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Le journaliste Toufé, torturé à la gendarmerie

1 avril 2019
Temps de lecture : 3 mins
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Le journaliste Toufé, torturé à la gendarmerie
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Alors que le pays vit une crise post-électorale particulièrement préoccupante , la gendarmerie n’a rien trouvé de mieux que de torturer  et séquestrer pendant plusieurs heures un journaliste connu pour sa déontologie : Toufé Maecha. Il est accusé «d’espionnage».

Le rédacteur en chef du quotidien Masiwa, Toufé Maecha a été arrêté par la gendarmerie le 30 mars à Moroni. Il a été relâché au bout de plusieurs heures après avoir subi, torture, vexations et autres intimidations au sein de la brigade de recherche.

Le Collectif des journalistes comoriens a publié un communiqué dans la soirée du samedi. «Nous, collectif des journalistes, condamnons l’arrestation arbitraire de Toufé Maecha. Il est dans un premier temps, accusé d’avoir forcé le portail de la gendarmerie, portail qui, lorsqu’il n’est pas ouvert est surveillé par un garde à la guérite. (…). On nous informe dans un second temps, qu’il serait soupçonné d’espionnage ».

Espionnage. Le mot est lâché. Une accusation qui a cours dans tous les pays autoritaires ou qui ont amorcé « cette regrettable transition ». Notre pays, clairement, en tout cas le régime au pouvoir a une tendance accrue de dérives autoritaires. Mais revenons au président de la section comorienne de l’Union de la Presse Francophone (UPF).

Tout commence entre 13h00 et 14. Le jeune reporter décide alors de se rendre à la gendarmerie pour avoir des informations relatives à un sujet qu’il traitait. Il s’y rend donc, à l’entrée qui se trouve du côté de la Santé Militaire. Si le portail principal est condamné, il n’en est pas de même pour le portillon. Il le pousse donc et entre à l’intérieur de cette administration publique. Il y trouve un garde auprès duquel, il décline son identité. Celui-ci le laisse passer, après que le reporter lui donne le motif de sa visite là-bas.

A partir de là, tout s’enchaîne. Il est pris à partie par un officier qui lui pose mille et une questions : comment il a fait pour entrer, ce qu’il cherchait, qui il cherchait, etc. Le rédacteur en chef, lui explique, vainement qu’il était venu pour y recueillir des informations. Le ton monte un peu et celui-ci, appelant un soldat, ordonne qu’il soit mis en cellule. Cellule sombre, nauséabonde, au parterre sale. Il y a trouvé un groupe de gens, qui étaient crasseux. Toufé Maecha perd la notion du temps dans ce sombre cachot.

Quelques temps après, on lui demande de sortir de la cellule. Le prétexte fallacieux relatif à l’espionnage est de nouveau ressorti par les officiers qui l’interrogent, qui veulent savoir pour le compte de qui, il le fait. Notre confrère donne exactement la même réponse. Ces derniers lui demandent de se mettre à genou et d’enlever sa chemise. Il s’exécute. Deux soldats sont placés de part et d’autre de lui, l’un muni d’une espèce de cravache, l’autre d’une matraque. Un troisième homme, lui triture la barbe et à plusieurs reprises lui pousse la tête, avec force menaces. La réponse de Toufe est la même, «  je suis venu chercher des infos ».

De nouveau, il rentre dans le cachot. Le temps s’égrène lentement. On lui demande de nouveau de sortir et d’entrer dans le bureau où il avait subi humiliations et exactions. Cette fois, après la chemise, on lui demande de se mettre nu. On lui pose les mêmes questions. Il subit les mêmes humiliations, toujours genoux à terre et livre encore les mêmes réponses. Un gendarme lui dit alors «nous viendrons te rendre une petite visite à minuit». La menace est à peine voilée.

Vers 20h00, Toufé Maecha se rend dans le bureau d’un des chefs de la gendarmerie. On lui dit alors juste avant qu’il ne quitte le bâtiment: «si tu t’avises de salir l’image de la gendarmerie, tu auras affaire à nous».

Toufe a décidé de briser le silence, de dire ce qu’il a vécu et les sévices subis. Avec cette lancinante question qui tourne en boucle dans sa tête: «s’ils ont osé s’en prendre de la sorte à un journaliste connu et reconnu qu’en est–il des citoyens lambda, qui ne connaissent personne et qui pensent que la torture est normale en Union des Comores?»

Les rédactions de Masiwa, Alfajr et La Gazette des Comores

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