La cinquième édition du Festival International Bangwe de l’Oralité (FIBO), qui a eu lieu à Moroni du 8 au 13 juin, a montré que l’oralité aux Comores est bien plus qu’un art de la parole.
Par Hachim Mohamed
L’association Kam’Art Culture, qui a célébré du 8 au 13 juin 2026 la richesse du patrimoine immatériel des Comores, a livré une parfaite illustration de l’oralité comme système structuré de transmission.

En effet, FIBO 5, s’est basé l’oralité comme moyen d’ancrer la mémoire collective et de créer un carrefour intergénérationnel au cœur des enjeux contemporains.
« À travers cette cinquième édition, le Festival International Bangwe de l’Oralité réaffirme sa mission : faire de l’oralité un levier de transmission, d’innovation, de cohésion sociale et de développement culturel durable », affirme le président Rahim El-Had Ahamada.
L’art du récit
Cette année, le FIBO 5 avait réuni artistes, formateurs, chercheurs, professionnels de la culture, journalistes, partenaires institutionnels et festivaliers venus des Comores et de plusieurs pays africains (Sénégal, Congo, Togo, Côte d’Ivoire, Burundi et le Centre Afrique…) confirmant ainsi la dimension internationale du festival.
Sur la programmation du FIBO 5, le président Rahim souligne que cette année, l‘association Kam’Art Culture avait proposé un planning riche et diversifié articulé autour de la valorisation du patrimoine vivant, du renforcement des capacités des acteurs culturels et de la promotion des Industries Culturelles et Créatives (ICC)
Les ateliers et masters class proposés ont permis de former la nouvelle génération de créateurs et de passeurs de mémoire.
Magie de la parole retrouvée
À Moroni, assister à un festival axé sur l’oralité est une expérience immersive dans laquelle la frontière entre l’artiste et le public s’efface.
Pendant le spectacle, la jeunesse comorienne rivalisait d’élégance en portant des tenues locales sur-mesure. Les jeunes filles étaient parées de perles colorées, de pagnes traditionnels aux couleurs vives et de coiffures spectaculaires pour magnifier l’héritage du patrimoine. Les jeunes garçons portaient des habits d’apparat spécifiques, de beaux boubous brodés, des parures de tête ornées de « kofia ».
À en croire Rahim El-Had Ahamada, l’édition récente a été une véritable réussite, transformant chaque scène et espace de rencontre en un lieu vibrant d’émotions.
Le président slameur précise que « malgré les défis inhérents à l’organisation d’un événement international, l’engagement des bénévoles, des artistes, des partenaires techniques et financiers ainsi que la fidélité du public ont permis de faire de cette édition une réussite largement saluée.»
Rahim El-Had Ahamada entend préserver le patrimoine culturel, renforcer la cohésion sociale, stimuler l’innovation locale ou encore garantir un développement véritablement durable. D’adressant aux jeunes, Rahim El-Had Ahamada soutient que jamais la plateforme de l’oralité n’avait offert des opportunités aussi inédites pour transcrire, traduire, archiver et rentabiliser le patrimoine oral, garantissant ainsi sa pérennisation.
L’oralité n’est pas figée dans le passé
Le FIBO 5 a été plus que jamais synonyme de spectacle, de scènes ouvertes ou de grandes soirées de gala, comme la grande nuit de l’oralité.
C’est ainsi que slameurs, poètes, conteurs, musiciens et artistes de scène ont offert au public des moments d’émotion, de partage et de célébration de la diversité culturelle. Ils ont fait résonner des textes poignants, mêlant habilement mythes anciens et réalités modernes.
Pour Rahim El-Had Ahamada, ces performances rappellent que la parole est un vecteur puissant d’identité et de cohésion sociale. C’est une manière de véhiculer l’identité et la confiance en permettant aux jeunes de s’approprier leur parole et leur culture tout en renforçant l’estime de soi, un prérequis fondamental pour l’engagement citoyen.

Pendant une semaine l’énergie collective a prouvé que le conte et la poésie parlent à tous, transcendant les âges.
Cet évènement culturel était également l’occasion de montrer que la tradition orale dans la transmission est une source inépuisable pour le théâtre, la littérature contemporaine et les arts du spectacle, renforçant l’attractivité et l’économie du secteur culturel comorien.
Elle avait démontré combien elle s’adapte, se structure et devient un levier de développement culturel.

Nouveauté majeure.
Le FIBO 5 a vu le lancement d’un Forum Culturel International.
C’est une première pour le festival, conçu pour stimuler les industries culturelles et créatives des Comores offrant un espace inédit de réflexion et de coopération entre acteurs culturels comoriens et internationaux.
En bref cet événement a démontré avec force que la tradition orale, loin d’être éclipsée par l’écrit ou le numérique, reste une source intarissable de créativité. C’est un rendez-vous culturel indispensable pour préserver l’âme des sociétés et bâtir l’avenir en musique et en mots.














