La diplomatie d’un pays doit avant tout être guidée par une vision claire, une stratégie durable et la défense de ses intérêts propres. Elle ne peut pas se construire uniquement au gré des alliances extérieures ou des rapports de force entre grandes puissances. Pourtant, l’épisode de la rupture des relations diplomatiques entre les Comores et le Qatar, le 7 juin 2017, reste l’un des exemples les plus discutés de la politique étrangère menée sous le régime du colonel Assoumani Azali.
Said Yassine Said Ahmed
En 2017, la région du Golfe était plongée dans une grave crise diplomatique. L’Arabie saoudite, les Émirats Arabes Unis, Bahreïn et l’Égypte avaient rompu leurs relations avec le Qatar, l’accusant notamment de soutenir certains mouvements islamistes et de maintenir des relations trop proches avec l’Iran. Derrière cette crise se trouvaient également des rivalités d’influence, des enjeux économiques, des divergences politiques et des tensions autour du rôle de la chaîne Al Jazeera, régulièrement critiquée par Riyad et ses alliés. Mais cette confrontation concernait avant tout les puissances du Golfe. Les Comores n’étaient ni un acteur de ce conflit, ni directement concernées par les enjeux qui opposaient Doha et Riyad. Pourtant, Moroni a choisi de s’engager dans cette crise en rompant ses relations avec le Qatar. Le seul sentiment est de voir l’Iran dedans. Donc, Azali ne voyait que Sambi dans cette affaire, même si les Comores allaient perdre.

Une diplomatie manche à air
Le 7 juin 2017, par une note du ministre des Affaires étrangères, Mohamed Bacar Dossar, les Comores annonçaient officiellement cette rupture diplomatique. Le colonel Azali avait ensuite assumé cette décision, présentée comme un geste de soutien envers l’Arabie saoudite. Pour plusieurs observateurs, cette décision donnait l’image d’une diplomatie comorienne fortement soumise à l’Arabie Saoudite, au risque de sacrifier son indépendance et sa capacité à défendre ses propres intérêts. Beaucoup se demandaient pourquoi un petit État insulaire comme les Comores devait prendre position dans un conflit régional qui ne concernait pas directement son avenir. La crise entre Doha et Riyad reposait sur des questions complexes : les relations du Qatar avec l’Iran, les accusations concernant certains groupes politiques ou religieux, ainsi que le rôle d’Al Jazeera dans la couverture des événements du Printemps arabe. Des sujets importants pour les acteurs du Golfe, mais qui ne représentaient pas une priorité pour les Comores. Une position de neutralité aurait peut-être permis aux Comores de préserver leurs relations avec l’ensemble des pays concernés, sans se retrouver entraînées dans une confrontation qui dépassait largement leurs intérêts nationaux.
Une occasion manquée pour les Comores
Le 4 janvier 2021, après plusieurs années de tensions, l’Arabie saoudite et le Qatar ont engagé un processus de réconciliation grâce notamment à la médiation du Koweït. Le sommet d’Al-Ula a marqué la fin de la crise et le rétablissement progressif des relations entre les deux pays. Les frontières ont été rouvertes et les échanges ont repris. Le rapprochement entre Riyad et Doha s’est ensuite confirmé à travers plusieurs gestes symboliques. Lors de la Coupe du monde 2022 organisée au Qatar, l’image de l’Émir Tamim ben Hamad Al Thani portant un drapeau saoudien après la victoire de l’Arabie saoudite face à l’Argentine a été largement interprétée comme un symbole de réconciliation entre deux anciens adversaires. Pendant ce temps, les Comores n’ont jamais réellement expliqué l’évolution de leur position diplomatique après la rupture de 2017. Aucun véritable bilan n’a été présenté sur les conséquences de cette décision ni aucune clarification majeure sur la nouvelle orientation des relations avec Doha. Un Agneau doux.
La diplomatie des condoléances
Le décès de l’ancien Émir du Qatar, Cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, le 12 juillet 2026, a ravivé les interrogations. Deux jours après cette disparition, le colonel Azali s’est rendu à Doha pour présenter ses condoléances à l’actuel Émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al Thani. Cette visite est trop interrogative. Alors que les Comores font face à de nombreuses difficultés économiques, sociales et institutionnelles, ce déplacement serait secondaire par rapport aux urgences nationales. Cependant, comment expliquer le passage d’une rupture brutale avec le Qatar en 2017 à une volonté de rapprochement quelques années plus tard, sans véritable explication politique sur ce changement de position, mais une compassion ? Comme s’il se rendait dans un village des Comores pour présenter ses condoléances après un décès. C’est cette absence de continuité qui détériore l’image de la diplomatie comorienne. Entre la rupture de 2017 et le voyage présidentiel à Doha près de neuf ans plus tard, le dossier qatari reste un symbole des contradictions et des hésitations qui marquent la politique extérieure des Comores.















