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Violences contre les enfants et les femmes

 

Le 20 novembre marque l’anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant et le 25 novembre c’est la Journée Internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes. Pour ces deux occasions, les hauts cadres du Système des Nations Unies aux Comores (Mariame Sylla pour l’UNICEF, Edith Boni-Ouattara pour l’UNFPA et Katherine Granja pour le PNUD) tenaient une conférence de presse le jeudi 11 novembre dans ses locaux à Hamramba. Cette rencontre dénommée « Café média » veut, dans le cadre de la pandémie mondiale, mettre en lumière les problèmes critiques affectant la vie des enfants dans le monde, la discrimination à l’égard des femmes et promouvoir l’idée que parler de violence faite aux femmes n’est plus un tabou au pays. Par Hachim Mohamed

À en croire la Représentante résidente de l’UNICEF assurant l’intérim du Coordonnateur Résident du Système des Nations unies, Mariame Sylla, l’État doit donc faire face à des défis nouveaux compte tenu de l’impact de la covid19 sur les enfants. C’est une situation d’inquiétude qui se traduit, selon elle, par la flambée de violence basée sur le genre, et la recrudescence de violences perpétrées contre les enfants.

5% d’enfants meurent avant l’âge de 5 ans

Selon l’Unicef, les Comores disposent d’un système de santé peu performant nonobstant une réduction graduelle de la mortalité infanto-juvénile avec la vaccination à hauteur de 91% .

Sous ce rapport, 5 enfants sur 100 meurent avant l’âge de 5 ans, 48% d’entre eux décèdent les premiers 28 jours de vie et la malnutrition touche un enfant sur trois.

À l’échelle de l’habitat, 16% de la population possède un dispositif pour les lavages de mains avec l’eau et savon et moins de quatre ménages sur 10 ont accès aux toilettes hygiéniques, la majorité ayant recours à des fosses d’aisances sans dalle ou avec un trou ouvert.

S’ajoutent dans ces conditions d’habitation de faibles résultats d’apprentissage, un nombre croissant d’enfants non scolarisés, préscolaires (33%) sans compter les mariages précoces chez les filles âgées de 15 à 19 ans (20%), 6% avant l’âge de 15 ans ou encore la qualité de l’eau et la fiabilité des approvisionnements qui pèchent.

C’est vrai que de nombreuses communautés de Ngazidja dépendent de l’eau de pluie, les installations ne sont pas protégées et d’importantes pénuries d’eau surviennent pendant la saison sèche.

Conscient du levier de développement que joue l’éducation, 81% des enfants sont inscrits à l’école primaire avec un taux d’accès à l’école de 110,6% en 2017, mais sans faire abstraction dans cette dynamique du taux de perte d’effectifs scolaires qui est passé au fil des années de 106,2% en 2014 à 92,2% en 2017.

La prévalence de la violence basée sur le genre notamment la violence sexuelle

La campagne pour l’élimination de la violence faite aux femmes ne date pas                                                                                                                                                         d’aujourd’hui. Elle fut lancée en 2008.

17 % de femmes comoriennes sont victimes de violence au moins une fois dans leur vie et en cas d’agression 61% d’elles sont restées sans aide.

Les centres d’écoute au niveau national ont reporté et pris en charge 2251 cas de viols, dont 413 en 2016, 560 en 2017, 698 en 2018, et 580 en 2019.

Ces femmes victimes de violence étaient 824 en 2021 contre 274 en janvier 2020. Si pour la coordinatrice Mariame Sylla, l’Unicef a pris acte de l’ampleur d’un défi qui dépasse le cadre national et a réclamé par l’implication des acteurs nationaux et internationaux la nécessité d’assurer une prise en charge des survivants de violences et de résorber les pratiques néfastes des mariages des enfants.

Cela interpelle d’autant plus dans l’opinion publique qu’en prélude aux 16 jours d’activisme autour de la Convention internationale des Droits de l’Enfant et de la Journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes, le ministre de la Justice, Djaé Ahamda Chanfi, a balayé d’un revers de la main ces défis majeurs auxquels sont confrontés les enfants et les femmes, le 16 novembre au Commissariat à la Solidarité et à la Promotion du Genre.

« On m’a parlé récemment dans mon bureau de mineurs abandonnés. Pourquoi on ne crée pas un centre d’accueil pour mineurs chez nous ? Ce n’est pas que le gouvernement ne peut le faire, mais on estime que ce serait inutile dans un pays où chaque enfant a un parent. Nous n’en avons pas besoin. Moi, personnellement je prends en charge les enfants de ma sœur qui sont ici au même titre que mes nièces et neveux qui sont en France. C’est dans notre culture que de s’occuper de nos parents et c’est une fierté pour un Comorien de veiller sur sa famille », a-t-il laissé entendre via une vidéo publiée par RCM13 sur Facebook.

Comment un ministre peut-il tenir des propos aussi scandaleux quand on sait qu’aux Comores beaucoup de nouveau-nés meurent lors de leur premier mois de vie faute de moyens et que présentement un homme est en prison à Koki (Anjouan) pour avoir vendu ses enfants à Ngazidja !

Forts de ces constatations, la responsabilité de l’État comorien est engagée en raison d’un manquement caractérisé à son devoir de protection juridictionnelle des individus, et particulièrement les enfants et les femmes.

« Pour parvenir à 0 violence contre le genre d’ici 2030 et réussir dans ce combat ; il faut un engagement ferme des leaders politiques, de la justice et du gouvernement », a insisté Mariame Sylla.

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