L’ancien ministre Anfani Ahamada Bacar, décédé vendredi dernier, à Moroni, était accusé devant la justice en France et aux Comores de viols, agressions sexuelles et séquestration par une jeune femme. Aucune explication n’a été donnée sur cette soudaine disparition ni si la justice comorienne va enfin prendre en compte la plainte pour rechercher les complices accusés par la plaignante des mêmes faits.
Par Said Yassine Said Ahmed
La disparition de l’ancien ministre Anfani Ahamada Bacar, survenue vendredi 27 mars 2026 à l’hôpital El-Maâruf, intervient dans un contexte particulièrement troublé, marqué par une crise profonde du système de santé comorien. L’établissement, principal centre hospitalier du pays, est paralysé depuis le 9 mars par une grève illimitée du personnel médical et paramédical. Admis le jeudi 26 mars, l’ancien ministre de la Justice, des Affaires islamiques, de la Fonction publique et chargé des Droits de l’Homme est décédé moins de 24 heures après son hospitalisation. Peut-on croire que les conditions de prise en charge étaient fortement dégradées en raison du mouvement social en cours, qui mobilise médecins, infirmiers, sages-femmes et aides-soignants, aussi bien contractuels que titulaires ? Sur sa page Facebook, « Nour El-Fath Azali Off », le Secrétaire général du gouvernement (SGG), Nour El Fath, a annoncé ce décès dans un ton à la fois amical et officiel. Les réactions institutionnelles n’ont pas tardé : les autorités ont exprimé leurs condoléances et décrété un deuil officiel.

Une précipitation qui interroge
Cependant, la rapidité des événements qui ont suivi suscite de nombreuses interrogations. L’inhumation a été, en effet, organisée dans un délai extrêmement court. Décédé dans la matinée à Moroni, le corps a été transféré à Miringoni, sa localité natale, dès la mi-journée. Un vol a quitté Moroni aux alentours de midi, pour une arrivée suivie d’un enterrement début de l’après-midi. Lors de la cérémonie officielle, le drapeau comorien a été remis à la fille du défunt en hommage aux services rendus à la Nation. Cette précipitation, sans autopsie ni ouverture d’une enquête médicale indépendante, interpelle. Dans de nombreux cas impliquant des personnalités publiques, de telles procédures sont généralement envisagées afin de lever toute ambiguïté. Surtout que ce décès intervient dans un climat social particulièrement tendu au sein de l’hôpital El-Maâruf, considéré comme un pilier du Plan Comores Émergent (PCE). Les grévistes dénoncent depuis plusieurs semaines des retards de paiement, un manque de moyens matériels, ainsi que des conditions de travail dégradées. Cette paralysie partielle du système hospitalier soulève une question sensible : dans quelle mesure cette crise a-t-elle pu influencer la qualité de la prise en charge du patient ?
Le silence de la Justice face aux accusations
Sur le plan politique, Anfani Ahamada Bacar était une figure importante du régime. Membre de la Convention pour le Renouveau (CRC), il avait été élu député de Mlédjélé à Mwali de 2020 à 2025 avant d’accéder au poste de Garde des Sceaux en avril 2025. En février 2026, il avait été écarté du gouvernement lors d’un remaniement ministériel, puis repositionné au Secrétariat général du gouvernement, où il occupait des fonctions administratives sous l’autorité de Nour El Fath. C’est le Pôle de transport.
Cependant, son parcours récent était assombri par une affaire judiciaire à fort retentissement. En août 2025, une plainte avait été déposée en France et aux Comores par une jeune femme, sous le pseudonyme de Raanti A., l’accusant de viols répétés, d’agressions sexuelles et de séquestration sur une période allant de 2018 à 2022. Cette affaire avait suscité une vive émotion dans l’opinion publique et attiré l’attention de médias internationaux, plaçant le gouvernement dans une position délicate. Dans ce contexte, on s’interroge sur les circonstances exactes de sa disparition. Par ailleurs, la sérénité et la certitude qu’il affichait face à cette plainte laissent penser, pour certains, qu’il ne faisait pas face seul à cette situation.
Pourquoi aucune expertise médico-légale n’a-t-elle été ordonnée ? Et surtout, la situation de crise à l’hôpital a-t-elle joué un rôle, direct ou indirect, dans l’issue fatale ? Au-delà du cas individuel, cette disparition met en lumière des problématiques structurelles plus larges. Elle devrait relancer le débat sur la gouvernance du système de santé, la gestion des crises sociales et la responsabilité des autorités face aux revendications du personnel soignant. Autant de zones d’ombre qui, pour une partie de l’opinion, mériteraient des éclaircissements afin d’éviter que le doute ne s’installe durablement.















