Aux Comores, plus la date du 17 février, commémorant l’Accord-cadre de Fomboni (2001), approche à grand pas, plus il y a dans cette mobilisation des actes posés qui suscitent des spéculations, des craintes de troubles politiques. Une fracture politique profonde se dessine.
Par Hachim Mohamed
Le 12 février, à Moroni, une conférence de presse a été initiée par le Rassemblement de l’opposition comorienne (ROC) et le Collectif des Organisations des Comoriens de la Diaspora (Comred). Le premier à prendre la parole était le juriste Mohamed Abdouloihabi qui a appelé à des plans de résistance.

Notre pays n’est pas la Chine ou la Tanzanie.
A 4 jours du rendez-vous de deux célébrations du 17 février, il y a de vives tensions qui oscillent entre une récupération officielle par le pouvoir et la dénonciation d’une certaine hypocrisie par l’opposition.
Avec l’effervescence qui monte pour ce 25e anniversaire, les acteurs politiques s’affichent en ordre de bataille, saluant le courage du mouvement de Mwali de 17 février face à la situation politique actuelle.
Surfant sur cet acte de résistance pour la préservation de la paix et du compromis national, le premier intervenant marque son étonnement sur la position du régime en place, qui n’a eu que faire de l’Accord-cadre depuis des années.
« Qui peut accepter que notre pays devienne comme la Tanzanie ou la Chine où un seul parti règne depuis l’indépendance, à cause de la manière dont la tournante a été dévoyée. Evidemment, il n’en est pas question », a fait-il fait observer un brin dépité.
Pendant sa longue intervention, Mohamed Abdouloihabi est également revenu sur l’enjeu de la tournante pour les Mohéliens qui, depuis l’institution de l’Accord-cadre, ne sont plus laissés sur le bord de la route quant au droit d’avoir un des leurs à la magistrature suprême.
Commisération, un acte de résistance politique pacifique
Dans la résolution de Fomboni du 24 janvier, dont Masiwa a obtenu la copie, les signataires composés de militants de l’Opposition Unie, du Rassemblement de l’opposition comorienne (ROC) de la Convergence des mouvements pour la République et l’État de droit ( COMRED), sont unanimes sur la manière dont « le régime en place a méthodiquement vidé de sa substance l’esprit et la lettre de cet accord par des révisions constitutionnelles unilatérales, des pratiques de dictature et la confiscation progressive de la souveraineté populaire », comme on peut le lire dans le document.
Dans la même résolution, ces acteurs politiques de l’opposition ont demandé à leurs compatriotes de « s’approprier l’héritage de Fomboni comme valeur du patrimoine national »
Ces partis de l’opposition ont tiré la sonnette d’alarme en mettant en garde ceux qui sont tentés par la participation à la « fête de la réconciliation », organisée par le régime. Pour la simple et bonne raison, selon les signataires de la Résolution, qu’il ne se passera rien pendant cet événement, si ce n’est une « manœuvre visant à noyer les revendications » sur le retour à l’ordre constitutionnel de 2001.
En revanche, pour ces acteurs politiques, la commémoration « se veut un acte de résistance politique pacifique dans la mémoire collective et réaffirmation de la souveraineté populaire ».
Plus loin dans le document, il est indiqua que l’enjeu est de faire en sorte que « l’Accord-cadre de Fomboni » du 17 février 2001 « demeure la meilleure référence légale, politique, morale et historique fondamentale pour réconcilier les îles autonomes, avoir des institutions fortes à la place des hommes forts », précise la résolution.
Dans un contexte de forte polarisation et crispation politique, la commémoration symbolise donc aujourd’hui davantage un clivage entre l’opposition et le régime qu’un événement qui sera apprécié à sa juste valeur par nos compatriotes englués dans une situation socio-économique difficile.















