Saïd Ahmed Saïd Abdillah est le Président du Parti Comores Alternatives (PCA). À l’approche de la commémoration de l’Accord-cadre de Fomboni (17 février), il rappelle pourquoi, de son point de vue, cet accord a été fondamental.
Propos recueillis par MiB
Masiwa – Opposition et gouvernement ont décidé de commémorer séparément les Accords de Fomboni. Pourquoi ces Accords ont-ils acquis une telle importance aujourd’hui ?

Saïd Ahmed Saïd Abdillah : Je voudrais d’abord remercier l’équipe du journal Massiwa. Permettez-moi de saisir cette occasion pour adresser au peuple malgache, et plus particulièrement à Son Excellence le président de la refondation de la République, le colonel Michael Randrianirina, nos messages de solidarité ainsi que nos sincères condoléances aux familles des victimes du dernier cyclone qui a frappé la Grande Île.
Pour répondre à votre question, la signification de la célébration du 17 février diffère selon les camps. Pour nous, membres de l’opposition, il s’agit de rappeler au peuple comorien que les Accords de Fomboni ont constitué un mécanisme pacifique de stabilisation du pays, favorisant l’alternance démocratique au sommet de l’État ainsi que la lutte contre la corruption et le népotisme.
Ces accords ont permis de mettre fin à la crise séparatiste provoquée par nos frères d’Anjouan et de préserver l’unité nationale. L’ensemble de l’opposition comorienne, en particulier le Rassemblement de l’Opposition Comorienne (ROC), demande aujourd’hui leur pleine application.
En revanche, le régime dirigé par Azali Assoumani souhaite, pour la première fois, célébrer le 17 février 2026 dans une logique que nous estimons davantage symbolique que sincère. À nos yeux, il s’agit de démontrer qu’il a mis fin à ces Accords et que nul ne peut s’opposer à ses décisions. Nous considérons cette initiative comme une démonstration de défi politique, notamment envers la population de Mohéli.
Je rappelle que le président Azali Assoumani avait déclaré : « Vous ne pouvez pas me déloger, et après moi, je laisserai la place à mon enfant. » Cette phrase illustre une conception patrimoniale du pouvoir que nous combattons. L’opposition, malgré ses faiblesses stratégiques et parfois son excès de théâtralité, continue néanmoins de défendre les principes démocratiques.
Masiwa – Vous étiez proche d’Azali Assoumani à l’époque. Qu’est-ce que ces Accords ont apporté concrètement à la résolution de la crise séparatiste ?
SASA : Les Accords de Fomboni ont apporté des avancées majeures à notre pays. Ils ont permis la réintégration des séparatistes d’Anjouan dans le giron national et instauré une alternance démocratique inédite depuis l’indépendance.
Pour la première fois de notre histoire, un enfant de l’île de Mohéli a pu accéder à la magistrature suprême, consacrant ainsi le principe de la tournante entre les îles.
Contrairement aux attentes de certains courants politiques en France qui prédisaient la dislocation de notre fragile unité nationale, ces Accords ont renforcé l’attractivité institutionnelle des Comores, y compris auprès de nos frères et sœurs de Mayotte, qui réclamaient également leur participation à la tournante.
Certes, ces Accords n’étaient pas parfaits, mais ils ont constitué un rempart solide contre l’instabilité chronique. La tournante, en assurant l’alternance, a contribué à limiter la corruption et le népotisme : les dirigeants savaient qu’ils seraient remplacés et potentiellement appelés à rendre des comptes.
Masiwa – De votre connaissance d’Azali Assoumani, pourquoi veut-il empêcher la tournante depuis 2016 ?
SASA : Selon notre analyse, le retour au pouvoir de Azali Assoumani en 2016 s’est inscrit dans un contexte d’appuis extérieurs et d’alliances stratégiques avec des militaires basés au niveau régional : Azali Assoumani a été propulsé au pouvoir par la Françafrique avec le soutien des militaires français de la zone de l’océan indien. Ce sont ces derniers avec leurs valets sur le terrain national comorien qui ont tout fait pour le remettre au pouvoir jusqu’à utiliser un troisième tour dans une élection présidentielle à deux tours. Azali Assoumani est, pour eux, le seul militaire et homme politique qui a montré une obéissance sans faille à leur volonté de maitriser les Comores et de les détruire. Pour eux, la tournante doit être stoppée afin d’éviter que ça soit une arme d’attraction envers nos frères et sœurs comoriens de Mayotte. Pour Azali Assoumani, c’est une manière de rester longtemps au pouvoir, tant qu’il a le soutien de l’armée de l’ancienne puissance coloniale, ou de ses chefs nostalgiques de l’empire français. La suppression de la tournante répondrait à deux objectifs : d’une part, empêcher que ce mécanisme institutionnel ne devienne un facteur d’attraction pour les Comoriens de Mayotte et, d’autre part, consolider un pouvoir personnel durable.
La tournante limite mécaniquement la longévité d’un dirigeant. En la supprimant, le président s’affranchit de cette contrainte et concentre davantage les leviers institutionnels entre ses mains.
Masiwa – La tournante est-elle encore d’actualité aux Comores ou faut-il la supprimer ?
SASA – Oui, elle demeure d’actualité. Nous militons pour son rétablissement, mais avec des ajustements.
Nous proposons qu’à chaque cycle, l’île concernée organise une primaire locale permettant de sélectionner deux ou trois candidats qui concourront ensuite au niveau national. Toutefois, nous souhaitons que tous les enfants des Comores — d’Anjouan, de Mohéli, de la Grande-Comore, de Mayotte ainsi que de la diaspora — puissent se présenter dans l’île à laquelle échoit la tournante. Il s’agirait ainsi de préserver l’équilibre insulaire tout en renforçant l’unité nationale.
Masiwa – Quel système politique avez-vous imaginé au sein du PCA pour les Comores ?
SASA – Les Comores sont un petit État insulaire, composé d’îles séparées par la mer, ce qui impose une architecture institutionnelle adaptée.
Au sein du Parti Comores Alternatives (PCA), nous préconisons un régime semi-présidentiel équilibré, avec un Premier ministre issu de la majorité parlementaire. Nous souhaitons une large autonomie des îles, ainsi que l’instauration d’un Conseil constitutionnel indépendant et la création d’un Sénat représentant les communes. Nous voulons transformer le Mufturat en Conseil national des oulémas, présent au niveau national et non concentré uniquement à la Grande-Comore.
Notre priorité est claire : bâtir des institutions républicaines stables, crédibles, indépendantes et respectées. Les Comores ont besoin d’un État fort par ses institutions, non par la concentration du pouvoir entre les mains d’un seul homme.















