À quelques jours du 17 février, date symbolique de la signature des Accords-cadre de Fomboni, les tensions montent dans le pays. Tandis que le pouvoir évoque tour à tour des termes différents, tels que « réconciliation nationale », « commémoration » ou « assises nationales », l’opposition, elle, s’organise et se prépare.
Par Naenmati Ibrahim
À Mohéli, où furent signés les accords le 17 février 2001, dans la ville de Fomboni, plusieurs mouvements, notamment le M17, le mouvement des Femmes Leaders mohéliennes et des organisations de jeunesse, affirment vouloir défendre « l’esprit du 17 février ». Pour eux, cette date ne peut être utilisée et instrumentalisée.

Après les prises de position de certains mouvements et de figures de l’opposition, le gouvernement a déjà mis en place des mesures de sécurité à Mohéli. Une présence renforcée des forces de l’ordre que certains habitants perçoivent comme une tentative d’intimidation à l’encontre de ceux qui contestent la tenue de l’événement.
Une terminologie qui interroge
Le flou entourant la nature exacte de l’événement intrigue. Depuis l’annonce du président Azali Assoumani, les termes ont varié : d’abord « réconciliation nationale », puis « commémoration », ensuite « assises nationales », et plus récemment « célébration » de la date symbolique.
Cette évolution sémantique alimente interrogations et inquiétudes au sein de la classe politique. S’agit-il d’un véritable processus politique visant à refonder le dialogue national ? D’un simple acte symbolique ? Ou d’une initiative à portée institutionnelle plus large ?
Le chef de l’État a par ailleurs décrété le 17 février journée fériée, une première depuis la signature des Accords. Une décision qui renforce l’attention autour de cette date.
Certains acteurs rappellent que, depuis son retour au pouvoir, le président est accusé par ses détracteurs de n’avoir jamais officiellement célébré cette date et même d’avoir cherché à empêcher ceux qui la commémoraient, notamment le M17, de le faire. Ce changement de posture suscite donc prudence et scepticisme dans une partie de l’opinion.
À Anjouan, le ROC en veille
Dans ce contexte national tendu, les membres du Rassemblement de l’opposition comorienne (ROC) d’Anjouan se sont réunis ce jeudi 12 février 2026 au domicile de leur coordinateur régional, Issimaila Abdou Abdallah ancien directeur de l’aéroport de Ouani et ancien candidat de gouverneur aux élections de 2014.
Cette rencontre intervient le même jour qu’une conférence de presse organisée par le ROC à Ngazidja, traduisant une coordination interne au mouvement.
Autour du coordinateur étaient présents Halifa Saindou (Dzindri Sima), Mikidar Houmadi (Mleinbeni Sima), Dahilou Malide (Bambao Mtsanga) et Saïd (Ongojou). Tous ont exprimé une position prudente, mais ferme face à l’événement du 17 février.
« On ne commémore que ce qui est mort »
Pour les responsables anjouanais du ROC, le choix du mot « commémoration » n’est pas neutre.
Les Accords-cadre de Fomboni avaient mis fin à la crise séparatiste déclenchée en 1997 et instauré un nouveau modèle institutionnel fondé sur trois piliers : la tournante présidentielle entre les îles, une autonomie élargie des entités insulaires et un partage du pouvoir au niveau national.
Selon les membres du ROC d’Anjouan, ces principes se sont progressivement affaiblis au fil des réformes institutionnelles.
« Plus de vice-présidence, plus d’autonomie réelle, tout est centralisé », déplore un intervenant, estimant que l’esprit de 2001 n’est plus respecté.
Le souvenir des crises
Halifa Saindou a rappelé le contexte de tensions politiques majeures en 1997. Il a cité également le coup d’État du 30 avril 1999 mené par Azali Assoumani comme un tournant ayant aggravé la crise institutionnelle.
Selon lui, les discussions engagées par la suite à Mohéli avaient permis d’aboutir à un compromis historique entre les îles, ouvrant la voie aux Accords-cadre.
Il évoque également la situation du parti Juwa et l’emprisonnement de l’ancien président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi pour illustrer ce qu’il considère comme une fracture politique toujours présente. Pour ces responsables, une véritable réconciliation nationale suppose des gestes forts et inclusifs.
Une date charnière
Les responsables du ROC affirment partager avec leurs homologues de Ngazidja une même analyse critique sur la concentration du pouvoir.
Selon eux, les effets de cette centralisation seraient particulièrement ressentis à Anjouan et à Mohéli, tandis que les décisions stratégiques resteraient concentrées à Ngazidja.
Le coordinateur régional évoque également des informations faisant état d’un déploiement militaire à Mohéli à l’approche du 17 février. Une situation qu’il juge préoccupante et susceptible d’accentuer les tensions.
Pour l’opposition, le 17 février ne peut se limiter à une célébration protocolaire. Elle attend des clarifications et, éventuellement, des annonces susceptibles de rassurer sur l’avenir institutionnel du pays.
Faute de changements concrets, préviennent certains responsables, les inquiétudes exprimées ces derniers jours pourraient se transformer en crispations plus profondes.
Vingt-cinq ans après les Accords de Fomboni, cette date anniversaire ravive ainsi un débat central : celui de l’équilibre entre les îles et du respect des engagements pris en 2001. Plus qu’une simple commémoration, le 17 février apparaît désormais comme un moment de vérité politique.















