux piliers fondamentaux assurent la stabilité d’une nation : la justice et la communication. Lorsqu’ils vacillent, l’État se fragilise. Lorsqu’ils sont volontairement affaiblis, le pays s’expose au chaos.
Aux Comores, de nombreuses voix dénoncent aujourd’hui un pouvoir qui soumet la justice, dévalorise la communication publique et entretient un climat de désordre permanent. Au centre de ces critiques figure le Secrétaire général du Gouvernement, Nour El Fath Assoumani Azali, présenté comme l’héritier politique direct de son père, Assoumani Azali. Selon plusieurs observateurs, cette nomination ne relèverait pas seulement de la continuité, mais d’une stratégie visant à verrouiller durablement l’appareil de l’État. Un Secrétaire général itinérant, instable dans ses fonctions, incapable de donner du sens à son poste et qui se comporte comme un chef d’État en campagne permanente pour sa propre réélection.

Deux climats, un même pays
Les Comores évoluent désormais sous deux réalités parallèles. D’un côté, une anarchie au sommet du pouvoir, marquée par l’opacité, l’arbitraire et l’absence de redevabilité. De l’autre, une tyrannie ressentie par la population, dans laquelle les menaces, les intimidations et les discours agressifs participent à l’instauration d’un climat de peur. Dans les cercles du pouvoir, Nour El Fath Assoumani Azali exerce une influence démesurée, distribuant faveurs et sanctions sans cadre clair. Cette concentration du pouvoir contribue à la dégradation profonde de la gouvernance, un boulevard tracé par ses actions, conduisant les Comores droit vers un chaos parfait.
Quand les ministres sont réduits au silence
Autre symptôme de cette crise institutionnelle : le rôle effacé des membres du gouvernement. Dépourvus d’indépendance et parfois même de maîtrise de leurs propres dossiers, plusieurs ministres apparaissent comme de simples figurants. Incapables de défendre les actions gouvernementales ou de répondre aux interrogations légitimes de la population, ils optent soit pour un silence total, soit pour une disparition prolongée de la scène publique. Cette situation alimente le sentiment d’abandon ressenti par les citoyens, déjà confrontés à des difficultés économiques majeures, notamment l’accès à l’eau potable, à l’électricité et aux ressources de base.
Jeunesse instrumentalisée pour un chaos parfait
Le chaos n’est pas accidentel, mais méthodiquement entretenu par le régime en place. Dans différentes régions, des groupes composés de jeunes et de moins jeunes acquis au pouvoir, forment une sorte de garde informelle chargée de défendre un système qualifié de kakistocratique, un pouvoir exercé par les moins compétents et démolisseur. Ce pouvoir est décrit comme stérile, sans vision politique claire, davantage préoccupé par les privilèges, les festivités et les dérives que par le développement national. Dans ce contexte, les promesses liées aux ressources pétrolières apparaissent, pour beaucoup, comme un mirage ayant surtout contribué à engourdir la conscience politique. Cette catégorie d’hommes, façonnée et recyclée par le pouvoir sous la direction de Nour El Fath, insulte, menace et promet la destruction en toute impunité. Protégés et encouragés par le régime, ils agissent au mépris total de la justice, transformant le pays en un terrain de terreur et de chaos organisé.
« Un avenir sous tension »
L’utilisation présumée de la jeunesse comme instrument de pression ou de confrontation inquiète profondément. Cette stratégie risque d’aggraver les fractures sociales et de compromettre durablement la stabilité du pays, comme l’espèrent Nour El Fath et la dynastie. Le silence de la classe politique, surtout celle du pouvoir, face aux menaces, à la terreur et aux violences du groupe de défense de Nour El Fath, scelle la condamnation de l’État. Tandis que Loukmane Azali déchaîne son commando de répression, Nour El Fath orchestre son groupe de propagande comme une armée invisible, semant la peur, étouffant toute opposition et écrasant la justice sous ses bottes. Face à cette situation, même certains soutiens historiques du régime, y compris d’anciens proches de l’ancien président, choisissent aujourd’hui la retenue et la soumission, courbant l’échine devant un pouvoir devenu imprévisible. Élisant domicile sous les pieds du fils du président, ils sèment la terreur en toute impunité, choyés et armés par le pouvoir, foulant la justice au sol comme un vulgaire obstacle.















