Le 27 mars 1966 était née l’Association des Stagiaires et Etudiants Originaires des Comores en France (ASEOCF) à Aix-en-Provence. C’est l’ancêtre de l’Association des Stagiaires et Étudiants des Comores (ASEC) qui aurait donc aujourd’hui 60 ans.
Par MOHAMED Bakari Abdallah, Historien de formation, D.E.A d’histoire contemporaine (86-87), Université de Paris-IV Sorbonne
Le 27 mars 2026, l’Association des Stagiaires et Etudiants des Comores (ASEC) aurait célébré son soixantième anniversaire. Elle a occupé pendant une vingtaine d’années (1966-1986) une place centrale et singulière dans l’histoire politique de notre pays.

Cette organisation de la diaspora était établie en France. Elle a exercé un rôle et une influence considérables sur les acteurs et les organisations qui ont milité pour la décolonisation des Comores, l’émergence sur le front intérieur du mouvement Msomo Wa Nyumeni (NYU), l’éclosion du pôle patriotique et révolutionnaire et la naissance du Mouvement des Communistes Marxiste-Léniniste des Comores.
L’historiographie officielle retient deux périodes pendant lesquelles deux générations de stagiaires et d’étudiants se sont confrontées politiquement et idéologiquement :
- 1966-1972, le temps du corporatisme, du carriérisme et de l’apolitisme de la génération sans boussole idéologique des fondateurs historiques de l’ASEOCF ;
- 1972-1985, du triomphe de la ligne anticolonialiste, anti-impérialiste, l’adhésion à la révolution nationale démocratique et populaire à la liquidation et l’échec du mouvement révolutionnaire comorien.
Deux générations bousculées dès la création de l’association par la question de l’indépendance qui la fait basculer dans la ligne politique et idéologique anticolonialiste, anti -impérialiste et révolutionnaire.
Mais la thèse de l’ASEC apolitique correspondant à la période 1966-1971, développée et savamment entretenue par les tenants de la ligne révolutionnaire est-elle objectivement fondée ?
Les pionniers et universitaires Ahmed Ouledi, Naila Oumar et Ali Madi Djoumoi, les témoignages de Mahamoud Ahmed Wadaane et d’Idriss Mohamed qui ont étudié et écrit sur ce syndicat révolutionnaire ont sensiblement repris cette antienne officielle. Mais ce narratif mérite à mon sens d’être questionné, revisité et nuancé à l’aune de la complexité de la période étudiée et des documents disponibles.
A. L’ASEOCF, trait d’Union et point de ralliement de l’élite comorienne.
Le géographe René de Maximy estimait « qu’entre 1957 et 1958 environ 3000 élèves fréquentaient les établissements scolaires dans les quatre îles des Comores :
- 2743 élèves du primaire
- 93 dans le secondaire
- 150 inscrits à l’école libre de la Mission Catholique.
Il faut rappeler qu’en 1940, cent ans après l’installation de la France à Mayotte, la troisième circonscription ou la province de Madagascar alignait un taux d’alphabétisation en français d’à peine 3% de la population.
Pour l’auteur de cette étude bien documentée, le Territoire des Comores se heurtait à un manque criant de cadres. Les postes intermédiaires de l’administration coloniale et locale étaient essentiellement occupés par des malgaches. Une carence que souhaitait combler le président du Conseil du gouvernement Said Mohamed Cheikh qui préconisait dans son plan quinquennal la formation au plus vite des cadres locaux.
C’est dans ce contexte que les stagiaires et les premiers bacheliers sortis des lycées de Madagascar et celui de Moroni nouvellement inauguré étaient envoyés en France métropolitaine.
Avant d’être le syndicat révolutionnaire de grande réputation nationale, l’Association des Stagiaires et Etudiants Originaires des Comores en France était le « Trait d’Union », le point de ralliement de l’élite comorienne établie en France pendant la seconde moitié de la décennie 1960.
Il est difficile de dessiner le portrait de l’intellectuel et du cadre comorien de cette décennie. Il manque en effet de données statistiques pour déterminer leurs origines sociales et géographiques.
Nous ne disposons pas non plus de rapports d’ensemble sur l’état de l’enseignement dans l’Archipel pendant cette période. Et surtout, je n’ai pas la compétence pour effectuer cet exercice.
Cependant, il est unanimement admis que de nombreux stagiaires et étudiants étaient incontestablement issus sociologiquement des familles de l’aristocratie locale et moyennement aisées. Des fils de bonnes familles proches du pouvoir local et originaires majoritairement des villes et des villages les plus importants de Ngazidja et de Ndzuwani.
Une minorité de leurs camarades avaient des origines sociales très modestes. On ne parlait pas encore d’ascenseur social car l’archipel était loin de la démocratisation de l’instruction et de l’enseignement.
Le seul point commun sur lequel on peut s’accorder est que cette génération n’avait aucune boussole idéologique. Elle éprouvait une aversion aux idéologies contraires à la religion musulmane très influente et dominante dans les mentalités et les traditions locales.
L’isolement de l’Archipel du reste de la planète par l’absence de communication ne favorisait pas la circulation des hommes, des idées, des idéologies et des échanges culturels. Lesquels échanges étaient circonscrits aux pays limitrophes notamment de l’Afrique de l’Est, des sultanats de Zanzibar, d’Oman et de la grande île de Madagascar.
Jusqu’à la fin des années 50, les îles Comores étaient un véritable rempart « Ngome ». Repliées sur elles- mêmes et protégées par les grandes murailles bâties par les sultans, elles vivaient constamment dans la peur de l’invasion religieuse, culturelle et idéologique occidentale.
Combien d’étudiants et de stagiaires avaient fait alors le déplacement d’Aix-en-Provence, la ville de l’impressionniste Cézanne où s’est tenu le premier congrès fondateur ? Nul ne le sait exactement. Mais tout le monde prétendait avoir participé et exhibait le titre de fondateur de cette association.
Combien étaient-ils et avaient adhéré à l’ASEOCF lors de ce congrès ? Ahmed Ouledi avance le chiffre de « quelques dizaines de stagiaires et d’étudiants, venus de toutes les académies françaises ».
Un auteur anonyme d’un article publié dans « Trait d’Union » intitulé « l’enseignement aux Comores » évoque également que le nombre de ressortissants comoriens n’atteint pas la soixantaine, parmi lesquels des rares étudiants et stagiaires en France dans le supérieur, bacheliers et non bacheliers.
Pour ma part, j’ai recensé et établi une liste d’une soixantaine de stagiaires et d’étudiants qui avaient acquitté leurs cotisations sur une période qui s’étale de 1967 à 1971 : Said Ali Kemal, Abdilahi Mohamed, Mtara Maecha, Chakira Mohamed, Sidi Oirithi, Fidaly, Farid Hassane, Sultan Chuzur, Mohamed Chaher, Said Ali Said Ahmed Charif, Nassuf Ahmed Abdallah, Bruno Humblot, Annik Novo, Mouhtar Ahmed, Nouredine, Bourhane, Youssouf, Ali Saleh, Géant, Abdoulwahab Mohamed, Elamine, Said Ali Abdou Petit, Hamid, Nafion Zarcache, Abdallah Mohamed, Abdallah Daoud, Ali Yachourtu Bourhane, Moustoifa Said Cheikh, Mohamed Ali Soilihi, Aboubacar Said Salim, Said Abdallah, Ahmed Abdou Zaidou, Ali Toufael, Mohamed Loutoufi, Amad Eddine, Youssouf Moussa, Bacar Ahmed, Bourhane Alaoui, Said Hassane Mohamed Djaffar, Mlanao, Kader, Toilibou, Charles Novou,Laithi, Zile, Guy Albert, Mohamed Mfoihaya, Ali Haribou,Salim Idarouss, Said El Anis Djohar, Kalfane Amina, Balou Yacine, Mbaraka Abdallah, Turki,Ben Moussa Mouslim, Mack-Lucky Patrick
La liste non exhaustive s’appuie sur les mandats, les télégrammes et les courriers retrouvés dans les archives de cette organisation. Elle mérite d’être complétée.
Leur dispersion dans les villes académiques de France notamment à Aix-en-Provence, Bordeaux, Paris, Montpellier, Grenoble, Lyon, Toulouse, Strasbourg et Saint-Etienne les poussait à se retrouver régulièrement pour partager des moments de détente, de convivialité autour d’activités culturelles.
C’est ainsi qu’en l’an Mil neuf cent soixante- six et le vingt- sept mars a été créé à Aix-en-Provence en vertu de la loi du 1er juillet 1901 une association dite « Association des Stagiaires et Etudiants Originaires des Comores en France « devenue en 1967 « Association des Stagiaires et Etudiants des Comores ».
Dans l’esprit de ses fondateurs historiques, l’association s’était assignée pour buts :
- Unir tous les originaires des Comores afin de développer les liens de solidarité sous toutes leurs formes ;
- Œuvrer pour l’Unité des Comores ;
- Défendre tous leurs intérêts ;
- Se prononcer sur le développement économique, social et politique des Comores ;
Le premier bureau issu de ce congrès fondateur était présidé par Said Ali Kemal, petit-fils du sultan Said Ali et fils du prince Said Ibrahim, député au Palais Bourbon, d’Abdillahi Mohamed comme vice-président et Mtara Maecha secrétaire général.
A l’origine, l’ASEOCF était un mouvement à but syndical. Elle s’abstenait de toute prise de position politique. La défense des intérêts matériels et moraux était au centre des préoccupations de ses fondateurs.
Un sujet fondamental en raison des conditions d’accueil, d’études et de travail précaires qui leur étaient réservées. En plus du dépaysement, des difficultés d’adaptation socio-culturelle et de la rudesse du climat auxquelles ils faisaient face, les problèmes de logement et d’hébergement en général étaient au cœur de leurs principales revendications.
L’ASEC limitait son champ d’action et d’intervention à la seule revendication de ses intérêts immédiats. La réussite universitaire et sociale était la préoccupation majeure de la génération des fondateurs historiques. Leur devise était caricaturalement résumée par la formule « carrière et bonne situation d’abord, politique ensuite ».
Cette conception « corporatiste » était vigoureusement dénoncée par la génération des « révolutionnaires » arrivée en métropole après 1968. Elle était jugée « carriériste » et vilipendée au VIIe congrès par l’équipe des révolutionnaires qui s’est emparée de la direction lors du congrès d’Aix-en-Province qui a eu lieu entre le 25 et le 28 décembre 1972 avec l’élection de Moustoifa Said Cheikh en tant que président.
Mais est-il exact d’affirmer que la majorité de la génération des fondateurs de l’ASEOCF « collaborait » avec les autorités issues des nouvelles institutions de l’autonomie interne ?
Des responsables de l’ASEOCF dont les noms n’apparaissent nulle part dans l’abondante documentation étaient suspectés d’entretenir des rapports étroits avec le ministère des colonies et d’être au service des intérêts du colonialisme français.
Il était de notoriété publique que certains de ces dirigeants ne déclinaient pas les invitations du président Said Mohamed Cheikh lors de ses déplacements en métropole.
Ils donnaient du grain à moudre à leurs détracteurs qui juraient leur grand dieu que le président s’offrait « le luxe de rassembler des dizaines d’étudiants et de stagiaires dans des restaurants parisiens pour leur vanter sa politique et ses réalisations ». Esprit d’ouverture ou tentative de récupération d’une élite déjà attirée par les chants de sirène du président Said Mohamed Cheikh ?
Ces accusations étaient récusées par les tenants de la ligne corporatiste incarnée par les fondateurs de l’ASEOCF. Cette hypothèse est difficile à étayer factuellement. Aucun indice n’autorise à corroborer cette allégation. La documentation de cette organisation dispose de très peu de traces sur cette période.
Le bureau élu au VIe congrès tenu à Paris en 1971, avec Houssen Cheikh Soilihi comme président, accusait dans un rapport du secrétariat général que « les archives de l’association étaient expressément brûlées par leurs prédécesseurs ». Une assertion peu convaincante.
Car la dispersion des membres du bureau dans les différentes villes académiques universitaires de l’Hexagone ne facilitait pas la réunion des archives et rendait par conséquent leur conservation très difficile.
On peut penser aussi que la direction révolutionnaire triomphante au VIIe congrès s’est laissé tenter de faire table rase du passé corporatiste en faisant disparaitre les stigmates du passé jugé révolu.
Les rares documents d’archives retrouvés ayant trait à cette période traite des questions d’ordres comptables et financières. Il s’agit de mandats des cotisations des membres, de quelques relevés d’opérations bancaires effectuées à la Banque Nationale de Paris (BNP) et les dépenses détaillées réalisées par les trésoriers des sections et du bureau.
Ces pièces sont d’une importance mineure sur le plan politique. Elles ne nous éclairent pas sur les prétendues relations étroites entre les dirigeants de l’ASEC de 1966 à 1971, le ministère des Territoires d’Outre-Mer et le gouvernement de Said Mohamed Cheikh.
Toutefois, un document irréfutable prouve qu’une subvention annuelle de 3000 FF était allouée par le ministère de l’Outre-mer à l’association. A titre d’exemple, c’est par décision n° 177/CAM du 22 mai 1969 que le compte n° 032.30 de l’ASEC ouvert à la Banque Nationale de Paris (BNP)- Agence Alesia, sis au 90 avenue du Général Leclerc a été crédité d’un montant équivalent à celui mentionné ci-haut.
Il arrivait parfois que le fonds social de l’OCAU finance également une partie des frais de déplacements d’étudiants qui en faisaient la demande pour participer à des assises ou à des manifestations.
La somme de 3000 FF en question parait dérisoire aujourd’hui. Mais au vu de la situation financière et des besoins de l’époque, cette subvention ministérielle satisfaisait pleinement les petites dépenses courantes de l’association.
A l’ouverture du congrès du 8 novembre 1969 à Paris, Nassuf Ahmed Abdallah, trésorier adjoint indiquait dans son rapport financier manuscrit que les recettes de l’année 1968 s’élevaient à 7520, 63 FF et les dépenses à 909,70 F, soit un bénéfice net de 6610,93 francs.
Il apparait sur la partie recettes des sommes modiques d’environ 100 francs virées sur le compte de l’association provenant de membres bienfaiteurs notamment le père d’Yves Lebret et Melle Thomas, et de sociétés ou des établissements Kalfane, Breuil, Bambao et Castan.
L’article 3 alinéa 3 des statuts originels de l’ASEOCF précisait : « peut être membre bienfaiteurs de l’ASEOCF toute personne physique ou morale qui s’intéresse à la promotion sociale des Comores ou qui poursuit des buts analogues à ceux exprimés dans les présents statuts ».
La question qui mérite d’être soulevée est de savoir si l’ASEOCF pouvait raisonnablement échapper au contrôle politique de la rue Oudinot.
En 1966, les fondateurs de cette organisation n’avaient pas la maturité politique pour oser faire face aux desiderata du ministère des Territoires d’Outre-Mer (TOM) et de « Dar Saanda », siège du gouvernement local à Moroni.
Ces deux autorités savaient user et abuser de la méthode de la carotte et du bâton. En subventionnant l’association et une partie de ses activités, l’OCAU et le pouvoir de Moroni s’arrogeaient discrètement un droit de regard sur les actions développées par l’ASEC. Ils encourageaient les activités à caractère culturelles dans lesquelles on venait danser le sambe, chigoma, Biyaya et goûter les mets du pays.
Ces festivités attiraient parfois l’attention, la curiosité et la présence du représentant du ministère des départements et territoire d’outre-mer. Si l’on en croit les révolutionnaires, le rôle des fonctionnaires de l’OCAU dépassait le cadre de la seule gestion des trousseaux, des bourses et des logements.
Ces gestionnaires remplissaient à certains égards la fonction de « directeurs de conscience ». Ils déconseillaient les stagiaires et les étudiants de s’impliquer et s’engager en politique. Une dissuasion pour ne pas dire une interdiction que ne cessaient de leur rappeler les autorités comoriennes qui suivaient de près ce qui se déroulait dans l’association.
Mais les gouvernements du très paternaliste président Said Mohamed Cheikh et du prince président Said Ibrahim n’avaient pas besoin des rapports établis par les limiers de la direction de la surveillance du territoire (DST) pour surveiller l’association et ses adhérents.
La présence des fils des grandes familles très proches politiquement et sentimentalement du pouvoir facilitait la circulation des informations. Elle permettait au gouvernement local d’avoir un œil vigilant sur l’ensemble des activités de l’association.
Pour autant, l’apolitisme dont il a été question pendant la période 1966-1971 convient d’être nuancé. Le procès intenté aux équipes qui ont dirigé l’ASEC depuis sa fondation jusqu’à 1971 relève d’une querelle de chapelle et de lutte de ligne idéologique.
Il est étonnant de constater que leurs adversaires qui ont réécrit l’histoire officielle après 1972 se référaient paradoxalement aux recommandations, résolutions et mots d’ordres politiques votés aux différents congrès qui se sont tenus de 1967 à 1971. Période durant laquelle les fondateurs historiques dominaient et dirigeaient encore l’association.
N’est-ce pas le deuxième congrès réuni en 1967 à Marseille, soit une année après la création de l’association qui recommanda l’ASEOCF de s’intéresser et de suivre de près la situation politique, économique et sociale du pays ? C’est ce congrès qui a modifié les statuts et le nom de l’organisation. D’ASEOCF, l’association est devenue ASEC.
Dans le rapport du secrétariat général lu au VIIe congrès par Aboubacar Said Salim, secrétaire général du bureau sortant, l’acquis du congrès de Marseille « a été la prise de conscience de la nature mystificatrice de l’autonomie interne ».
Le même secrétaire général rajouta dans son discours que « dès 1967 l’ASEC a pris conscience de l’erreur qu’était son apolitisme et a commencé à ressentir le besoin de s’engager politiquement »
Les événements qui se sont déroulés dans l’Archipel plus précisément la grande grève lycéenne de mars 1968 a accéléré les choses. La naissance des premiers partis politiques sur le sol national notamment le Parti socialiste des Comores (Pasoco) a énormément contribué à cette prise de conscience patriotique et indépendantiste.
C’est ainsi qu’au IIIe congrès tenu à Bordeaux en 1968 fut adopté le mot d’ordre très politique et d’une portée capitale « indépendance immédiate avec élections libres et démocratiques ».
Comme on le constate le corporatisme a essuyé deux ans après la création de l’ASEOCF son premier échec lors de ce congrès. Le curseur des divergences et des disputes tumultueuses qui opposaient les deux camps en présence est positionné au cœur de la question de l’indépendance et de la lutte contre le colonialisme et l’impérialisme français. Or, les révolutionnaires et l’historiographie officielle continuent de minimiser jusqu’à ce jour la portée historique de ce congrès.
Au IVe congrès, l’ASEC s’est vu assigner le « rôle d’avant-garde et à s’engager à faire de la politique pour soutenir et défendre les intérêts de la masse paysanne et les autres couches sociales les plus exploitées ».
L’intelligentsia comorienne est appelée à se dégager des séquelles néocoloniales et établir la fusion de sa pensée la plus avancée avec le mouvement paysan contre ses ennemis intérieurs et extérieurs. Il doit amener les comoriens à une prise de conscience concrète de l’oppression, faire comprendre la nécessité de la solidarité et de l’unité du peuple pour défendre d’abord une cause commune et fondamentale « l’indépendance politique des Comores ».
Cette position est révélatrice de l’état d’esprit d’une grande partie de la jeunesse étudiante arrivée après la grève de mars 1968. Dès lors, le rapport de force s’est inversé favorablement à l’aile radicale incarnée par Moustoifa Said Cheikh.
Le VIe congrès réuni à Paris a élu Houssen Cheikh, Mohamed Ali Soilihi (Mamadou), Aboubacar Said Salim, Said El Anis Djohar, Amina Kalfane au premier bureau qui a rompu avec l’ère des fondateurs historiques de l’ASEOCF.
La rupture définitive avec les objectifs originels du corporatisme incarnée par les fondateurs historiques de l’ASEOCF s’est opérée le 28 décembre 1972 à Aix-en-Provence.
Sur les 56 délégués présents à cette assise retenue comme la plus importante de l’histoire officielle de l’ASEC, 53 avaient pris part au vote. Moustoifa Said Cheikh, qui s’est porté candidat à la présidence du bureau rentrant (1972-1973), a recueilli 51 voix pendant qu’Abdallah Daoud fut unanimement élu au poste de vice-président aux affaires sociales.
L’équipe au complet est constituée de Kamaroudine Abdallah, secrétaire général, Said Nafion Zarcache, vice-président aux affaires extérieures et Mbaraka Abdallah comme trésorier.
L’histoire retient que l’ASEOCF de la génération sans boussole idéologique est née et enterrée à Aix-en-provence par un des animateurs du mouvement lycéen de mars 1968 devenu plus tard le leader charismatique du mouvement patriotique et révolutionnaire comorien, Moustoifa Said Cheikh. Une belle revanche.
(à suivre)
Paris, le 24/03/2026















