L’opposition, autour du Rassemblement de l’Opposition Comorienne (ROC) a donné une conférence de presse le 4 février à Moroni. Elle se prépare à célébrer le 17 février prochain l’Accord-cadre de Fomboni tout en dénonçant les dérives autoritaires du régime d’Azali Assoumani.
Par Hachim Mohamed
Dans une conférence de presse organisée le 4 février à Moroni, les partis d’opposition appellent à la mobilisation. Cet appel se fait dans un climat tendu, marqué par des enjeux géopolitiques, notamment la présence de militaires américains et l’offensive diplomatique de la Fédération de Russie, qui souhaite ouvrir une ambassade aux Comores.

Ces mouvements, qui préparent la célébration de l’Accord-cadre de Fomboni (2001) à Mwali le 17 février prochain, cherchent à unifier les forces de l’opposition pour dénoncer la gouvernance du président Azali Assoumani, accusé de dérives autoritaires, de répressions politiques et de violation de l’ordre constitutionnel.
Le régime en place se prépare également à livrer sa « fête de réconciliation », le même jour, dans la même île.
Mouigni Baraka Said Soilihi en porte-parole de circonstance
Après avoir passé en revue le séjour des membres du ROC (Rassemblement de l’opposition comorienne) à Mwali dans la première prise de parole, le modérateur, Ahmed Mohamed alias Ben a réaffirmé l’attachement indéfectible aux Accords de Fomboni de 2001 pour les partis de l’opposition, dont la plupart des caciques n’étaient pas présents.
Le porte-parole de l’opposition a rappelé les apports de l’Accord-cadre de Mwali et particulièrement la défense du consensus national et une transition démocratique apaisée. Il a montré comment le ROC tient à ce socle non négociable de la stabilité nationale et comment l’opposition unie salue à l’unanimité cet héritage.
L’ancien Gouverneur Mouigni Baraka Said Soilihi, coopté en porte-parole de circonstance, a contextualisé l’évènement dans une longue prise de parole. Il a tenu d’emblée à préciser que l’engouement de l’opposition pour cette commémoration ne date pas d’aujourd’hui. Les opposants, aussi bien de Ngazidja que d’Anjouan, se sont toujours mobilisés pour honorer cette journée historique depuis 2017.
Les gouvernements Azali n’ont jamais vu de bon œil la célébration du 17 février et, pour empêcher l’opposition de se déplacer à Mwali, ils bloquaient les avions à Hahaya et le port de Chindini. Mais, ce qui reste incompréhensible, cette année, le gouvernement estime que la date mérite d’être célébrée. D’où les interrogations quant à ce qui se trame derrière cette décision incompréhensible.
Pour montrer la manière dont le ROC récuse la célébration du 17 février par le régime, le porte-parole de circonstance s’est arrêté sur la résolution adoptée à Fomboni fin janvier 2026 : les partis d’opposition ont rejeté les « assises de la réconciliation », prévues en février 2026, qu’ils jugent non inclusives, non crédibles et destinées à instrumentaliser la mémoire nationale.
À suivre les raisonnements de Mouigni Baraka, l’initiative du pouvoir dans cette célébration est perçue par l’opposition comme une récupération hypocrite, après avoir restreint leurs célébrations les années précédentes.
L’ancien Gouverneur a même fait remarquer qu’il n’y pas que la date du 17 février qui est sabordée chaque année par le régime d’Azali Assoumani, il y a aussi la commémoration du débarquement à Anjouan pour mettre fin à l’État d’Ajouan de Mohamed Bacar, le 3 août 2008
Un gouverneur qui n’a aucun pouvoir
Mouigni Baraka s’est fait aussi un point d’honneur à saluer la manière dont le M17 de Mwali s’est approprié ce combat de célébration de l’Accord-cadre chaque année. Un engagement citoyen qui, malgré les entraves de toutes sortes orchestrées par le régime, a permis de maintenir la célébration de cet héritage depuis huit ans.
En attendant cette célébration du 17 février, Mouigni Baraka se veut sans équivoque, car il estime qu’autant le ROC ne veut pas la participation des autorités comoriennes à cette rencontre, autant le ROC n’acceptera jamais de se faire inviter à la table de ce que l’opposant appelle « Mdezo de réconciliation » (festin organisé avant le mois de ramadan).
Sur un ton d’humour, Mouigni Baraka a fait une digression pour évoquer la fonction de gouverneur. Pour l’ex-Gouverneur, à part la voiture et le gyrophare, le gouverneur de Ngazidja n’a plus aucun pouvoir.
Mouigni Baraka Said Soilihi a fini son intervention en appelant à une mobilisation pacifique pour défendre l’héritage de ces accords, considérés comme essentiels pour la cohésion nationale.
Un projet de tripatouillage de la constitution
Sur ce qui se trame derrière la célébration du 17 février, le porte-parole du Rassemblement de l’opposition comorienne, Ibrahim Abdouarazak, alias Razida a brandi devant l’assistance un document qui sert de pièce à conviction des manœuvres cachées de la fameuse réconciliation du régime du président comorien Azali Assoumani.
À l’en croire, Azali Assoumani envisage un « coup d’État constitutionnel » pour se maintenir au pouvoir, selon le document brandi.
Ibrahim Abdourazak, qui a démasqué la supercherie, a fait allusion entre autres, à ces réformes constitutionnelles effectuées (2018), au référendum controversé, à la suppression de la Cour constitutionnelle et aux élections anticipées contestées (2019, 2024), bref la manière dont Azali Assoumani est porté à modifier les règles de la présidence tournante pour régner potentiellement jusqu’en 2029















