Il serait très naïf de croire que la guerre au Moyen-Orient concerne seulement les grandes puissances ou les pays directement impliqués. Elle agit insolemment comme un révélateur brutal des fragilités de ce monde globalisé. Mais tout le monde n’aura pas le même ressenti de la crise.
Par Mounawar Ibrahim
Pour ceux qui dépendent entièrement de l’extérieur pour vivre, les journées risquent d’être très sombres dans les prochains mois. Les Comores font partie de ces pays. Petit pays insulaire qui ne produit pratiquement rien, la moindre perturbation internationale peut rapidement se traduire par une véritable urgence humanitaire. La crise conjoncturelle est inévitable. La crise du covid et la guerre en Ukraine réunies pourraient être des jeux d’enfants, comparé à ce que le monde devrait vivre à l’issue de cette guerre de Trump en Iran. Surtout qu’en bloquant le détroit d’Ormuz et en s’en prenant aux monarchies « familiales » du Golf, le régime iranien joue à la politique de la terre brûlée. « Si nous tombons, tout le monde tombera ».

Pour le cas comorien, certains pensent beaucoup plus aux stocks énergétiques ; surtout les acteurs économiques. Ils plaident pour la construction de nouvelles citernes pouvant contenir l’équivalent de six mois de carburant au moins. L’argument tient : sans carburant, pas de transport, pas d’électricité « stable », pas d’activité économique. Mais ce raisonnement, aussi important soit-il, mérite d’être replacé dans un ordre de priorité plus réaliste pour un pays comme les Comores.
Avant de parler énergie, il convient de parler nourriture.
Dans un contexte de crise prolongée, la première urgence n’est pas de faire rouler les voitures ou faire fonctionner des machines, mais plutôt de nourrir la population. Or, sur ce point, la dépendance des Comores est désastreuse. Le pays importe tout. Les songes, les pommes de terre, les patates douces, les oignons, s’ils ne viennent pas de Madagascar ou de la Tanzanie, les Comoriens ne s’en sortent pas. Le riz, la farine, le sucre viennent essentiellement des Émirats arabes unis, un peu des pays d’Asie du Sud-Est. Le riz, qui est l’aliment central dans les habitudes alimentaires comoriennes, arrive entièrement de l’étranger. Si les routes maritimes sont perturbées, si les prix explosent ou si certains exportateurs décident de privilégier leurs propres populations, les Comores n’ont aujourd’hui aucune marge de manœuvre. C’est pourquoi la réflexion sur les réserves stratégiques devrait d’abord porter sur les produits de première nécessité qui ne nécessitent pas de conservation au froid. Le riz arrive en tête de liste. Facile à stocker, consommé quotidiennement, il constitue la base d’une sécurité alimentaire minimale. À ses côtés, les conserves, le sucre, la farine et l’huile représentent des éléments essentiels pour maintenir une alimentation accessible en période de tension.
Mettre en place de telles réserves ne relève pas d’une idée abstraite. Cela suppose des choix concrets et une organisation sérieuse. Chaque île – Ngazidja, Mwali et Ndzuani – devrait disposer d’infrastructures de stockage adaptées. De grands entrepôts, sécurisés, ventilés, capables de conserver ces produits dans de bonnes conditions pendant plusieurs mois. L’objectif serait simple : garantir une autonomie minimale en cas de rupture des importations.
Décentraliser les stocks
En cas de crise, les difficultés logistiques peuvent rapidement s’aggraver entre les îles elles-mêmes. Et comme les autorités ont tendance à faire de Moroni la seule priorité du pays, il serait absurde de centraliser les stocks sur une seule île. La résilience passe par une répartition équilibrée et équitable.
Il est indéniable que constituer de telles réserves, cela a un coût. Il faut acheter les produits, construire les infrastructures et organiser la gestion des stocks. Mais il faut aussi voir cela comme un investissement vital pour le pays. Une pénurie alimentaire, même temporaire, peut avoir des conséquences sociales bien plus lourdes que le coût de la prévention.
Pour ce qui est la gestion de ces réserves, il faudrait bien évidemment mettre en place un système de rotation des stocks pour éviter les pertes.
Ceci dit, la crise actuelle doit donc être perçue comme un signal d’alerte. Elle rappelle que les Comores, comme beaucoup de petits États insulaires, sont exposées à des chocs extérieurs qu’elles ne contrôlent pas. Leur capacité à y faire face dépend largement de leur préparation.
Et au delà de cette question des réserves stratégiques, il est plus que jamais urgent d’ouvrir un débat sérieux sur la production locale. La production agricole permettrait de réduire la dépendance. Mais cela demande des investissements profonds de la part de l’Etat.
Pour finir, il faut que le pays soit en mesure d’assurer un minimum vital en toutes circonstances. Dans un monde instable, la souveraineté d’un petit pays comme les Comores ne se mesure pas à sa capacité militaire ou aux réserves de pétrole, mais à sa capacité de nourrir sa population pendant plusieurs mois sans dépendre totalement de l’extérieur.














