Que peut-on vraiment dire de notre jeune État à la veille de la célébration d’un demi-siècle d’émancipation de la tutelle coloniale ?
Par Abdillah Mohamed, citoyen
Les Comores, un archipel baigné par les vagues de l’océan Indien, coincé entre les côtes de l’Afrique orientale et la Grande ile aux terres rougeâtres et aux zébus innombrables, sont loin de tirer leur épingle du jeu, à l’heure qu’il est.

Indépendantes, les iles de la lune ont traversé tant de secousses politiques, de la révolution à la tournante présidentielle, en passant par le long cauchemar des chiens de guerre sous le terrible Bob Denard ou « babunnar » (porte de l’enfer) selon un grand cadi, et l’ouverture timide démocratique des années 1990.
Qu’est-ce qu’on n’a pas vécu ?
On a tout tenté, tant à droite qu’à gauche pour un vrai décollage économique pour que notre pays permette à ses habitants de vivre dignement à l’instar de leurs voisins, pas lointains.
Dans quelques mois, nous aurons à commémorer les cinquante ans de notre souveraineté et qu’est-ce que nous avons obtenu sincèrement ?
D’aucuns disent que nous possédons beaucoup d’établissements scolaires, grandes maisons coûteuses disséminées dans plusieurs localités dont la plupart sont hélas inoccupées et une augmentation rapide de la population, laquelle se cherche encore et s’interroge sans cesse sur son devenir, à cause de la « trahison » de nombreux de ses dirigeants alors qu’une minorité avait essayé de faire de son mieux pour le développement, en ayant laissé ses traces aussi minimes soient-elles, cependant indispensables et louables.
Revenons aux faits : la 4e de nos iles, restée toujours sous l’administration française, servant de « tremplin » pour un « el Dorado » caduc et trompeur pour certains.
En réalité, le bras de mer la séparant d’une autre ile (Ndzouani) constitue malheureusement le plus grand cimetière des Comoriens, sinon de l’océan Indien, zone poissonneuse et regorgeant, selon tant d’estimations, d’immenses réserves d’hydrocarbures pour les générations futures.
Que Dieu leur vienne en aide !
« Mon pays va mal » d’après le célèbre reggae man ivoirien Tiken Jah FaKolly. À en croire certains, « nous avons proclamé notre indépendance pour nous retrouver davantage dans la paupérisation, tandis que d’autres se demandent si nous n’avons pas fait le mauvais choix.
En réalité, il était temps de nous émanciper comme tant d’autres ; pour nous administrer et autogérer nos maigres ressources, selon d’autres, malgré le peu de cadres compétents, malgré encore une fois la « mauvaise foi » de tant des corrompus. Les néocolonialistes et avides de richesse…
Un constat qui s’affiche tristement d’autant plus qu’après des décennies d’administration comoro-comorienne, Moroni est loin de répondre aux normes d’une vraie image de capitale, de surcroit moderne à l’ère de l’informatique.
Tant de visiteurs s’étonnent de son « pâle » visage, une des raisons pour laquelle l’AMISEC avait refusé de considérer Moroni en tant que « première ville » de l’archipel et a avancé qu’on lui avait dissimulé notre capitale.
Quoi de plus effrayant pour une capitale souvent plongée dans l’obscurité et privée d’eau, surtout des quartiers entiers depuis belle lurette !
N’en parlons plus des autres localités, voire les autres régions qui continuent de rêver.
Le seul hôpital de « référence » construit au temps des bons « messagers » fut terrassé, il y a plusieurs années et à la place on attend un « neuf » qui tarde à venir.
Nos vieux buildings administratifs datant de l’époque d’Adam, à en croire un religieux d’une façon ironique et le port de la capitale du temps du prophète Noé est laissé tel qu’ils étaient.
Pour ce qui est de l’enseignement, celui-ci traverse toujours des crises avec des grèves à répétition.
Quant à la loi du marché, dirigée par des commerçants sans scrupules qui font la pluie et le beau temps. Sans aucun contrôle réel, grossiste et détaillant, chacun fixe les prix de ses produits comme bon lui semble, au malheur des consommateurs, les « sans défense ». « À prendre ou à laisser » selon les vendeuses des marchés urbains.
Par ailleurs, tant de jeunes diplômés retournent au pays pour servir ou grossir le taux de chômage, puisqu’une bonne partie ayant fait ses études sur place se trouve dans le désœuvrement.
En attendant un lendemain qui chante, il n’empêche que des malins se font « politisés » en faveur du parti au pouvoir pour se lancer à leur tour. Après le « succès » de l’émergence, on parle du « Renouveau » qui se corrobore par les « nouveaux et heureux élus » à l’Assemblée nationale tendant à une nouvelle orientation, peut-être.
Et la vie des populations dans tout cela n’a pas varié d’un iota et le peuple n’a pas non plus son mot à dire. Qu’on cesse donc de nous rabâcher des bilans « très positifs » à chaque fin d’année alors que … Attendons une vraie « innovation », n’est-ce pas ?