Je ne peux pas rester passif devant l’égarement de la jeunesse de notre pays. Beaucoup de nos jeunes vivent en ce moment un désespoir total, parce que certains de nos dirigeants les ont conduits vers des impasses.
Par Djo Bacari
L’avenir de tout pays appartient à sa jeunesse. Donc, l’avenir des Comores appartient évidemment à la jeunesse comorienne. Pourtant, beaucoup de nos jeunes se carburent à l’alcool, se jettent à bras ouverts dans la drogue, semant bien évidemment la peur et l’incompréhension totale sur leur route. Aucune solution ne leur est proposée pour améliorer leur avenir. Au contraire, les hommes politiques au pouvoir encouragent ces comportements déviants pendant les campagnes électorales en offrant de l’argent facile, de la viande et du whisky pour des barbecues géants. C’est ainsi que récemment après « sa victoire » douteuse dans les législatives, Nour el Fath Azali, fils du chef de l’État et présumé successeur de son père a dansé pendant plusieurs minutes en mimant un homme ivre avec les jeunes qui ont fait sa campagne au son d’une chanson qui évoque les bouteilles de whisky et l’ivresse ((« Hama tsi menyeha »). Pourquoi ? Est-ce le message qu’un leader politique doit envoyer à une jeunesse perdue ?

La délinquance augmente dans notre pays. Des jeunes de moins de 15 ans fument de la drogue, boivent et deviennent les rois et reines des boîtes de nuit. Quelque chose qui n’existait pas il y a vingt, trente ans. Mais tout cela n’inquiète pas les hommes politiques au pouvoir.
Sous nos yeux, nous voyons nos jeunes tribalisés par des hommes politiques qui ne forment pas, qui n’enseignent pas, qui ne proposent aucun programme véritable pour le pays. Des politiques qui corrompent et utilisent les jeunes parce qu’ils représentent plus de 60 % de la population comorienne, pour leur ascension au pouvoir. Pour une société comme la nôtre, cette « dérive » constitue une véritable catastrophe.
Nous sommes-nous déjà posé la question de savoir qui est responsable ? D’habitude, on dit que les responsables sont les parents, les hommes et les femmes politiques et même le bon Dieu : « C’est Dieu qui a fait cela ». Ou bien : « C’est Dieu qui a voulu cela », « c’est écrit par Dieu, il ne pourrait donc pas échapper à son destin ». Pire encore, certains accusent Satan : « Il est hanté par des fantômes, c’est pourquoi il est comme ça… ».
Sans chercher à savoir pourquoi une telle situation nous paralyse, jamais nous ne retrouverons la solution. Il est donc temps de passer à l’action pour construire notre pays. Les jeunes doivent prendre leur destin en main. Oui, l’heure a sonné pour que le peuple se réveille enfin.
Ne fondons surtout pas notre espoir sur des dirigeants qui se servent de nous et de notre jeunesse pour leur gagne-pain.
Ce ne seront pas non plus ni des fonctionnaires ni des intellectuels étrangers ou internationaux qui auront des solutions pour notre pays. C’est à nous de trouver et apporter des réponses véritables pour le pays que nous tous prétendons aimer.
Comment une société peut changer pour l’excellence, sans effort ? Il serait peut-être salutaire que chacun de nous se pose cette question, à commencer par les jeunes eux-mêmes. La jeunesse doit être mise face à elle-même en soulignant sa part de responsabilité dans l’enfoncement de notre cher pays. Il est du devoir des jeunes comoriens de bouleverser le système en proposant des solutions véritables aux maux qui tuent notre pays.
On aurait pu penser qu’après plusieurs trahisons de nos dirigeants, leur délaissement depuis des années, les jeunes avaient pris conscience qu’ils étaient les premières victimes d’un système corrompu. Mais, on constate que ce n’est pas encore le cas. Beaucoup de jeunes soutiennent toujours ce système ou des gens qui, une fois au pouvoir, se désengagent de toutes promesses tenues. Des dirigeants qui favorisent la corruption et sèment la misère.
Les jeunes assistent à la dégradation progressive du pays sans manifester un réel désaccord. Ils se laissent éparpiller dans des partis qui ne forment pas de vrais citoyens, mais apprennent à frauder et à tuer à petit feu la démocratie. Des partis qui ne proposent pas de solutions pour le pays, mais dans lesquels seul compte l’ascension vers le sommet du pouvoir, rien que le pouvoir.
Et tous ceux qui ne sont pas entrainés dans l’action contre la démocratie et l’intérêt de tous restent sans voix. Ils se taisent. Ils ferment les yeux, comme des aveugles. Ils ne veulent plus entendre alors qu’ils ne sont pas sourds.
Mais, tous les jeunes ne sont pas dangereux, corrompus, drogués ou ivres. Il y a encore de l’espoir. Il y a encore beaucoup de jeunes qui ne sont pas pollués. Nous avons encore des jeunes qui souhaiteraient travailler pour mériter leur réussite. Des jeunes qui se sentent responsables de leur destin, il y en a encore dans notre pays. Mais, ceux qui tiennent les manettes les marginalisent.
Nous avons ces jeunes qui sont sans salaire depuis des mois et des mois alors qu’ils assurent des fonctions de médecins, administrateurs ou enseignants dans nos établissements publics. Ils sont marginalisés, sans argent pour mieux s’occuper de leurs familles, mais ils tiennent.